L'iPad, pierre angulaire d'une série d'innovations qui changeront nos vies en profondeur

Comment Apple peut être fier de l’iPad? C’est une machine à vendre de l’iTunes et qui capitalise sur l’iPhone. Pas d’innovation. Ce coup de gueule de Stanislas Khider, grand fan de Microsoft devant l’éternel, résume la réaction des geeks chaque fois que Steve Jobs descend de sa tour d’ivoire afin de répandre la bonne parole parmi les hommes. On l’a vu avec l’Ipod Nano et l’iPhone, il n’y avait aucune raison pour que cela ne se reproduise pas avec l’iPad. Bis repetita semper placent.

Et ça tombe bien. Quand il s’agit d’innovation et de d’usages nouveaux, les geeks, je m’en tamponne le coquillard avec un tibia de langouste. Trop peu représentatifs du grand public, ils appellent innovation ce que madame Michu appelle révolution. L’iPad est innovant, et probablement sur le point de changer profondément non solum l’informatique domestique sed etiam l’accès à l’information, au point de bouleverser tout l’écosystème de diffusion de la connaissance que nous connaissons aujourd’hui. Et accessoirement, de prendre sa revanche sur IBM et Microsoft, avec élégance évidemment. Rien que ça.

Les dernières intrusions d’Apple dans le domaine du révolutionnaire s’appellent Quicktake, le premier appareil photo numérique grand public, Newton, encore en avance sur son temps dix-sept ans après sa sortie : des extraterrestres sans intérêt pour le grand public. Fermés, sans débouchés réels à l’époque, il leur manquait l’écosystème qui les auraient rendus attractifs. Arrivant comme un cheveux sur la soupe dans un monde qui n’était pas encore prêts à les accueillir, ils furent un échec commercial retentissant.

Apple Newton, l'ancêtre de l'iPad

L’ipad est tout sauf cela, et, outre le fait que ma femme m’a annoncé qu’il serait mon cadeau d’anniversaire au lieu du Sony Reader PRS-505, cela fait de moi un homme heureux.

Dans mon exercice de prospective quand aux différents usages d’une tablette tactile grand public, j’avais parié sur une utilisation domestique généraliste. C’est la direction qu’a choisie Steve Jobs, en sortant un terminal véritablement orienté loisir, capitalisant sur les acquis de ces dernières années, à commencer par les 140000 applications de l’App Store et les contenus d’iTunes, le tout à un prix grand public. Les marchés financiers ne s’y sont d’ailleurs pas trompés, en saluant cette nouvelle orientation d’Apple à la hausse.

Si vous avez plus de trente ans, vous vous souvenez certainement de ces publicités mettant en scène le séjour d’une famille heureuse dans lequel trônait, tabernacle des temps nouveaux, un magnifique IBM PC, son écran de douze pouces affichant fièrement le dernier Roberta Williams en CGA. Ces réclames n’innovaient pas, elles ne faisaient que remettre au goût du jour les annonces de l’époque de l’explosion de la télévision dans les années 50 et 60. L’important était de faire la promotion d’un nouveau modèle de société arrivé à l’ère de l’informatique. Avec l’iPad, Apple vient donner un grand coup de pied dans la fourmilière de l’informatique domestique, et je ne peux m’empêcher de faire le parallèle avec la publicité de lancement du Macintosh en 1984 : l’ère du PC, gris et terne, supplanté par l’ère du beau et de la couleur, symbolisé par Apple. Vingt-six ans plus tard, ce spot est toujours d’actualité.

Et cette fois, la firme de Cupertino a tous les atouts dans sa manche, à commencer par l’échec du modèle Netbook.

Avez-vous lu Obelix et Compagnie, album dans lequel on assiste à la grandeur, puis la décadence du menhir comme nouvel objet de société ? D’abord terriblement hype, le menhir devient rapidement has been au possible. Tout le monde en possède un, personne ne sait très bien quoi en faire, et à force de copies plus ou moins réussies, le marché arrive rapidement à saturation. Au point que l’on propose bientôt 2 esclaves pour tout achat d’un menhir.

C’est ce qui arrive aujourd’hui avec les netbooks, ces mini PC portables qui devaient révolutionner l’informatique domestique en transformant tout un chacun en nomade connecté. Les netbooks sont les nouveaux menhirs. L’entrée de gamme est trop limitée pour une utilisation domestique, écran trop petit, clavier inconfortable, processeur trop faible pour jouer… Rajoutez à cela un design plus que douteux – on fait dans le low cost – et l’absence d’un écosystème applicatif dédié, et vous comprendrez rapidement pourquoi on voit aujourd’hui des EEEPC offerts pour l’achat d’un forfait de téléphone portable ou d’un baril de lessive.

Avec l’iPad, Apple arrive avec tout ce qu’il faut pour prendre sa revanche sur le couple IBM et Microsoft, et c’est le résultat d’un travail de longue haleine. Grace à l’iPod et l’iPhone, modèle d’achat basé sur iTunes et l’App Store est aujourd’hui rentré dans les moeurs. Ces points d’entrée uniques qui permettent à Apple de contrôler notre expérience utilisateur rassurent les diffuseurs de contenus qui y voient une manière de gérer la diffusion de leurs produits – ce qui n’est pas sans poser d’autres problèmes d’ailleurs. Et surtout, l’iPad a très exactement le format idéal pour devenir le nouveau terminal permettant d’accéder à tous les contenus du bout des doigts : films, musique, magazines numériques… avec un modèle économique hyper solide. En étant un peu cyniques, on pourrait même dire qu’Apple joue la carte écologique en prônant le zéro papier, comme le montre cet encart sur la page des spécifications techniques de l’iPad.

Tout ceci peut faire peur, et laisser croire que la qualité de l’expérience utilisateur n’est que la vaseline d’Apple qui nous encule avec ses produits fermés et son hyper contrôle. Il n’en est rien, l’iPad est un terminal ouvert sur le monde. Si je devais faire une comparaison, je dirais que l’iPad est le Twitter de l’informatique domestique. Twitter, pour lui même, a un intérêt limité ; le service est sexy, mais n’irait pas très loin sans tout l’écosystème applicatif qui l’entoure.

Je vois très bien, dans deux ou trois ans, l’iPad devenir la télécommande centrale de mon appartement. Il suffirait que Legrand sorte un module domotique pour que je planifie mon bain à 39º depuis mon iPad à 21 heures du matin la veille au soir, tout en démarrant le four afin de faire cuir la pizza pile poil au bon moment. L’ipad est la tablette omnisciente des films de science fiction que j’espérais quand Microsoft a sorti le premier Tablet PC, avec l’échec que l’on sait.

Évidemment, les travailleurs nomades ne sont pas en reste puisque Apple a sorti toute la gamme de produits nécessaires à un travail bureautique en mobilité : nouvelle version d’iWork optimisée pour le tactile, et gestion du calendrier et des emails repensée pour la tablette. Mais ce n’est pas, je crois, la cible principale. Nous sommes à la veille d’un bouleversement de nos usages domestiques, annoncé depuis les débuts de l’informatique domestique, mais que seule une préparation en douceur pouvait nous préparer à vivre. Il ne manquait plus qu’un outil qui s’intègre parfaitement dans notre vie quotidienne, et je suis hyper excité quand je vois ce qu’Apple nous a concocté et ce qui nous attend dans les 10 ans à venir. Quand aux geeks, s’ils veulent vraiment prendre une grande claque dans l’innovation, ils seront probablement obligés d’attendre la Singularité, qui remettra les pendules à zéro pour tout le monde.

iPad iTunes