Le Rayon UX

La radiographie du Web en temps presque réel / thème en chantier (je m'appelle Teuse)

Les personas, ces utilisateurs presque pas virtuels qui sauvent vos projets

Immortalisés par Josiane Michu, les personas sont des avatars des utilisateurs futurs ou existants auxquels est destiné votre produit. En créant de véritables références tangibles utilisables par joute l’équipe, ils permettent de mettre en place les différents scénarios d’utilisations et de mieux appréhender le public ciblé.

Mes parents disent que c’est juste un ami imaginaire. Comme Gustave, ce petit farfadet à qui j’aime confier mes échecs amoureux

Vous l’aurez compris, on ne va pas parler du dernier gadget à la mode pour rendre Firefox encore plus lourd, mais bien d’expérience utilisateur, et plus particulièrement des débuts d’un projet. Contrairement à ce qu’on peut lire assez régulièrement, l’expérience utilisateur n’est pas une discipline à part qui intervient dans une phase particulière du cycle de vie d’un produit. Il s’agit au contraire d’une approche globale qui s’applique à l’ensemble du projet, sans qu’aucune discipline ne puisse en revendiquer l’exclusivité.

Au delà du caractère sympathique porté par ces représentations, les personas permettent de répondre à deux questions :

Qui sont mes clients, et comment utilisent-ils mon produit ?

Les différents personas vous permettent de définir très précisément le profil de vos utilisateurs : âge, milieu socio-professionnel, secteur d’activité, profil technologique, habitudes… c’est une véritable enquête sociologique que vous devrez mener afin de leur donner corps.

Les différents avatars vous permettront de construire les principaux scénarios d’utilisation du produit. Chacun possède ses habitudes de navigation, de communication et d’achat, et le comportement d’un jeune de 20 ans n’est pas le même que celui d’une ménagère de 45. Leur rapport au digital diffère, et les moyens de les mener à l’acte d’achat, voir de les faire revenir sont fondamentalement différents.

D’une manière très large, les personas vous permettront d’élaborer :

  • Les parcours utilisateur conduisant à l’acte d’achat
  • Le périmètre fonctionnel global
  • Le wording
  • Le design

En bref : 95% de votre produit.

De nouveaux amis pour toute votre équipe projet

J’émettais quelques doutes quant à leur utilité, jusqu’au jour où je me suis rendu compte combien, au contraire, elles étaient indispensable à toute équipe projet souhaitant travailler non pas pour un client ou même pour un produit, mais pour ses utilisateurs. Elles s’adressent donc, de manière non exhaustive :

À vos clients, en leur permettant de mettre un nom et un quasi visage sur leurs utilisateurs. S’il est aisé de récupérer des données chiffrées, et à partir de là des statistiques d’usage brut, il est plus difficile de se représenter réellement ses clients qu’on ne le croit, notamment parce qu’on pense qu’ils ressemblent à la représentation qu’on se fait d’eux. Au contraire, il vous faut vous en faire la représentation de ce qu’ils sont vraiment. Les personas servent à ça.

À vous, qui allez concevoir le produit ou diriger le projet, en vous permettant de toucher du doigt la réalité du business de vos clients. J’entendais récemment parler d’une société qui envoyait ses prestataires en stratégie digitale travailler une demi journée avec ses équipes en contact direct avec le client – sans préciser qu’il s’agissait d’une observation sociologique – afin de leur faire saisir la réalité de leur métier. Si elle peut faire sourire, cette expérience est une excellente occasion de collecter les informations pour vos personas.

À vos équipes de production, qui ne sont pas directement en contact avec le client final, et pour qui le projet reste trop souvent un ensemble de tâches devant mener à un produit, sans en comprendre ni les tenants ni les aboutissants. J’ai trop souvent rencontré des agences Web dans lesquelles les développeurs et les intégrateurs n’avaient aucune vision d’ensemble des projets sur lesquelles elles intervenaient, leur travail se résumant à la mise en place de fonctionnalités visant à construire un truc qui tienne la route face au cahier des charges. C’est déjà limite quand on fait des projets en one shot, mais quand on travaille sur le long terme, c’est ahurissant. Cela fera l’objet d’un billet à part, mais si vous pensez que vos développeurs ne sont pas capables de comprendre le projet sur lequel ils travaillent, changez soit de métier, soit de développeurs. Fin de l’aparté.

Élaboration de vos personas

L’avantage des personas, c’est que vous n’avez pas besoin de grand-chose pour les élaborer ; le commanditaire du projet et un bloc notes suffisent. J’utilisent pour ma part les templates UX pour Onigraffle de Konigi. Gratuits et simples d’utilisations, ils fournissent un cadre pour 80% du travail à effectuer avec le client. Pour le prototypage d’interfaces, j’ai définitivement adopté Balsamiq.

Il y a quelques années, j’ai eu la chance de gérer la conception d’un projet dont les utilisateurs étaient très fortement typés. L’application s’adressait en effet au marketing, aux ventes, aux équipes produit, à la qualité… Grâce à un workflow très strict, chacun d’entre eux avait un scénario d’utilisation balisé. Enfin, coup de chance (ou pas en fait), un représentant de chacun des interlocuteurs se trouvait en permanence aux réunions de conception. Je venais d’avoir mon premier contact avec des personas parfois un peu trop réels.

