Happy new year

Je m’étais toujours juré de ne pas me plier à la tradition séculaire, populaire et donc forcément quelque peu vulgaire – au sens d’ordinaire histoire de terminer mon allitération – des prédictions pour l’année à venir. C’est après avoir lu dans le marc de café des entrailles d’un poulet préalablement débarrassé de son casque et de son uniforme que j’ai compris où se trouvait mon devoir : vous révéler ces douze prédictions aussi ridicules qu’infaillibles pour l’année à venir.

Ces prédictions ayant des chances quasi nulles de se réaliser, la probabilité pour que qui que ce soit vous dise “je vous l’avais bien dit” est donc proche du zéro absolu.

Janvier : Facebook lance des applications d’entreprise

Si l’entrée en bourse du réseau social et la sortie d’un blockbuster hollywoodien à son sujet ont pu vous faire croire que Facebook était une entreprise capitaliste dont le seul but serait de faire des profits, c’est que le plan machiavélique ourdi par Zuckerberg et ses ouailles a parfaitement réussi.

En réalité, Facebook vient de passer les 8 dernières années à oeuvrer dans l’ombre afin de détruire une bonne fois pour toute le capitalisme, en réduisant à néant la productivité de tout le secteur tertiaire mondial. Au lieu de travailler, tous les cadres de la planète passent leur journée à s’envoyer des pokes sur Farmville. Alors n’imaginez pas qu’ils vont investir dans des domaines visant à améliorer la productivité (ou alors c’est vraiment sournois : faire venir les entreprises sur Facebook pour mieux les pourrir de l’intérieur).

À qui profite le crime ? À la Corée du Nord, évidemment, qui a depuis longtemps délaissé le secteur tertiaire au profit de l’industrialisation. Élémentaire non ?

Février : PHP devient un vrai langage de programmation

Depuis 1996, PHP s’est positionné comme le langage grand public destiné à créer des pages personnelles sur le Web naissant, d’où son appellation originale de Personal Home Page. Son créateur Rasmus Lerdorf ne s’en est jamais caché, PHP est un langage destiné avant tout aux personnes ne sachant pas programmer, et tout déviation de ce sacro-saint principe ne serait qu’un dommage collatéral non désiré.

C’en est au point qu’il a décidé de conserver la compatibilité d’une version à l’autre, afin de s’assurer qu’un script créé avec PHP 1 sera toujours valide le jour de la sortie de PHP 7, puisque la version 6, trop complexe, a été depuis longtemps jetée aux oubliettes.

Il y a autre chose : si l’invraisemblable se produisait, si PHP devenait un vrai langage de programmation et non un succédané de Dreamweaver, c’est toute l’industrie de la sécurité logicielle qui se retrouverait au chômage du jour au lendemain, tant cette dernière vit sur les millions d’applications développées par des gens n’ayant aucune idée de ce qu’ils faisaient.

Mars : Richard Stallman se rase la barbe et les cheveux

Quand Richard Stallman ne parcourt pas le monde afin d’expliquer qu’il a cessé de se laver dans le seul but de sentir le gnou, il sert de gourou à mi temps aux libristes, un groupe de gens passant la moitié de leur temps à vous expliquer que le (logiciel) libre est la seule religion acceptable, et l’autre moitié à tenter de vous convaincre que les religions sont à éradiquer car elles empêchent l’humanité d’être libre.

Or, que serait un gourou, même à mi-temps, sans ses attributs traditionnels : une longue robe tachée et usée jusqu’à la corde, signe d’ascèse évidente, une barbe longue comme une lecture de la GPL v3 et les cheveux à l’avenant ? Réponse : rien !

Or, Stallman ne veut pas perdre son boulot, et même s’il est réjouit de la mort de Steve Jobs, ce n’est pas pour autant qu’il veut pointer chez Paul Emploi.

Avril : Linux prend la première place sur le desktop

Maintenant que Mario Galaxy, Enlightenment 17 et Duke Nukem Forever ont fini par sortir, il ne reste plus que deux Grands Anciens tapis dans l’étrange monde du vaporware : une version stable du HURD et l’avènement de Linux sur le Desktop. Le premier a plus de chances d’arriver que le second.

Malgré des tentatives désespérantes de faire tourner les derniers jeux en DirectX et les solutions Microsoft, l’OS au manchot n’a toujours pas su conquérir le grand public, et pour cause.

Depuis 15 ans, au lieu d’unir ses forces dans le but de créer un environnement standardisé, stable et utilisable, la communauté du logiciel libre se bat pour savoir s’il vaut mieux partir de GNOME (2, 3 ou 4), KDE, Unity, ou carrément tout reprendre de zéro quitte à développer une nouvelle bibliothèque de widgets standards afin de ne fâcher ni les fans de QT ni les ayatollah de GTK, ou, pourquoi pas, forker XFCE pour le renommer FUCK.

Et on me dit dans l’oreille que toute cette diversité, c’est pour plus de liberté. Ah…

Mai : Des blogueurs entrent au gouvernement

À les lire, les blogueurs savent tout, les blogueurs ont un avis sur tout, et les blogueurs ont une influence telle que le moindre billet sur l’un d’entre eux a fait cesser la répression de la Révolution verte en Iran, inversé la déforestation amazonienne, et résolu la crise économique.

