Le Rayon UX

La radiographie du Web en temps presque réel / thème en chantier (je m'appelle Teuse)

À force de s'éparpiller Google ne va-t-il pas dans le mur ?

À force de diversifier ses activités, Google ne va-t-il pas dans le mur ? Ces dernières années, que ce soit par le lancement de nouveaux services – Gmail, Buzz, Wave – ou par des rachats successifs – Salesforce, Writely, Feedburner – Google a étendu son secteur d’activité bien au delà de ses fondamentaux : la recherche et la publicité.

Google Buzz

Certes, avec une capitalisation boursière de 181,3 milliards de $ , et 22 milliards de $ de trésorerie fin 2009, Google a de l’argent, beaucoup d’argent. Et les actionnaires détestent voir une entreprise ne pas employer sa trésorerie, mais cela ne justifie pas la frénésie de rachats qui a secoué Google ces derniers temps.

Dans le même temps, les derniers projets estampillés Google ont connu des succès plus ou moins mitigés, pour ne pas dire des échecs retentissants. Wave est maintenant mort et enterré, même si ses composants principaux seront repris dans d’autres projets. Quant à Google Buzz, ses problèmes liés à la protection de la vie privée ont rapidement condamné un projet sans grand intérêt.

À cela on peut trouver plusieurs causes.

Il y a d’abord le manque de focus. À vouloir trop s’éparpiller, Google ne concentre plus assez de micro attention sur ses projets. Plus la galaxie Google grandit, et plus l’intégration d’une nouvelle application dans son écosystème devient complexe, au point de risquer de déséquilibrer les autres. On retrouve les mêmes problèmes qui ont fait tomber certains éditeurs de suites logicielles dans les années 80. Intégrer un logiciel ça va, c’est quand il y en a trop qu’il y a des problèmes (toute ressemblance etc…)

Il y a ensuite la crainte de perdre le leadership. Ces dernières années sont apparus des services drainant une population très importantes, excellent terreau pour l’affichage de la publicité et la recherche, qui commencent à échapper à Google, Facebook en tête. J’ai déjà abordé le sujet, mais Facebook pourrait rétablir l’équilibre des parts de marché dans la recherche, même si les conséquences de l’apparition d’un Web privé dans le Web ne sont pas franchement réjouissantes. Google s’est lancé dans la course aux me too, avec un manque de succès évident qui l’a conduit à se planter ici et là. De là à dire que la firme a perdu l’esprit d’innovation qui a fait son succès, il n’y a qu’un pas que je n’oserai pas franchir. Si les choses étaient aussi simples, ça se saurait.

Il y a enfin les limites du cycle de l’innovation. Toutes les innovations ne rencontrent pas leur public, et c’est bien normal. C’est encore plus vrai quand l’innovation est poussée dans ses derniers retranchements et ressemble fort à une révolution, notamment dans les pratiques nécessaires à son adoption. Je pense évidemment à Google Wave, dont la réalisation trop pauvre n’a pas réussi à implanter des concepts pourtant excellents.

Mais ne blâmons pas Google tout de suite pour avoir perdu son âme. Google est avant tout une entreprise qui est là pour gagner de l’argent. L’extension de ses activités est la conséquence même de son ADN : la recherche et la publicité.

Pour être efficace, la publicité ciblée nécessite une importante collecte de données sur les habitudes de ceux à qui elle va être affichée. Et pour être rentable, elle nécessite une quantité infinie de supports sur lesquels elle pourra être vue.

Des services comme Gmail ou Google Docs sont à la fois de parfaits supports publicitaires, et de merveilleux puits de collecte d’informations. Intimement liés à nos activités, ils en disent sur nous bien plus que nous n’en disons avec nos recherches. Plus Google voudra affiner son profilage, et plus il aura besoin de diversifier les sources d’informations. Et plus il voudra diffuser et intégrer sa publicité, plus il lui faudra de supports pour le faire. Or, comment mieux contrôler la diffusion d’un message, à part en posséder le support ?

Rien de tout cela n’est très nouveau (du moins n’en ai-je pas l’impression), mais il est important de se rappeler qu’aucun des services Google n’est gratuit. Google nous en délègue l’usage – au sens d’usager du service public – en échange de nos informations personnelles. Cela vaut également pour Facebook et tous les autres services adossés à leur propre régie publicitaire. C’est maintenant à nous de savoir ce que nous sommes prêts à accepter.

  • Par laurent 26/08/2010 at 10h44

    Je pense qu’il est possible de faire une autre analyse de la frénésie avérée de projets de Google. Pour moi c’est une nouvelle manière de gérer une entreprise. Comme d’autre, ils ont réussi à générer une machine à cash incroyable.

