Frederic de Villamil


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Surpriiiiise, Instagram n'est pas l'armée du salut !

Les startups ne sont pas des vaches à lait

Édit : Instagram est revenu sur ses déclarations premières, mettant en avant une erreur de leurs avocats (sic). Outre le fait que ce soit un foutage de gueule de premier ordre, cela ne change, sur le fond, absolument rien à ce qui suit. Sur la forme non-plus d’ailleurs.

Le tollé soulevé par les nouvelles conditions générales d’utilisation d’Instagram au sein d’une communauté technologiquement éduquée qui s’affuble souvent à tort du qualificatif de geek me fait osciller depuis ce matin entre rire nerveux et tristesse non feinte, avec une régularité à rendre vert de jalousie le plus discipliné des coucou suisse.

Rappelons brièvement les faits pour les quelques troglodytes qui auraient passé les deux derniers jours dans une cage de Faraday : Instagram, le service qui permet aux gens de se prendre pour des photographes de génie en appliquant des filtres jaunâtres à faire vomir des acteurs de films cheap des années 70 sur des clichés bougés et mal cadrés sortis de téléphones portable à l’objectif couvert de traces de doigts gras a décidé de s’approprier ad vitam eternam tout le contenu hébergé sur sa plate-forme, afin de le monétiser de la manière qui lui conviendrait.

Pardonnez-moi ma vulgarité vespérale, mais technophiles assumés, early adopters auto proclamés que je vois aujourd’hui vous lamenter à longueur de timeline, êtes-vous hypocrites, aveugles, ou simplement cons ? Probablement un peu des trois.

Je comprends que cette politique vous semble un peu excessive, et probablement illégale dans un certain nombre d’endroits qui prennent un tant soit peu le droit à l’image au sérieux. Mais soyez honnêtes, c’était plus que prévisible, c’était écrit.

Ça finit toujours pareil : un jour, le chouchou des connectés a besoin de gagner de l’argent. Personne ne peut vivre éternellement aux crochets des investisseurs. Alors, il passe du côté obscure de la force : il décide d’exploiter les données qu’il a amassées durant des années en échange d’un service gratuit qui a coûté énormément d’argent à ses investisseurs. Facebook, Myspace, Instagram, ils sont tous passés par là, et chaque fois c’est la même histoire. Ça en devient lassant.

Imagineriez-vous Facebook investir 1 milliard de dollars dans Instagram pour le plaisir ? Sérieusement… Instagram est une entreprise dont le but est de gagner de l’argent – et Facebook n’en parlons pas – pas l’Armée du Salut. Ça fait des années qu’on vous le dit : si c’est gratuit c’est dans mes prix c’est vous le produit, ou vos photos le cas échéant.

Vous me rappelez ces vieux compagnons du parti communiste qui pendant cinquante ans fermèrent les yeux sur les massacres et les purges, avec pour seule excuse un pathétique “je ne savais pas”, le jour où l’utopie cessa de servir de cache misère à la vérité. J’aurais aussi pu vous parler des collabos, mais je n’allais pas m’attribuer un point Godwin.

Parlons de Depardieu alors, lui qui a si bien profité de la France, du service public, de l’école et de l’hôpital, tout ça gratuitement. Aujourd’hui, il prend ses cliques et ses claques quand il faut participer façon tout pour ma gueule. Tant qu’à rendre votre passeport fermer votre compte Instagram, j’espère que vous n’aurez pas le culot de rester sur Facebook.

Ceux qui me font le plus rire dans l’histoire sont les ”libristes”, je le mets entre guillemets, qui avez vendu votre âme au diable, faisant de pratiques arrangements avec votre conscience pour utiliser Instagram, et qui êtes les premiers à pleurnicher comme des enfants à qui on a pris leur jouet. Tout cela en attendant que quelqu’un veuille bien monter un service alternatif… jusqu’à la prochaine fois. Libre n’a jamais voulu dire gratuit mes cocos.

Pendant deux ans, vous avez utilisé Instagram gratuitement. Vous avez profité de l’application, de leur bande passante, de leur capacité de calcul et de stockage, de l’intégration avec Facebook, Twitter, Tumblr, Gustave, Alphonse, Arthur et Philibert sans rien leur donner en contrepartie.

Tout cela coute cher. Si Instagram avait fait faillite – à cause de vous – vous auriez été les premiers à vous lamenter du manque de santé financière des startups, de l’absence de modèle des entreprises du Web, ou à fustiger la mauvaise gestion de la société. Maintenant, Instagram a décidé de récupérer l’argent dépensé en s’appropriant les contenus que vous lui avez confié. Un parfait deal win / win en somme.

Vous avez l’impression de vous faire baiser ? Ce n’est qu’un juste retour des choses.