Lancer une bêta privée a-t-il encore du sens en 2010 ? J’en discutais hier soir avec un bêta sceptique qui n’y voyait qu’un moyen éculé de faire parler de soi et susciter l’intérêt à peu de frais. Soooo 2004, me disait-il, et totalement has been depuis que les invitations à Gmail se sont retrouvées sur eBay.

Je ne partage pas son avis. Lancer votre produit en bêta privée, au moins pendant quelques temps, est indispensable, à moins de disposer de très importants moyens techniques et de communication.

Pourquoi cela ?

1. Certainement pas pour vous faire de la publicité à peu de frais

Ne rêvez pas. À moins d’être Jeff Bezos, d’avoir couché avec tout le staff de Techcrunch, ou de proposer un vrai game changer, vous n’avez aucune chance de vous offrir une bonne dose de publicité gratuite en lançant un service en beta privée.

La bêta privée selon Gmail repose sur un principe simple : en restreignant le nombre d’invitations, on crée de la rareté. Or, ce qui est rare est cher – ce qui implique qu’un cheval bon marché, très rare, soit cher – et ce qui est rare crée l’envie. Un produit Google peut créer de la rareté, un service de musique en ligne également, mais bien peu le peuvent.

Vous pourrez en revanche, pour peu que vous gériez bien vos invitations et que votre service soit bon, faire parler de vous – donc susciter l’intérêt – tout en améliorant votre link building, ce qui n’est jamais gâché.

2. Pour gérer la montée en charge

Ouvrir votre application à un petit nombre de personnes à la fois vous permet de bien gérer les problématiques de montée en charge, qu’elles relèvent de votre produit ou de votre hébergement. Vous vous rappelez de France.fr ? C’est typiquement le genre de site qui aurait du faire des tests de montée en charge, et typiquement celui qui ne pouvait pas le faire sous la forme d’une bêta privée.

Quand Bastien et moi avons sorti Twitmark, un service de bookmarking social visant à faire le lien entre Twitter et Delicious / Diigo, nous avons accueilli une trentaine d’utilisateurs. La quantité de données récupérée – nous avions été un peu trop gourmands – nous a très rapidement montré les limites de notre modèle de données et nous a forcé à tout refaire, pour finalement mettre la clé sous la porte faute de temps.

Nos trente utilisateurs ont montré les limites de notre modèle, mais sans souffrir des conditions d’utilisation du service.

3. Pour canaliser le feedback et impliquer vos utilisateurs

Quoi qu’aient pu en penser certains éditeurs de logiciel, une bêta, même privée, n’est pas une recette effectuée gratuitement par les utilisateurs. Autrement dit, beta n’est en aucun cas une excuse pour livrer un produit mal fini. La bêta privée ne doit vous servir qu’à trouver les derniers bugs qui se cachent, et affiner les fonctionnalités et les comportements de votre application, testée en grandeur réelle. Quelle qu’en soit la qualité, des tests effectués par des développeurs seront toujours différents du comportement réel de l’utilisateur.

La beta vous permet de canaliser le feedback de vos utilisateurs, presque dans un cadre de laboratoire. Parce que vous contrôlez le nombre de testeurs, vous contrôlez le flux de remontés que vous aurez à traiter.

Ouvrir en beta privée vous permet justement d’impliquer vos utilisateurs qui ne sont pas des clients, mais des beta testeurs. C’est à eux que vous pouvez demander les retours les plus détaillés, et revenir régulièrement afin d’avoir leur avis sur vos dernières modifications.

4. Pour valider votre modèle

Enfin, vos bêta testeurs doivent vous permettre de valider le modèle global sur lequel repose votre service avant de le lancer dans la jungle du grand public.

Quand j’ai commencé à développer avec des SCM, la première maxime que l’on m’a apprise fut commit early, commit often. Quand j’ai lancé mon premier projet open source, on m’a dit release early, release often. Plus récemment, un jeune chef d’entreprise de 21 ans qui en était déjà à sa 4ème société – trois de vendues, une de plantée – me disait : si on se plante, il faut se planter tôt. Il avait fermé sa troisième société seulement quelques heures après le lancement de son site, car il avait réalisé dès l’arrivée de ses premiers utilisateurs que son modèle idéal sur le papier ne tenait pas la route en grandeur réelle.

C’est à ça que doit pour servir votre beta privée : savoir si votre service est viable en grandeur réelle.

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