Si vous avez fait du jeu de rôles, et en particulier si vous avez été maître du jeu, les personas vous seront familiers : ce ne sont rien d’autres que des PNJ, qui devront avoir les caractéristiques suivantes :

  1. Un nom : très important, il sera utilisé par toute l’équipe pour le designer
  2. Un sexe
  3. Une désignation
  4. Des renseignements socio professionnels : âge, métier, aisance face à la technologie et au Web (pour un projet Web)
  5. Équipement : Hache à double tranchant, Ares Predator, bouteille de Fecifeça, ordinateur, OS utilisé, navigateur, terminal mobile…
  6. Besoins en rapports avec le produit
  7. Enfin, une courte biographie en rapport avec le projet (le background de votre PNJ pour continuer le parallèle)

Enfin, vous pouvez entrer dans le vif du sujet : le scénario d’utilisation. Chaque étape devra répondre à 3 questions :

  1. Que veut faire l’utilisateur ?
  2. Comment le fait-il ?
  3. Quelles fonctionnalités du produit utilise-t-il pour le faire ?

Afin d’illustrer mon exemple, j’ai rapidement réalisé la fiche de Josiane Michu, utilisatrice tout sauf expérimentée d’un nouveau supermarché en ligne. Évidemment, toute ressemblance avec des utilisateurs existants ou ayant existé serait un vrai coup de pot.

Josiane Michu

Cliquez sur l’image pour en avoir la version complète.

Nouveau produit VS produit existant

Il est évidemment plus simple de créer des personas pour un produit existant que pour un nouveau. En théorie, au moins, votre client doit avoir effectué une étude de ses utilisateurs, ou détenir des données chiffrées et fiables à leur sujet. Ce n’est malheureusement pas toujours le cas.

Dans le pire des cas – et ça m’est arrivé – vous tomberez sur des clients voulant lancer un produit révolutionnaire moins bien que les autres des années après tout le monde sans jamais avoir effectué la moindre étude de marché ni sur l’existence d’une éventuelle concurrence, ni sur les cibles auxquelles ils s’adressent.

Là, vous n’avez pas 36 solutions pour élaborer vos personas :

  • Soit vous parvenez à rajouter un budget étude de marché à votre projet (qui est sacrément mal barré avant même d’avoir commencé).
  • Soit vous définissez vous-même le coeur de cible à partir des élucubrations explications du client.

Mais l’accompagnement de projets Web en environnement client extrême n’est pas le but de cet article.

Voilà, c’est tout pour cette introduction aux personas, en espérant que ce tour d’horizon ait pu vous être utile et vous convaincre de l’utilité de les utiliser. Je terminerai d’ailleurs sur une question qui me brûle les lèvres : utilisez-vous les personas dans la conception de vos produits ?

Timothée, perdu dans ses pensées

  • Par Martin 25/04/2010 at 18h10

    Merci pour cette présentation complète du sujet.

    Je n’utilise pas les personas sur mes projets qu’ils soient personnels ou professionnels. Mais j’entends parler de ce concept de plus en plus souvent et il m’intéresse, cependant, je n’avais pas trouvé de source valable jusqu’à ce jour.

    Le principe me semble efficace mais encore un peu vague. Je vais tenter de le mettre en place sur un projet pour voir quels avantages j’arrive à en tirer.

    Connais tu des ressources web ou des livres sur le sujet ?


  • Par Éric 25/04/2010 at 19h46

    Juste une micro correction : “j’ai définitivement adapté Balsamiq.” -> Ce ne serait pas plutôt “adopté” ?

    Tu peux effacer ce commentaire après correction ;)

    Billet intéressant. Je n’utilise pas les personas dans mes projets. Bien sûr, j’aborde régulièrement les différents profils d’utilisateurs qui vont utiliser le site à mes clients, surtout lors de la mise en place du système de navigation du site. Mais je ne formalise pas autant les profils, jusqu’ici je n’en ai pas ressenti le besoin.


  • Par Frédéric de Villamil 25/04/2010 at 20h21

    @Martin : non, pas de ressources malheureusement, sinon j’aurais mis plus de liens dans l’article. J’ai, comme souvent, été obligé d’apprendre sur le tas.

    @Éric : je ne sais pas combien de personnes interviennent sur tes projets. Mais si toi tu ne ressens pas le besoin de formaliser le profil des utilisateurs parce que tu es en contact direct avec le client, peut-être les autres intervenants y verront un intérêt ?


  • Par Clémentine Havrez 26/04/2010 at 09h44

    Très bon article :) J’ai découvert les Personas il n’y a pas si longtemps dans le livre “Ergonomie Web” de Amélie Boucher, si ça peut intéresser.

    Bonne journée !


