En fermant ses services les moins rentables, Google ne tire une balle dans le pied qu'à ceux qui croient encore au Père Noël
J’ai été un peu surpris par l’article Google se tire une balle dans le pied dans lequel Francis Pisani commente la décision de Google de fermer certains de ses services gratuits les moins rentables afin de se recentrer sur ses activités plus lucratives.
Francis semble notamment considérer que, dès lors qu’il a mis des services à notre disposition, gratuitement, leur pérennité et leur gratuité deviennent un dû, lequel ne saurait être remis en question que de notre part.
J’ai le sentiment que Google vient de rompre une partie morale du contrat qui nous lie en arrêtant de fournir des outils que j’utilise.
Il y a pire.
En nous offrant des services, elle nous invite à mettre nos informations et nos travaux en ligne à confier dans le fait qu’on pourra s’en servir. En les interrompant elle nous dit: surtout n’allez pas faire confiance à ce que je vous propose. J’arrête tout quand ça me convient.
Le point de vue de Francis est tout à fait français : tout droit octroyé est considéré comme acquis, et il est interdit de revenir dessus. Il semble pourtant oublier que Google est une entreprise dont le but est de gagner de l’argent. En nous mettant des services à disposition de manière – presque – gratuite, elle ne s’engage nullement à les pérenniser, ni à leur conserver cette gratuité. En lisant l’article de Transnets, j’ai pourtant l’impression contraire que nous faisons une faveur à Google en utilisant ses applications.
Ce que Google ne semble pas avoir compris c’est que je peux changer de moteur de recherche du jour au lendemain mais pas de lecteur de flux ou d’outil sur lequel je garde mes notes en ligne. Ces services impliquent un autre type de relation avec les utilisateurs.
C’est faux. Cela vaudrait la peine d’y consacrer un article entier, mais je ne peux pas changer de moteur de recherche du jour au lendemain. Il faut d’abord réapprendre à chercher, à moins de trouver un outil qui réagisse très exactement à mes habitudes de recherche. Combien de fois ai-je testé tel ou tel moteur de recherche en pestant “parce que je ne trouvais pas ce que je cherchais”. Nous sommes habitués à utiliser Google, et instinctivement, nous optimisons nos recherches pour lui.
En nous montrant qu’on ne peut pas lui faire confiance sur le long terme, cette société joue un mauvais coup à ses utilisateurs et, symboliquement, à tout le mouvement consistant à nous pousser à pratiquer l’informatique dans les nuages.
Autre syndrome très français, visiblement. Le problème, selon moi, ne vient pas du cloud computing, mais de la gratuité systématique des applications. Google ne joue pas un mauvais coup à tout le mouvement consistant à nous pousser à pratiquer l’informatique dans les nuages, mais à tout le mouvement consistant à nous faire croire que ce qui se trouve sur le web y est gratuit et pour de bon.
Tout ceci me rappelle d’ailleurs une conversation que j’ai eue avec un ami pas plus tard que la semaine dernière. Il venait de donner sa démission, chose que ses employeurs prenaient assez mal, car ils ne comprenaient visiblement pas que l’on veuille quitter leur société. Si aux États-Unis, on peut très bien vous dire du jour au lendemain “prenez vos affaire, vous êtes viré”, le contraire est également tout à fait valable. Rien ne vous empêche de démissionner du jour au lendemain parce qu’on vous a proposé mieux et mieux payé de l’autre côté de la rue. En France, les choses sont sensiblement différentes ; s’il est particulièrement difficile de mettre quelqu’un à la porte – encore plus du jour au lendemain – il est également difficile de quitter rapidement une entreprise. Employeurs et employés sont également protégés, et, même si cela peut freiner la mobilité – je connais peu d’entreprises prêtes à attendre 3 mois de préavis pour intégrer de nouvelles ressources – cette disposition peut éviter bien des abus. D’où, pour beaucoup, l’idée d’un contrat moral
, évoqué plus haut par Francis Pisani, qui garantit l’immutabilité des choses.
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13 commentaires sur En fermant ses services les moins rentables, Google ne tire une balle dans le pied qu'à ceux qui croient encore au Père Noël »
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Par Herve Kabla le 21 janvier 2009 à 17h12 :
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Par Florent V. le 21 janvier 2009 à 17h14 :
Le coup du «contrat moral» très français, je veux bien. Mais il ne s’agit pas vraiment de morale ici, il s’agit de communication d’entreprise.
Bien sûr que Google est une entreprise, bien sûr qu’ils n’ont aucune obligation morale. Mais c’est malgré tout risqué pour la communication de l’entreprise (communication tacite, par les actes) que de fermer des services en ligne sans autre forme de procès; le risque est de nuire à la confiance des consommateurs dans la marque Google, en tout cas pour tout ce qui est service en ligne hébergeant des données.
Les entreprises ont pour seules obligations morales celles qu’elles se donnent, c’est à dire le plus souvent aucune. Mais c’est un enjeu de communication important pour elles soit de faire croire le contraire, soit d’éviter que le public n’ait trop conscience de cette absence d’obligation. Là-dessus, Google s’est planté, mais ils savaient sans doute à l’avance que ça leur donnerait une mauvaise presse, et ils ont sans doute estimé l’impact de cette mauvaise presse — le jugeant tout à fait acceptable.
