Si toutes les applications Web pouvaient être aussi bien pensées que les stations services

Jauger un produit au nombre des fonctionnalités est aussi intelligent que de juger une entreprise sur son business plan. C’est pourtant une pratique visiblement assez répandue, notamment chez un certain nombre d’entrepreneurs que j’ai pu rencontrer ces dernières semaines au hasard des cafés et des apéros.

J’ai eu l’occasion de dîner avec l’un d’entre eux l’autre jour d’ailleurs, qui a passé la moitié de la discussion à me faire la litanie de ce que son produit allait faire – ce n’est à ce jour qu’un projet – c’est à dire à peu près tout, de la solution à la faim dans le monde au vaccin contre le cancer du sida. J’ai fini par l’interrompre, et par lui demander de me citer deux choses, juste deux, qui allaient me faire acheter son produit. Il s’est arrêté quelques secondes, puis… a recommencé la litanie des fonctionnalités.

Vous êtes-vous déjà intéressé une minute aux stations services sur l’autoroute ? Non ? Moi oui, elles sont une extraordinaire source d’inspiration sur le choix et la mise en place des killer feature d’un produit.

Question : qu’est-ce qui fait que les gens s’arrêtent dans une station service ? Réponse : deux choses.

  1. La pompe à essence (merci Captain Obvious).
  2. Les toilettes.

La pompe à essence est un passage obligé pour accéder à l’air de repos. Que vous vous y arrêtiez ou non, vous allez passer devant. Elle pourrait être placée en sortie, après l’aire de repos et les restaurants, mais non, elle est en entrée. C’est le premier produit d’appel de la station service, évidemment.

Les toilettes : dans une station récente, les toilettes font près de la moitié de la surface couverte, sont nettoyées toutes les heures, et sont placées bien en vue de l’entrée principale. C’est, après l’essence, le second produit d’appel des stations services.

Tout le reste – boutique, restauration… – est un plus, certes très rentable, organisé autour de ces deux éléments.

J’aime particulièrement le pragmatisme avec lequel l’offre et le produit station service sont conçus, et c’est un exemple pour tout produit : résoudre un ou deux besoins clairement identifiés de manière simple et efficace, et architecturer toutes les autres fonctionnalités autour.

Et vous, c’est quoi votre killer feature ?

Publié le 04 août 2010 à 21h47 Publié sous et Labels design, application, conception

À propos

Frédéric de Villamil

Je m'appelle Frédéric de Villamil, et quand je ne déploie pas ma mauvaise humeur et ma mauvaise foi sur le Web, je suis un super héros chargé de sauver le monde. Vous pouvez me suivre sur Twitter.

  1. François le 04 août 2010 à 23h58

    J’aime bcp ce parallèle ! Reste à réussir à attirer un client avec des fonctionnalités peu rentables (voire pas du tt) et à lui faire consommer le reste ! ;)

  2. initialLED le 05 août 2010 à 00h04

    “les toilettes […] sont nettoyées toutes les heures” On ne fréquente pas les mêmes stations à priori! ;)

  3. Sly le 05 août 2010 à 09h40

    C’est particulièrement vrai dans le B2C, mais le B2B ?

    Les interlocuteurs en face sont des individus, le conseil ne fait pas de mal. C’est génial de soulever rapidement un intérêt en face tout en restant clair et concis, ça simplifie tout ce qui a un biais humain (convaincre en interne, recommander aux amis… et même tout simplement décrocher au téléphone).

    Mais parfois, je pense que ça doit aider d’avoir une liste invraisemblable de fonctionnalités : le méritocratique pourra le vouloir pour répondre en une fois à tous les profils et besoins utilisateurs, le pragmatique pour répondre aux cases d’un appel d’offre…

    Mais pour vos commerciaux, pour flatter les égos du décideur et de l’acheteur, en les laissant jouer à “qui a la plus grosse”. La plus grosse quoi ? Liste de features, OK, mais la plus grosse facture aussi, parfois. Ça participe à son prestige et même celui de la boîte parfois, à tort (quand c’est un gaspillage sans nom) ou à raison.

    Ça permet aussi de noyer le poisson avec un discours très long, de rassurer sur l’avance qu’on a sur la concurrence, bref : la métrique est mauvaise et tout le monde le sait, mais elle n’en reste pas moins utilisée.

    Désolé, chers commerciaux, je vous respecte de plus en plus vous et votre métier, mais c’est encore une minorité visible de filous qui a détérioré votre image… c’est aussi “notre” faute : on vous a donné des choses à vendre qui étaient plus souvent minables que de qualité.

  4. Nicolas Hoizey le 05 août 2010 à 10h41

    Dans les deux aires d’Assevilliers, sur l’A1, les boutiques et la restauration sont en premier, l’essence après. C’est du coup beaucoup plus accueillant. C’est ce qui fait que je m’arrête tant que possible dans cette aire plutôt qu’une autre.

  5. sebbouyssou le 05 août 2010 à 18h15

    J’apprécie toujours autant les post bien écris, qui recentrent simplement sur l’essentiel et qui démontrent une certaine curiosité chez leur auteur.

    A propos des stations d’autoroute, d’après un sujet au JT, seul 1 client sur 4 s’arrête pour s’y procurer du carburant. La restauration rapide y prend de l’importance à travers les sandwiches et autres encas.

  6. Pierre le 05 août 2010 à 18h28

    Réflexion très intéressante. ;) Je vais réfléchir aux conséquences que cela peut avoir sur le projet que je suis en train de développer.

    Bonne continuation, Pierre

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