Sociétés de services : c'est pas la taille qui compte, c'est la manière dont on s'en sert

Vendredi dernier, je devais conseiller au pied levé un ancien camarade d’école, deux promotions en dessous de moi, confronté à un dilemme cornélien quant à son avenir professionnel : à salaire, clients et avantages égaux, valait-il mieux qu’il fasse son stage de fin d’études dans une petite ou une grosse SSII ? Souvent considérées – pas toujours à tort – comme les négriers du XXIème siècle, les Sociétés de Services en Ingénierie Informatique représentent aussi un formidable tremplin pour les jeunes diplômés, à condition de ne pas craindre les heures supplémentaires. Grands comptes, projets d’envergure, missions de longue durée permettent de se constituer très rapidement un CV alléchant, propre à vous faire rejoindre quelques années plus tard la DSI d’un de vos anciens clients, ou à vous constituer le réseau professionnel dont vous aurez besoin le jour où vous voudrez voler de vos propres ailes. Le tout est de bien commencer, et de savoir quand s’arrêter.

Pourquoi rejoindre une grosse ?

L’époque où le seul moyen pour une petite société d’intégrer de gros comptes était de sous-traiter ses ressources à un partenaire plus gros est heureusement révolu. Aujourd’hui, les plus petits peuvent coopérer avec les plus grands. Avec seulement deux ans et demi d’existence, Actualys en est une preuve parmi d’autres. Cependant, sur les projets vraiment majeurs – plusieurs dizaines de personnes, planification sur plusieurs années – les postes à responsabilité seront systématiquement tenus par la société qui dirige le projet, bien qu’il soit possible de tirer son épingle du jeu aux moments critiques. Tout est une question de compétences et de vivacité d’esprit, mais ne comptez pas en tirer une quelconque gloire en dehors de votre équipe.

Les très grosses SSII ont généralement un système d’avancement établi, tous les deux ou trois ans, au rythme des inévitables et redoutés entretiens annuels. Le plan de carrière est tout tracé : technique les premières années, puis fonctionnel ou management après, jusqu’en haut de l’échelle pour les meilleurs. C’est un des points souvent appréciés de ces sociétés : la visibilité sur l’avenir et sur les possibilités d’évolution.

J’en profite pour introduire une digression dans mon propos.

Je souris toujours quand je reçois des CV de futurs diplômés à la recherche d’un stage de fin d’études en tant que chefs de projets. Mon livre de chevet du moment dit avec raison qu’on ne peut être un bon supérieur si on n’est pas d’abord un bon inférieur, et que pour bien commander, il faut d’abord apprendre à bien obéir. On ne peut pas concevoir un projet en grandeur réelle sans en avoir réalisé un, tout comme une ceinture noire en UML et MS Porject ne permettent pas à elles seules de résoudre des situations de crise. Et puis, code is fun tant qu’on choisit bien son langage. Bannissez PHP et Java de votre existence, ça ira mieux.

Fin de mon aparté.

Autre avantage des grosses SSII pour ceux que ce genre de détails intéresse : le comité d’entreprise. Pour certains, il s’agit d’un point non négligeable au moment de choisir une entreprise, et vous avez peu de chances d’en trouver un dans les petites structures. Un comité d’entreprise, cela signifie généralement les places de cinéma moins chères, et les chèques vacances à la fin de l’année.

Et une petite ?

Comité d’entreprise, carrière planifiée au millimètre, plus de chance d’avoir des responsabilités sur les projets vraiment majeurs, dès lors, pourquoi choisir une petite SSII ? Ces dernières ne semblent pas vraiment avantagées, et pourtant, je leur ai toujours donné ma préférence, pour 3 raisons précises.

Il est plus simple de se faire remarquer dans une petite société

Performant, mais en bas de l’échelle, vous avez beaucoup plus de chances de vous faire remarquer par vos employeurs au sein d’une petite société qu’au sein d’une grande, dans laquelle le cloisonnement hiérarchique ne permettra pas forcément à vos exploits de se répandre. Inversement, vous avez plus de chances de voir vos conneries rester au niveau de votre commercial traitant dans une grosse société.

Les responsabilités arrivent plus rapidement

Que vous soyez sur un projet en régie ou au forfait, chez le client ou à domicile, vos supérieurs vous confieront plus facilement des responsabilités s’ils vous côtoient au quotidien, et s’assurent par là même de vos compétences, et peuvent s’affranchir de l’inertie hiérarchique propre à certains grands cabinets. J’ajouterais que le côté relation humaine est beaucoup plus présente, encore plus quand votre entreprise travaille aussi au forfait.

Les perspectives d’évolution sont généralement plus variées

Bien que ce ne soit pas toujours le cas, particulièrement dans les entreprises pratiquant la monoculture technologique, une petite structure offre souvent une plus grande diversité de missions et de postes pour un profil donné. Les raisons en sont simples :

  • Le nombre de ressources est moins important.
  • La taille humaine de la structure permet de mieux connaître ses collaborateurs.

Le jour où vous postulerez, tâcher donc de cerner les pôles technologiques de votre futur employeur, afin de savoir à quoi vous pourrez être amené à toucher. Renseignez-vous ensuite sur les possibilités de formations en interne afin de faire, à terme, ce qui vous plaît dans un environnement qui vous plaît.

C’est pas la taille qui compte…

Une fois de plus, rappelez-vous que ce n’est pas la taille de la société qui compte, mais la manière dont vous envisagez votre carrière en son sein. Une fois que vous savez ce que vous voulez, renseignez-vous soigneusement sur les conditions de travail réelles, et pas sur ce que vous font miroiter des commerciaux ou des recruteurs le plus souvent payés à la commission, et donc prêts à tout pour vous faire signer un contrat.

Enfin, dernière recommandation, ne faites pas (toujours) confiance aux camarades de promotion qui vous promettent monts et merveilles : il y a de grandes chances pour qu’ils soient grassement récompensés le jour où ils vous feront rentrer dans leur société. Selon les cas, la cooptation peut rapporter plus de 1000 euros par personne embauchée, ce n’est pas rien. D’ailleurs, ça me fait penser qu’Actualys embauche toujours des développeurs web PHP, Java et Ruby on Rails. N’hésitez pas à postuler en disant que vous venez de ma part : de toute manière, je ne gagnerai pas un centime dessus.

Publié le 30 janvier 2007 à 21h56 Publié sous et Labels cv, emploi, embauche, recrutement, ssii

À propos

Frédéric de Villamil

Je m'appelle Frédéric de Villamil, et quand je ne déploie pas ma mauvaise humeur et ma mauvaise foi sur le Web, je suis un super héros chargé de sauver le monde. Vous pouvez me suivre sur Twitter.

  1. sophie januel le 31 janvier 2007 à 17h57

    Bravo Frédéric c’est bien vu et bien résumé. Un point de vue à prendre en compte pour bien des candidats !

  2. Nath le 04 février 2007 à 19h42

    “Bannissez PHP et Java de votre existence, ça ira mieux.”

    “D’ailleurs, ça me fait penser qu’Actualys embauche toujours des développeurs web PHP, Java et Ruby on Rails.”

    … schizophrénie ? XD

  3. Frédéric de Villamil le 05 février 2007 à 08h07

    Nath : comme on dit souvent, “les opinions exprimées ici en reflètent pas forcément ni les besoins ni celles de mes employeurs”.

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