L'écrivain au travail

Comment écrire un article long par jour quand on a un (vrai) métier et une vie de famille ? La semaine dernière, Hannibal, un lecteur, me demandait quelles étaient les habitudes qui me permettaient de publier entre 5 et 6 articles par semaine tout en ayant un métier prenant et une vie de famille. La réponse tient en une phrase : mettre en place une routine de publication (quasi) quotidienne.

1. Écrire beaucoup, souvent

Écrire est comparable à un programme d’entrainement sportif : une pratique régulière vaut mieux qu’une série de rush non suivis. Écrire beaucoup et souvent rend le processus d’écriture naturel. Plus on écrit, plus l’écriture devient naturelle y compris les jours de grosse fatigue. Fiction, documentation, articles techniques, journal, l’important est d’écrire régulièrement. Si vous écrivez des textes interminables les premiers jours et que vous passez ensuite trois semaines sans rien faire, cela ne sert à rien : forcez vous à écrire un peu, mais tous les jours, et cela deviendra de plus en plus facile.

J’ai toujours eu des facilités pour écrire. Cela ne veut pas dire que j’écrive bien, mais que l’écriture me vient facilement. J’ai écrit ma première nouvelle (de science fiction, 3 pages) à 10 ans, et je ne crois pas avoir jamais arrêté plus d’un mois d’affilée depuis ce jour.

Si vous avez peur de ne pas tenir, le Web fourmille de communautés et de projets centrés sur l’écriture régulière. Si vous avez peur de ne pas tenir, vous pouvez par exemple rejoindre le programme 750 words a day.

2. La veille quotidienne, une gymnastique intellectuelle

La lecture est aussi indispensable que l’écriture à l’exercice du cerveau. La lecture quotidienne est indispensable à son bon entretien. Elle favorise la réflexion et permet d’élargir son horizon intellectuel, surtout quand on a un métier très prenant. C’est un cercle vertueux : plus vous lisez, plus vous aurez de matière à réfléchir, et plus vous aurez de choses à écrire. Ce n’est pas pour rien que j’ai retrouvé un rythme de publication souvenu depuis que j’ai découvert Pocket.

Je commence ma journée par lire ma timeline Twitter. Je mets de côté les tweets qui m’inspirent un you should blog that pour voir si ma réflexion sur le sujet va assez loin pour justifier un article. J’envoie également les liens qui me paraissent intéressants dans Pocket pour les lire un peu plus tard.

Cette première passe me permet d’en sauvegarder une trentaine sur des sujets essentiellement centrés autour de la productivité, de l’entrepreneuriat, du développement Web, ou de l’expérience utilisateur / client. Plus tard dans la journée, j’en lirai une dizaine au total. Je lis dès que j’ai quelques minutes pour le faire, et pas accès à mon clavier : pendant mon petit déjeuner, dans le métro, le temps d’un café…

Je me suis rendu compte que lire 10 à 12 articles par jour était le nombre idéal pour ne pas saturer sous l’information et avoir le temps d’y réfléchir et de l’analyser un peu. Le nombre d’articles quotidien maximum dépend de chacun : certains jours, je suis plus fatigué que d’autres et j’aurai plus de mal à “digérer” autant d’informations ; d’autres, j’ai l’impression que je pourrais lire l’intégralité de Wikipédia sans problèmes.

3. Dédier du temps à l’écriture

Dédier du temps à l’écriture dans la journée permet de conserver un rythme régulier, de la même manière que pour la prière ou la course à pieds. Cela peut être le matin très tôt si vous avez une routine matinale, ou le soir avant de vous coucher.

Depuis début décembre 2012, je m’efforce de consacrer environ 45 minutes par jour à l’écriture. C’est en moyenne le temps qu’il me faut pour écrire un article complet, le relire, trouver les images ou les photos d’accompagnement et le publier (celui-ci m’a pris 57 minutes). J’écris principalement le matin et le soir, dans le train ou dans le RER. Je sais qu’en fonction de mon trajet pour aller au bureau, j’aurai entre 45 minutes et 1h30 par jour à consacrer à l’écriture (ou à l’open source).

Le soir, en fonction de ma fatigue et de mon heure d’arrivée à la maison, je peux encore prendre un moment pour écrire, par exemple pour finaliser des articles en cours, ou travailler sur un autre sujet pendant que ma femme prépare sa journée du lendemain.

