Frederic de Villamil


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Comment créer une communauté technologique (active) en partant de (presque) rien

Meteorites

Le premier meetup Meteor JS à Paris fut l’occasion de discuter de la meilleure manière de créer une communauté active et solide autour d’une technologie émergente. Le problème se pose régulièrement : pour qu’une technologie soit adoptée dans l’entreprise, il faut qu’il y ait une base de développeurs suffisante, et pour que la masse des développeurs (ou les écoles d’ingénieurs) s’intéressent à une technologie, il faut qu’elle ait des débouchés en entreprise. C’est un peu le chat qui se mord la queue.

Le décollage fulgurant de Ruby on Rails est souvent donné en exemple. Je ne pense pas que ce soit une bonne idée, car il n’est pas du tout représentatif de ce qu’il se passe d’habitude. Si Ruby on Rails a autant fait parler de lui à sa sortie, c’est qu’il bénéficiait de quatre facteurs différenciants non négligeables :

  1. Un effet wow de folie : le scaffold permettait de générer les vues et les controllers pour un CRUD d’une ligne dans le modèle, et les helpers Prototype permettaient de rajouter de l’AJAX dans tous les sens d’une ligne de Ruby.
  2. C’était le premier framework Web MVC qui ne nécessitait pas d’installer une stack J2EE complète. Il permettait de développer (prototyper) des applications Web à une vitesse inimaginable à l’époque.
  3. Il était dès sa sortie utilisée sur des applications connues de la communauté des développeurs (Basecamp).
  4. Il avait été lancé par 37Signals, société déjà mythique dans la communauté des hackers.

Sans parler de ses qualités ou de ses défauts intrinsèques, le jeune Meteor ne dispose pas des mêmes atouts.

  • Même s’il est très sympa à utiliser, Meteor n’a pas vraiment d’effet wow capable de faire frétiller à la fois les développeurs et les décideurs pressés.
  • Meteor n’est pas le premier framework Javascript côté serveur. D’autres sont arrivés avant lui et ont attiré à eux les projecteurs : Node.js, Angular.js… Meteor arrive dans un environnement concurrentiel sans vrai facteur différenciant.
  • Il peut en revanche profiter de la notoriété de ses créateurs qui ont levé 11 millions de dollars pour monter une plate-forme d’hébergement d’applications Meteor. Le signal envoyé est important : Meteor n’est pas un projet de barbus dans leur garage, il y a une vraie société avec de l’argent derrière, même si 11 millions ça se dépense rapidement.
  • Enfin, Meteor ne dispose pas (encore) d’application phare prouvant que la stack tient la route dans une environnement industrialisé.

Dès lors, comment construire rapidement une communauté ?

La première chose à faire est un travail d’évangélisation. Cela passe par l’organisation d’autres meetups plus orientés prise en main et retour d’expérience qui doivent déboucher sur un événement plus important de type hackaton.

Vianney Lecroart, organisateur de ce premier Meetup souhaite ancrer la communauté Météor dans l’écosystème des startups plus que dans celui des étudiants, afin d’attaquer immédiatement le marché de l’entreprise. Les startups sont à la pointe de l’innovation, et elles sont plus à même d’utiliser Météor sur de vrais projets.

Même si je partage cette approche, je suis plus réservé que Vianney sur le sujet des écoles. Les étudiants d’aujourd’hui sont les startuppers de demain. Je pense qu’il est important de les impliquer dans la naissance d’une nouvelle communauté technologique, d’autant qu’ils ont (souvent) plus de temps et d’énergie à consacrer à cette dernière, ne serait-ce que pour proposer des patchs, de nouveaux paquetages, voire des projets réellement innovants. Après tout, Vidéolan a commencé comme un projet de fin d’études et ce qu’il faisait à l’époque était révolutionnaire.

Il manque cependant deux choses à Meteor pour être réellement attractif.

Un produit d’appel connu du grand public est nécessaire pour convaincre à la fois les développeurs et les décideurs de passer à Meteor. Cela peut être un outil open source accompagné d’une grande communauté, façon Wordpress, ou Drupal, ou une startup à succès.

La stack est encore très jeune. Il manque beaucoup de composants de base (comme un système de validation des formulaires) et la question du dimensionnement / déploiement en environnement industriel ne s’est pas encore posée. Alors qu’il apparait presque une stack Javascript par semaine, les mois à venir seront décisifs.