  • Par Jim 26/04/2010 at 14h39

    Technical writers have know about this for a long time and have integrated it into their profession… before working on a doc, did you even wonder why they asked “Who is it for?” (aka the audience)

    And they are often the first to complain about bad design or over-complicated UIs…. If it takes 14 steps to do something your persona needs to do often, now you know why the TW comes back to you suggesting changes because they have to write a 3 page 14 step procedure EXPLAINING how to do something simple…..


  • Par analyse_web 26/04/2010 at 14h52

    Aaaaah, si j’avais des clients et des patrons qui me laissent le temps et l’argent pour faire des personas à chaque dossier, ça serait top…

    Les personas sont véritablement primordiaux; même si on ne les présente pas aussi bien et avec autant de précisions.

    Mais avant d’aller jusqu’au personas, définir précisément les différents profils de sa cible est obligatoire. Cela permet de réaliser (attention, mon mot préféré) les meilleurs “parcours”. Parcours détaillés dans l’arbo, dans le story, la navigation… Par exemple: pour choisir entre une entrée “produits” et une entrée “métier”, c’est grâce aux personas, à l’étude de la cible de son site.

    Enfin, juste un élément que je ne détaille jamais : les profils techniques et surtout le niveau web et informatique. - Pour le profil technique : normalement, tout site doit être optimisé pour être lu sur un max de format et support (ecran, navigateur…); sauf, bien sûr, développement spécifique comme un site smartphone… - Pour le niveau web : je pars du principe qu’un site web doit être ergonomique; c’est à dire utilisable PAR TOUS. Que s’il y a un problème, cela ne vient pas du niveau de l’internaute mais du site. Un habitué du web aura les mêmes problèmes qu’un autre internaute, sauf qu’il aura plus de facilité à les contourner.


  • Par Isabelle 26/04/2010 at 17h21

    j’ai moi aussi pratiqué les personas sur mon projet et j’en étais très contente. J’ai trouvé pas mal d’informations dans le livre d’Amélie Boucher et sur le site qualitystreet.fr: http://www.qualitystreet.fr/2008/12/29/personas-definition-et-demarche/

    Merci Frédéric pour cette présentation


  • Par michael 26/04/2010 at 22h56

    je ne peu pas n’émécher souligner la référence à L’atelier – Le hip hop c’est mon pote, qui m’a beaucoup fait rire… bref, le personna, un bonne alternative au “ma mère elle sait pas comment faire” quand un client vous demande un site de vente de produit high-tech ;) cependant je rejoins analyse_web, “si j’avais des clients et des patrons qui me laissent le temps et l’argent pour faire des personas à chaque dossier, ça serait top…”


  • Par Julie Lauverjat 29/04/2010 at 10h13

    Bonjour, cet article tombe très bien, car je suis en train de lire “Ergonomie web” d’Amélie Boucher (mentionnés par Clémentine et Isabelle) et je viens tout juste de lire la partie sur les Personas. Je trouve le sujet très intéressant, mais j’ai du mal à savoir concrètement comment on s’y prend. Même si on peut trouver des caractéristiques similaires entre différents utilisateurs, les différences sont nombreuses. Du coup, le nombre de personas risque d’être élevé, ce qui n’est pas une bonne chose selon Amélie Boucher. Il y a sans doute quelque chose que je n’ai pas bien saisi dans la manière de procéder. Sinon, on trouve une autre référence : John Pruitt & Tamara Adlin, “The Persona Lifecycle : Keeping People in Mind Throughout Product Design”, Morgan Kaufmann, 2006.


  • Par Ikram 21/06/2011 at 08h32

    Très intéressant l’article, il nourrie énormément mes connaissances, en plus ça tombe bien je suis sur un projet de conception et je suis entrein d’envisager d’utiliser des personas, par contre je n’ai pas le temps de faire une enquête d’usage pour mieux définir les caractéristiques des utilisateurs, ce qui fait que je devrais définir les personas selon le feeling des concepteurs ? Aussi, si j’ai bien compris, les persons servent de référence à l’équipe de conception, c’est une façon de formaliser les caractéristiques des utilisateurs finaux, par contre ces persons ne peuvent pas être utiliser pour des tests ?


  • Par SophieF 08/11/2011 at 15h59

    Malheureusement pas de support en Français excepté le blog QualityStreet cité plus haut.

    Première apparition des Personas : dans le livre d’Alan Cooper “The Inmates are running the asylum”.

    L’ouvrage cité par Julie Lauverjat est très complet. Tout est détaillé, les conditions de succès, les méthodes de recherche utilisateurs, les étapes de construction des personas, de leur naissance à leur mise au placard, ainsi que leur utilisation/utilité tout au long du projet, de l’analyse des besoins aux tests utilisateurs en passant par l’écriture des scénarios aux choix de conception. Une version plus “synthétique” est parue ensuite : The Essential Persona Lifecycle:: Your Guide to Building and Using Personas des mêmes auteurs. Peut-être plus accessible…

    Une seule condition pour ne pas aller dans le mur avant d’envisager d’utiliser la méthode : mesurer le degré d’acceptation et mise en place possible d’une véritable démarche de conception centrée utilisateur auprès des parties prenantes du projet et se baser sur des données utilisateurs réelles. Surtout pas de feeling ;o)


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