4. Avoir des outils locaux

Ne dépendez pas d’Internet pour votre routine d’écriture ! Même si vous synchronisez régulièrement votre travail, utilisez des outils qui vous permettent d’écrire même quand vous ne disposez pas d’une connexion : un éditeur de textes, Evernote… Proscrivez l’éditeur de votre plate-forme de blogging, même si cela fait deux endroits où stocker votre écriture. Si votre blog dispose d’une API, utilisez un éditeur permettant d’écrire localement et de synchroniser sur votre site quand vous disposez d’une connexion.

J’écris systématiquement dans Textmate (2). J’ai un répertoire consacré à mes textes, que je synchronise régulièrement avec un dépot git hébergé sur Github. L’hébergement sur un service “public” me permet d’accéder à mes textes d’absolument partout, y compris et surtout quand je n’utilise pas mon ordinateur.

5. Varier les sujets

Se forcer à écrire sur un sujet est le meilleur moyen de se dégoûter et de publier des articles médiocres. Au contraire, varier les sujets permet de ne pas tomber dans la monomanie. Même si vous publiez avec une ligne éditoriale définie, tâchez d’écrire sur des sujets différents afin de ne pas finir par tourner en rond. Variez les sujets et les points de vue, et pour cela, une seule solution : lire, beaucoup et souvent.

Pour me forcer à varier un peu, je réserve certains sujets à des jours bien définis. Les Startup Life ne sortent que le lundi, les revues de presse le vendredi etc… J’ai également fait varier ma ligne éditoriale dans le temps : quand je m’aperçois que je n’ai plus rien à dire sur un sujet, ou qu’il ne m’intéresse plus, je passe à autre chose, même si cela reste relativement proche. La transition est d’ailleurs la plupart du temps inconsciente. Un jour, je me rends compte que cela fait bien longtemps que je n’ai plus écrit sur tel ou tel sujet.

6. Éliminer les distractions

Les distractions extérieures sont le pire obstacle à l’écriture. Elles peuvent être sonores, humaines ou numériques : email, notifications etc… Il faut apprendre à s’isoler et couper les sources de distraction ou de procrastination. Pour cela, on peut utiliser des outils comme OMM Writer, un éditeur très spartiate mais conçu pour se concentrer sur l’écriture et uniquement l’écriture.

Écrire dans les transports est ce que j’ai trouvé de mieux pour éviter les distractions. Mon casque m’isole des bruits extérieurs tout en m’assurant une musique de fond qui ne me dérange pas, et la quasi absence de 3G entre mon domicile et le bureau me coupe de toute notification intempestive.

7. Se concentrer sur un sujet

Un article qui parle bien d’une chose vaut mieux qu’un article qui en traite médiocrement dix. Se concentrer sur un sujet précis permet de ne pas partir dans tous les sens. Choisir un sujet et s’y tenir permet également de terminer ce que l’on souhaite écrire dans le temps imparti, et permet de garder les autres pour les jours de disette.

J’ai beaucoup de mal à me tenir à cette règle, parce que j’écris comme on déroule une pelote de laine : je tire une idée, et toute la pelote vient avec. De ce point de vue, les cordonniers sont les plus mal chaussés. D’ailleurs cet article ne devait aborder que trois points, et j’en suis maintenant à huit.

8. Prendre de l’avance sur son programme

Prendre de l’avance sur son écriture quotidienne permet de commencer à organiser sa réflexion. Il ne s’agit pas d’écrire dix articles par jour, mais plus de noter une phrase, une idée qui va venir compléter un sujet dont on veut parler.

J’ai en permanence environ une cinquantaine d’articles en cours de rédaction. Certains ne verront jamais le jour faute de matière suffisante, d’autres attendent patiemment leur heure. Le week-end, je profite souvent de la sieste des enfants pour avancer sur certains sujets. J’ai ainsi presque en permanence trois ou quatre articles d’avance.

Il m’arrive de prendre cinq minutes durant la journée, entre deux sujets de travail, pour rédiger un paragraphe sur un sujet, ou noter quelques idées en me disant you should blog that!. Cela permet de me vider l’esprit entre deux tâches tout en donnant de la consistance à mes articles en dehors des heures dédiées à leur rédaction. C’est d’ailleurs mon dernier point : je commence généralement à rédiger avec l’article final déjà en tête, même s’il ne ressemble au final jamais à ce que je voulais écrire.