C’est bien connu, les blogueurs ont une solution à tout, elle est souvent élémentaire, s’affranchit de toutes les complexités de l’économie, la politique, l’environnement ou du droit qu’on tente de nous faire avaler comme des obstacles à un monde plus beau, parce qu’il faut absolument laisser faire les gens qui savent. Or, par principe les blogueurs savent !

Et vous voudriez que le gouvernement se donne la moindre chance de réussir en prenant des gens aussi compétent ?

Juin : La presse écrite se retrouve un business model

Celle-ci m’attriste pour de vrai parce qu’elle n’a vraiment aucune chance d’arriver.

Pourquoi voudriez-vous qu’une corporation qui a usé toutes ses forces dans un combat contre sa propre évolution après avoir été le témoin clé de celle de notre monde parvienne à se renouveler du jour au lendemain ?

La presse écrite telle que nous l’avons connue est morte, sacrifiée sur l’autel de l’information prête à consommer, des blockbusters faciles, et d’un refus de s’adapter à un monde qui changeait plus vite qu’elle.

Tant que ceux qui en détiennent encore les clés ne sont pas partis vivre une retraite paisible, laissant la place à ceux qui sont nés après Internet, elle a aussi peu de chances de survivre qu’une muette en finale de la Star Academy, c’est à dire aucune. Et c’est bien triste.

Juillet : le monde entier passe à IPv6

Cette nouvelle année devrait être marquée par deux événements majeurs : le défaut de paiement des États-Unis et la mort du système d’adressage à Internet IPv4.

Et pour cause, personne n’en a rien à faire, et surtout pas les gouvernements, qui verraient avec plaisir se monter de gigantesques réseaux internes à leurs pays, les seules IP publiques étant attribuées à des proxys nationaux filtrant, en entrée et en sortie, toutes les données qui n’auraient pas été approuvées. Un peu comme en Chine, merde…

Heureusement, dans l’ombre, Ipéfixe et Asterisk luttent pour faire libérer leur chef Ipévéssix.

Août : Apple se prononce pour la licence globale

Tim Cook a beau s’être tiré un obus dans le pieds en supprimant Google Maps d’iOS6, il n’est pas stupide à ce point là, sinon il n’occuperait pas ce poste. Dieu merci, les patrons des grandes sociétés capitalistes ne sont pas désignés au suffrage universel.

Depuis la sortie de l’iPod premier du nom, Apple a réussi bâti un empire sur le téléchargement payant de ressources produites par d’autres, reproductibles à l’infini, et qui ne lui appartenaient pas directement. Un modèle du genre, qui explique pourquoi on les voit tout à fait se prononcer pour la licence globale, et diminuer la qualité audio des morceaux pour faire des économies sur la bande passante.

Après tout, si ça marche pour la RAM et les démos, ça doit marcher pour le son : 64k should be enough for everyone!

Septembre : Windows Phone domine le marché du mobile

Septembre, c’est la rentrée des classes, la fin des vacances et la date limite du prélèvement de l’Impôt Sur la Fortune, bref, un mois que personne de normal n’a envie de voir arriver… un peu comme Windows Phone en fait.

Penser que Windows Phone va prendre la première place sur le marché mobile cette année, c’est accepter de croire que les ventes d’iPhone vont s’effondrer, qu’Oracle va forcer Android à mettre la clé sous la porte, et que les gens vont remplacer leur smartphone par des PC de bureau (à gueule de Zune), parce qu’honnêtement, Microsoft n’a jamais rien fait d’autre de correct.

Octobre : GIMP devient utilisable

Les logiciels libres ont toujours tout fait pour rester un truc de geeks et ne jamais parvenir sur le bureau du grand public, en usant de plusieurs techniques plus fourbes les unes que les autres. On peut citer la consommation de toute la RAM de la machine (Firefox), la nécessité d’être contorsioniste pour utiliser les fonctions de base (Emacs), ou une complexité à s’en faire suicider un doctorant en physique quantique (et encore, la physique quantique, plus ça va, plus je trouve ça simple à coté de Gimp).

Gimp est, aux yeux du grand public, l’étendard de la complexité du logiciel libre, l’assurance pour les geeks d’un certain entre soi, que jamais madame Michu ne viendra les emmerder avec ses questions de noob à deux cents, et que le petit Jean-Kevin préférera installer un Windows Vista et télécharger Photoshop sur une partition cachée plutôt qu’avouer utiliser Gimp.

Novembre : les vues des vidéos de chats ne seront plus comptabilisées sur Youtube

Youtube va-t-il supprimer les vidéos de chats du nombre de vues comme il en a retiré 2 milliards aux majors de la musique ? Rien n’est moins évident.

Chaque année, les vidéos de chats posent un gros problèmes aux analystes qui travaillent sur Youtube. Comment avoir l’air sérieux tout en expliquant aux ténors de l’industrie que 75% du trafic du site provient de vidéos de chats se léchant le minou, et les 25% restant d’un gros coréen faisant une danse de jockey ?

D’un autre côté, retirer les vidéos de chats du nombre de vues sur Youtube, c’est s’assurer de tomber au delà de la 10ème place du classement des sites de diffusion de vidéos, une chute que Google ne peut pas se permettre.

Décembre : je termine un side project

Ouais, euh non, là… faut pas abuser quoi : cette année, j’y arrive !

Allez, bonne année absurde, on se retrouve dans 48 heures.

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