Vous n'avez rien compris au web, publiez un livre !

Ce site aidant, j’ai souvent des appels d’entrepreneurs, chefs de projets ou autres métiers en rapport avec le web qui m’appellent pour discuter de manière informelle. Ce qui revient à avoir droit à du conseil gratuit, comme si le fait de publier gratuitement des articles ici impliquait que je travaillais pour la gloire. Je fais fuir la quasi totalité d’entre avec un mot magique : “tarif”. Mais il arrive parfois que certains s’accrochent, et cela donne généralement lieu à des conversations intéressantes.

Je me suis ainsi retrouvé l’autre soir à prendre un verre avec deux entrepreneurs qui m’avaient été recommandés avec insistance par un ami. Ces derniers se préparaient à lancer un annuaire détaillé spécialisé, contenant plus de 5000 références à jour dans toute la France. Ils voulaient, disaient-ils, faire du communautaire, et souhaitaient le conseil d’un spécialiste qu’un de leurs amis leur avait chaudement recommandé (sic).

Une fois leur projet expliqué dans les détails, les choses ont assez mal démarré. Premier point bloquant, tous les avis sur les fiches étaient modérées à priori. Quand je leur parlai de l’importance d’une modération à posteriori pour l’adoption de leur plate-forme, leur réponse a été sans équivoque : c’est hors de question, vous comprenez, nous avons des sociétés qui payent pour figurer dans notre guide.

Quand je leur demandai où je pouvais consulter ledit site, là encore, la réponse m’a montré une parfaite méconnaissance du web : le site sera en ligne dès que nous aurons fini de rentrer le contenu. Nous avons une vingtaine de rédacteurs qui travaillent à plein temps pour finaliser les fiches. Soit. Un rapide laïus sur l’intérêt de faire rédiger les fiches au fil de l’eau d’une part, et de laisser le public venir lui-même soumettre de nouveaux établissements, quitte à reprendre le rédactionnel après s’est heurté à un double refus : obligation d’exhaustivité avant la sortie du site, et méfiance avérée envers leur public.

Après une petite heure de discussion, ils ont fini par me posr la question fatidique : alors, que pensez-vous de notre projet ?

Je les ai regardés quelques secondes, j’ai fait tourner ma cuillère dans ma tasse de thé, soupiré un bon coup, et leur ai dit :

Honnêtement ? Vous vous êtes trompés de média. Vous n’avez rien à faire sur le web. Ce que vous voulez faire, c’est publier un livre.

Nous nous sommes séparés là dessus – j’ai même payé mon thé – et j’ai reçu le soir même un coup de téléphone de l’ami en question :

Je ne sais pas ce que tu leur as fait, mais ils ont dit que je leur avais fait perdre leur temps, que tu étais nul à chier et que tu ne comprenais rien à rien.

Sic transit gloria mundi

Publié le 15 septembre 2009 à 09h00 Publié sous

Mots clés web, humour, conseil, conception

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  1. Avatar

    Par korben le 15 septembre 2009 à 09h20 :


    Nul a chier ? Mdr ! Ca c est la vraie vie… j adore !

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    Par 1suisse le 15 septembre 2009 à 09h25 :


    tellement vrai ! et tellement frustrant. j’espère que publier ce message t’a soulagé un peu.

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    Par NiKo le 15 septembre 2009 à 09h36 :


    Haha, excellent. Je tiens le même genre de discours, très frontal. J’ai assez de taf en backup pour travailler avec les gens qui écoutent les experts qu’ils sont venus consulter, même quand ça n’est pas agréable.

    Le professionnalisme doit se jauger aussi du côté du client ; commanditer et acheter des prestations intellectuelles telles que le conseil, l’architecture et voire le développement est aussi un métier, avec de vrais compétences d’écoute, de capacité d’abstraction et d’humilité à la clé. Posséder un “budget” ne prémunira jamais d’être intelligent.

    Trop “d’entrepreneurs” 2.0 se contentent d’un amateurisme consternant quand il s’agit d’essayer de comprendre un écosystème qu’il ne connaissent pas, avec parfois à la clé des comportements dignes du plus capricieux des enfants turbulents. Ce sont généralement ceux-là qu’on retrouve rapidement en dépôt de bilan après quelques années d’autisme technologique.

    Je leur souhaite bien du courage, à tes drôles d’oiseaux.

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    Par Armetiz le 15 septembre 2009 à 09h59 :


    Heureusement cela n’arrive pas à chaque fois. Il y a environ un mois, j’ai rencontré une personne qui m’a connu par l’intermédiaire de mon blog (chose que je trouve magique quand on voit les mots clés qu’il a utilisé).