    Mais pour une entreprise classique, sur 100 projet issues de son service R&D, 1 seul est rendu public. Google lui, sort les 100, les utilisateurs font leur choix et n’en utilisent que 1 ou 2.

    Mais du coup, dans l’entreprise classique, comment être sur que le produit qui va sortir est bien celui qui va rencontrer son public…

    En d’autres termes, on peut dire que google est une entreprise 2.0, qui laisse la parole à l’utilisateur, ce qui créé évidement un bruit de fond énorme avec bp de projets qui seront arrêtés.

    Si on fait le parallèle dans l’automobile, ca reviendrait à dire que plutôt que d’utiliser la tréso à payer des actionnaires en dividende, on fabrique pleins de concepts car, qu’on fait utiliser gratuitement (ou presque) et on voit ceux qui fonctionnent le mieux pour ensuite les fabriquer en grande série…


  • Par Herschkorn 26/08/2010 at 21h50

    La réponse est dans le post ! Google à les moyens de se prendre des murs et d’en assumer le(s) coup(s)

    Je respecte le point de vue “A force de s’éparpiller” mais je ne le partage pas. Si Google possède un business modèle lui permettant de poursuivre son ascension sans perdre ses clients, sa notoriété et ses revenus, il conviendra de saluer la performance. Dans la négative, nous retournerons tous chez Microsoft ou Apple. Alea jacta est 2.0 ;o)


  • Par Sergei 29/08/2010 at 10h36

    Je ne suis pas vraiment d’accord avec votre article.

    Autant oui, Google grandit et s’est planté. Mais ça n’empêche qu’il y a aussi beaucoup de succès (Android, voice, gmail qui s’optimise de jour en jour…) Google Wave était un excellent produit, le seul souci fut qu’il n’ait pas été integré à Gmail ce qui l’aurait poussé en avant, un choix justifiable par le fait que le produit était en version béta.

    Autant non, Google s’axe toujours sur son créneau 70-20-10 70% sur son core business, le search + advertising 20% sur les produits annexes Gmail Google Reader…. 10% sur l’innovation vers d’autres produits.

    Les dernières comm de Google sur Realtime montre que son core est toujours là. Le souci est là et vous l’avez dit, c’est que dans les 10% censé à faire de la nouveauté… et bien ça fait du me too car Google a raté le train en marche, ce qui est compréhensible car ce n’est pas leur core :)


  • Par Goudie 29/08/2010 at 14h45

    Certes, Google a subi des échecs, comme toute entreprise, mais n’oublions pas que c’est un empire et que les succès effacent instantanément ces petits échecs, je crois que le meilleur exemple est de regarder la vitesse à laquelle Android se répand dans nos produits (au-delà même des téléphones) et dans les années à venir Google sera encore plus omniprésent… et là on reparlera de sa situation !..


  • Par Frederic de Villamil 29/08/2010 at 22h28

    Laurent : je ne suis pas d’accord ni avec [l’]entreprise 2.0, qui laisse la parole à l’utilisateur ni avec la comparaison avec l’automobile. Google est une entreprise qui diversifie son champ d’activité et sort de très nombreux produits au business model semblable, à deux exceptions près (Apps et checkout), pour un prix de conception et de réalisation très faible. D’ailleurs, “produit” est un terme incorrect puisqu’il s’agit de services. Contrairement à l’automobile, on ne se retrouve pas avec des invendus sur les bras.

    Herschkorn : le problème du business model de Google c’est que sa croissance sera forcément limitée par 1) les lois anti trust et 2) la limitation du nombre de supports sur lequel ils pourront afficher leurs publicités. Leur problématique reste donc de développer / acquérir suffisamment de produits à forte adoption pour continuer à générer des revenus publicitaires. En cela, ils n’ont pas une marge de manoeuvre si énorme, surtout avec une baisse du volume de recherches comme on l’a constatée en 2009.

    Sergei : l’innovation est au contraire le core de Google. Innovation dans la recherche, dans le Webmail, la téléphonie… Malheureusement quand on ne se concentre plus assez sur ce qu’on fait, on fait plein de trucs… mal

    Goudie : Android se répand très rapidement parce qu’il manquait depuis pas mal d’années une alternative crédible à un Symbian lourd et dépassé, un Windows Mobile en bout de course et un Blackberry trop fermé. Apple est venu donner un premier shoot salvateur dans la galaxie des smartphones, Android n’a eu qu’à suivre. Mais cela reste du suivisme.


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