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5 ans après Jeffrey Veen et son I don’t care about accessibility, Jeremy Keith nous a livré il y a 10 jours une intéressante réflexion sur la notion d’expérience utilisateur, et de tout le bruit que l’on fait autour de cette notion, finalement très relative.

Quand vous concevez pour le web – et par là, je veux dire exclusivement et spécifiquement à destination du web – et que c’est votre spécialité, toutes ces barrières que l’on s’invente finissent par tomber d’elles-mêmes. Quand le design web est pratiqué comme un art, et non comme un pis aller alimentaire, l’accessibilité devient une seconde nature.

… c’est exactement ce que je ressens face à ce qu’on appelle souvent la conception orientée utilisateur. Si quelqu’un s’auto proclame designer web, mais ne prend pas en compte l’expérience utilisateur, il se ment à lui-même. L’expérience utilisateur, comme l’accessibilité, devrait être un dû, et non un facteur différenciant.

C’est pour cette raison que je me fous de l’expérience utilisateur

Tout ceci me rappelle de vieux souvenirs…

Vous avez certainement déjà travaillé avec des designers formés à la vieille école, disposant d’une très forte culture print, et venus au web afin d’arrondir des fins de mois difficiles. Cela m’est arrivé en 2003 et 2004, et l’expérience n’a pas été des plus agréables. Leur travail était indéniablement beau. Quand j’ai reçu leurs planches, j’avais l’impression d’avoir un beau livre entre les mains, un de ces grands formats au papier glacé si épais que l’on a du mal à le tourner, et aux illustrations chatoyantes que l’on montre aux enfants lors des antiques leçons de choses. Malheureusement, ils étaient aux antipodes de ce que l’on attend d’un design web.

Globalement, les clients adoraient. Et pour cause, ce qu’on leur présentait correspondait à des codes familiers. La transition vers le web, nouvelle pour beaucoup d’entre eux, ne pouvait se passer dans un environnement plus rassurant. Côté intégration, c’était au contraire la catastrophe. Tous ces designs avaient un point commun : extrêmement graphiques, chaque page devait s’adapter très exactement à l’écran de l’utilisateur, et ce quelle que soit sa résolution : 800x600, 1024x768 ou plus… Là où le bât blessait, c’est évidemment que les pages ne devaient jamais scroller, puisque le pied de page était sensé être toujours visible. Une catastrophe…

À l’évocation de ces souvenirs, difficile de ne pas être totalement d’accord avec Jeremy. Et pourtant, son propos mérite d’être nuancé.

Jeremy fait une généralité d’un domaine dans lequel l’environnement joue un rôle déterminant, particulièrement sur le terrain des applications web, et encore plus sur celui des applications web métiers. Le meilleur des designers web aura du mal à concevoir les interfaces d’une telle application s’il ne s’imprègne pas du métier de son client. En revanche, il optimisera son travail pour le média web, et passera à coté des nombreux pièges dans lesquels sont tombés nombre de designers qui ont voulu porter telle ou telle application desktop dans le navigateur.

De là à dire que l’expérience utilisateur est une notion toute relative à l’environnement, en plus de l’être au média, il n’y a qu’un pas que je m’empresserai allègrement de franchir. Il est en revanche exact que certaines interfaces ne sont absolument pas faites pour ce média. Il n’en demeure pas moins évident que le design web doit être considéré comme une discipline à part entière, avec ses codes et ses spécificités, et non comme un sous genre d’une matière plus noble.