    La première discutions réel fut de connaitre le projet et d’échanger. La personne qui était en face de moi n’avait pas beaucoup de connaissance au niveau du Web, mais était très ouverte et à l’écoute.

    Nous avons chacun un métier, lui a l’idée et connait le potentiel de son projet. Moi je suis là pour lui fournir les éléments clés liés à l’ergonomie fonctionnelle ainsi que le développement de son projet.

    Une autre fois, une personne assez âgée voulait que je reprenne le développement de son site full Flash qu’il avait commencé 6 ans plutôt et mis en pause depuis 5 ans. En lui expliquant que la technologie avait beaucoup évolué, il est resté complètement fermé face à la réécriture de son application malgré tout les arguments que je lui avançais… Plusieurs raisons à ca : - C’était son bébé et il ne voulait pas perdre sa création. - Mais surtout, il était persuadé que la technologie n’avait pas évolué autant. Et donc pour lui, j’aurai du simplement reprendre son code et modifier deux trois trucs…

    Il existe des personnes aptent a écouter, et d’autres non… Le problème quand on souhaite porter un projet, c’est qu’il faut savoir écouter, mais aussi savoir prendre des décisions sans maitriser toutes les notions. Cette part de risque n’est pas évidente et doit fonctionner sur des relations de confiance.

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    Par Oncle Tom le 15 septembre 2009 à 10h01 :


    Ah ah ah :-D commennt je les plains … ou pas ;-)

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    Par Pierre le 15 septembre 2009 à 10h24 :


    A peu prêt vécu la même chose il y a une semaine et je ne peux qu’être d’accord avec la conclusion : Ces gens se croient encore à l’ère du papier.

    La transition avec le web ne signifie pour certain que de regarder les avantages du média : Grosse audience, moindres frais.

    On veut profiter d’une audience “comparable a celle de la télé” ais-je encore entendu cette semaine… Comme si un site lancé au milieu de la toile avait le potentiel d’une chaine de télévision. Si dans l’absolu c’est tout a fait vrai et même encore plus puissant à l’international, tout le monde n’a pas le succès d’un site au million de VU en quelques jours…

    Comme ils gomment les frais techniques du monde du papier : mise en page, Impression, distribution, ils gomment par la même occasion les problématiques de fonctionnement. Puisqu’il n’y a pas de frais pour acceder à leur site, puisque leur contenu est gratuit alors que si ils l’avaient publié sur format papier il aurait été payant, tout le monde va se jeter sur leur offre…

    Le calcul, projeté de cette manière est forcément biaisé. Les erreurs que tu décris sont manifestes : quel intérêt d’avoir un catalogue de sociétés complètement lisse et policé pour un internaute ? Comment trier le grain de l’ivraie ? Un internaute qui débarque sur le net pourra trouver du sens à cette proposition mais dés qu’il aura quelques megaoctets au compteur il se tournera vers des renseignements plus riches, des sites de niche et des communautés actives qui feront sens et qui garderont surtout en permanence un regard critique sur l’activité du marché.

    “C’est hors de question, vous comprenez, nous avons des sociétés qui payent pour figurer dans notre guide.” Leur modèle est mort-né. Je serais entrepreneur et verrais arriver ce concept sur ma table pour me représenter au sein d’un annuaire, je saurais que mon enseigne serait présentée de la même manière que le plus vil des casseur de prix, le plus mauvais de mes concurrents et cela sans que je n’aie aucun moyen de me rattraper. Comme les plus vils sont les plus à même de payer ce genre de service pour se faire de la publicité (le bon plombier n’arrose pas de flyers de publicité des villes entières) il y a de forte chance que le site le plus intéressant soit noyé au milieu d’une offre catastrophique de concurrents qui joueront sur des prix d’appels ou un gros effort de communication biaisée pour se faire voir et entendre. Les plus vils seront aussi ceux qui n’hésiteront pas a faire faire de vrai-faux commentaires ultra-positifs sur les pages de leur propre enseigne.

    Commentaires bidons qui ne seront pas modérés puisque seuls les commentaires positifs seront publiés. Les internautes ayant rencontré des problemes avec ces sociétés ne seront pas visibles.

    En fait, plus cela va, plus cela me fait penser a un annuaire qui n’a pas pour vocation le Web des internautes mais bel et bien de vendre un service inutile aux entreprises listées. Il n’y aura pas de visiteurs sur ce site, ce n’est pas le but. L’idée ici est de vendre de l’espace à des pros en leur disant : “Votre concurrent y est. Vous ne pouvez pas ne pas y être.”

    En gros, ils refont le Kompass, online.