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Par NiKo le 21 janvier 2009 à 17h18 :
J’ai envie de dire +1000
Trop de gens balancent leurs milliers de photos sur flickr sans backups derrière, ne synchronisent pas leur compte gmail avec un client IMAP et powncent leurs billets d’humeur en espérant que ça tienne, jusqu’au jour où ça ne tient plus. Et encore, Pownce a été cool et a filé un backup de leurs données aux gens…
Que les gens se fassent avoir par ignorance, passe encore : un peu de prévention et d’éducation devrait suffire. Mais que des professionnels croient sincèrement dans l’humanisme des boîtes (et encore là on parle de google, imaginons un peu le cas des startupàlacons), c’est à pleurer.
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Par NiKo le 21 janvier 2009 à 17h22 :
PS : Pour illustration, en passant http://familiafilo.blogspot.com/2009/01/gone.html
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Par David, biologeek le 21 janvier 2009 à 18h53 :
C’est marrant j’ai failli écrire le même billet en lisant celui de Francis Pisani dans mon agrégateur, heureux que tu aies pris ce temps :-).
Le commun des mortels est en train d’apprendre que rien n’est gratuit sur Internet…
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Par Frédéric de Villamil le 22 janvier 2009 à 00h07 :
Hervé : joli.
Florent : qui, en dehors d’une poignée de geeks et affiliés a entendu parler de Jaiku, de Google Vidéo, Google Bloc Notes ou pire, Catalogue Search ? Sérieusement ? Je pense que si Google a pu se permettre de les fermer sans tambour ni trompette, c’est que le sujet n’intéressait personne en dehors de la population sus mentionnée. D’ailleurs, ça n’a pas fait un pli, personne d’autre n’en a parlé, alors que les suppressions de postes, oui.
David : ce n’est pas que rien n’est gratuit, mais plutôt que la gratuité a un prix ;-)
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Par David le 22 janvier 2009 à 04h02 :
Entièrement d’accord avec toi, les gens associent Web 2.0, gratuité et qualité de service.
Quand on est satisfait d’un service, généralement (sauf en france !) on donne un tips ! Je pense que la meme chose est en train de se produire sur le web. Le service se paie, surtout quand celui ci est de qualité.
Que Google concentre son expertise sur des produits qui sont monétisables, quoi de plus normal ?
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Par Gwen le 22 janvier 2009 à 18h32 :
C’est clair que Francis Pisani exagère un peu l’impact de la décision de Google, et que son billet avait pour but de faire réagir.
Mais Google a aussi construit sa marque en s’appuyant sur un code de conduite “Don’t be Evil”, qui est un engagement moral. Du coup, tout ce que fait Google peut très bien être évalué à l’aune de cet engagement. Et même si ce n’est pas mon cas, on peut être déçu de voir Google agir comme n’importe quelle entreprise.
D’autre part, quand tu dis qu’on ne peut pas changer de moteur de recherche du jour au lendemain, ça reste effectivement à démontrer.
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Par Christophe Delire le 23 janvier 2009 à 05h46 :
Doit-on considérer l’outil comme élément essentiel de l’évolution humaine ? La réponse est oui, indéniablement. Mais combien d’outils et de techniques ancestrales sont aujourd’hui tombées dans l’oubli ? La vraie question est: pourquoi ont-elles disparu… Non rentables ou obsolètes ? Obsolétes ! Et pourquoi ? Parce que l’on ne fait pas d’obsolète sans casser des vieux…
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Par Mère Teresa le 25 janvier 2009 à 23h01 :
Je découvre avec un peu de retard cet excellent billet. Et les commentaires sur l’article original vont aussi dans ton sens, pour les quelques uns que j’ai lus.
Merci pour cette analysE.
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Par William le 30 janvier 2009 à 16h43 :
Bonjour Mister f. Je viens de tout lire avec beaucoup d’intérêt mais un commentaire m’a inquiété : “ne synchronisent pas leur compte gmail avec un client IMAP”. Ca veut dire quoi ??? J’utilise Gmail depuis un an et j’en suis ravi, quelque chose me dit que je devrais faire attention. Que veut dire ce commentaire, je ne le comprends pas techniquement (imap ??) Merci, William
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Par Yann le 14 février 2009 à 17h16 :
IMAP est un protocole pour récupérer les mails dans un client comme thunderbird ou outlook tout en faisant faire le travail du côté serveur. Tu peux aller dans “options>tranfert et pop/imap”, et activer imap puis suivre les indications données juste en dessous pour mettre en application cette recommandation .
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Par Jack le 23 juillet 2009 à 11h17 :
Enfin Gmail ne fermera jamais, c’est LA base des applications Google. C’est LE produit qui à fait croître Google, bien avant son moteur de recherche (ou à execo).
Trackbacks sur En fermant ses services les moins rentables, Google ne tire une balle dans le pied qu'à ceux qui croient encore au Père Noël
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Tres juste. Il ne faut pas confondre “cloud computing” et “regarder passer les nuages”