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    Par un autre le 15 septembre 2009 à 10h27 :


    Très bon résumé de ce que l’on rencontre dans le milieu. L’incapacité à anticiper va généralement de pair avec l’incapacité à concevoir. L’une comme l’autre étant la résultante d’un refus de mise à l’épreuve

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    Par Olivier le 15 septembre 2009 à 10h33 :


    Ah ah excellent.

    Beaucoup de gens ne comprennent pas grand chose en effet au Web, aux tendances actuelles et futures.

    Ce type de situation se retrouve souvent je trouve, que cela soit dans sa propre société ou non. Le plus dur étant de convaincre qu’ils se dirigent vers la mauvaise direction je trouve, pas simple.

    Cela m’aura donné au moins une porte de sortie, “publiez un livre”, je la ressortirai ;)

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    Par Ishiro le 15 septembre 2009 à 11h13 :


    Ta conclusion me semble juste bien que radicale. Annoncée de cette manière, c’est plutôt difficile à entendre pour les deux entrepreneurs… Tu viens quand même de démonter leur projet en quelques minutes. Passé le stade de la colère, ça les amènera (peut-être) à réfléchir.

    Parce qu’en effet, c’est très mal parti : “faire du communautaire” avec une “méfiance avérée envers leur public”, ça risque de ne pas être évident. ;)

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    Par Florent V. le 15 septembre 2009 à 11h16 :


    Et comment était le thé?

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    Par Stefan "hr" Berder le 15 septembre 2009 à 11h43 :


    Enfin des gens qui te voient sous ton vrai jour. C’est vrai que tu n’es pas très bon!

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    Par Nicolas F. le 15 septembre 2009 à 12h05 :


    Malheureusement, il y a encore une bonne proportion de clients qui ne suivent pas les conseils des professionnels qu’ils payent pour cela.

    Ma phrase magique : “Si vous connaissez mon métier mieux que moi, pourquoi me payez-vous pour le faire ?”

    Bon, après, il faut aussi savoir qu’un business model valable irl n’est pas toujours transposable en l’état sur le web.

    C’est ce qui est arrivé avec un client qui propose un catalogue original de produits pour groupes. Mis en ligne pour être bien référencé sur les termes attenants, il a malheureusement aussi permis aux concurrents de s’en inspirer.

    Ca m’a fait plaisir, mais en même temps, ça m’a contrarié quand le client m’a dit qu’il était trop bien référencé…

    Il reçoit de nombreuses demandes individuelles qu’il ne traite pas car il ne travaille qu’avec les groupes.

    Une solution serait de proposer le produit aux particuliers également avec constitution de groupe grâce à un système de listes d’attentes avec pré-paiement, mais le client ne semble pas vouloir prendre ce virage.

    Le bilan n’est pas négatif, loin de là, mais c’est vrai que c’est difficile de faire évoluer les mentalités surtout quand on a affaire à des personnes pour qui ça marche d’une certaine manière depuis des années, il faut souvent un électrochoc pour les faire changer de positionnement. Pour ce client en particulier, je ne désespère pas…

    C’est peut-être là que je diffère de ta réaction. Je pense que nous ne devons pas juger cette “ignorance”, mais informer, expliquer, influencer. C’est souvent que des clients demandent tel chose, que je propose autre chose, qu’il refuse et que lorsque j’applique sa volonté, il revient sur ma proposition de départ.

    Le tout, c’est d’accepter de changer les plans, de mettre un prix sur ces changements de dernière minute (parce que malgré l’écoute, on peux pas se permettre de supporter le coût des revirements des clients). On apprend de ses erreurs, et je dirai que dans le web, on est bien placés pour le savoir.

    Certains clients ont besoin de faire leur propre erreurs, c’est comme ça.

  13. Avatar

    Par Chob le 15 septembre 2009 à 14h25 :


    Le problème avec le web, ou avec la com’, c’est que tout le monde sait en faire… Malheureusement, l’état d’esprit si bien décrit dans cet article est encore largement répandu !

  14. Avatar

    Par Christophe Lauer [MS] le 15 septembre 2009 à 15h46 :


    Friends don’t let friends… Bon oui sauf que là tu leur as déballé leurs 4 vérités et qu’ils n’étaient pas prêts à ce feedback de la part d’un inconnu, même recommandé par un tiers. Donc forcément tu aterris dans la catégorie des gros nazes qui pigent que dalle à leurs yeux.

    Marrante cette anecdote, y’a pas à dire.

    Rah, l’humain, toujours l’humain ! Quel malheur :)

  15. Avatar

    Par Mère Teresa le 15 septembre 2009 à 16h51 :


    Tu aurais pu leur proposer un second RV rénuméré pour leur dire ça et ne leur dire que des choses dissuasives sans être franc. Mais en fait, tu ne voulais surtout pas que ton ami te recommande de nouveau, c’est ça ?

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