Grieg et sa femme jouant à quatre mains

N’importe quel imbécile peut avoir 15 idées géniales par jour, mais tout le monde n’est pas capable de la réaliser. J’ai d’ailleurs une douzaine de projets qui attendent que je m’y remette.

La semaine dernière, Alex Delivet estimait à 1/100 le ratio biz guy / développeur prêts à se lancer dans l’aventure entrepreneuriale. Même si ces proportions sont exagérées, et qu’elles tournent aux alentours de 1/10, la disparité entre les profils nécessite de faire attention quand on recherche son cofondateur technique.

Entre les listes de diffusion de développeurs et mon adresse de contact, j’ai vu passer pas mal de wanna be entrepreneurs qui se tiraient une balle dans le pied avant même d’avoir pu commencer à raconter leur histoire. J’en ai tiré 7 conseils fondamentaux pour prendre contact avec son futur cofondateur.

1. Présentez-vous (!!!)

Se présenter est le B A BA de la politesse, à tel point que la plupart des gens passent à côté.

Le premier contact n’est pas un elevator pitch, mais l’établissement d’une relation entre personnes ; c’est vous que vous vendez avant de vendre votre projet. Présentez-vous avant de parler de votre projet. Si vous avez déjà brièvement rencontré votre interlocuteur, rappelez-lui qui vous êtes, et dans quelles circonstances.

Se présenter avant d’annoncer son projet donne en plus le contexte : qui êtes-vous ? D’où venez-vous ? Quelle est votre formation, votre profil ? Qu’avez-vous fait avant de lancer votre entreprise ? N’hésitez pas à ajouter des liens qui peuvent vous sembler intéressants : liens vers votre blog, votre compte Twitter, votre profil Linkedin ou mieux, votre compte Github. Ne forcez pas votre interlocuteur à vous googler, il le fera certainement de lui-même si votre mail l’intéresse.

2. Présentez votre projet

Présentez rapidement votre. Soyez précis et concis au lieu de rester dans le flou. Je souhaite monter une plate-forme Web, autrement dit une startup montre que vous ignorez où vous allez et vous place directement dans la case “guignol pas sérieux qui ne sait pas de quoi il parle”. Et si vous voulez vraiment terminer dans le répertoire spam de votre interlocuteur, la solution la plus rapide est probablement de mentionner un NDA.

Personne ne veut vous voler votre idée, parce que personne n’en a rien à faire. En parler permet d’obtenir des avis, des conseils, des pistes d’extension ou de réalisation… Mes derniers échecs m’ont appris une chose : on ne peut pas maturer une startup en stealth mode ; c’est une connerie monumentale. En parler autour de soi est la meilleure manière de sortir la tête du guidon et d’être ramené à la – souvent dure – réalité.

3. Apprenez à coder et réalisez un prototype

Apprenez à coder, ça n’a rien de vraiment sorcier. Il existe de nombreux sites d’apprentissage de la programmation. Certains comme Coursera ou Codecademy sont même gratuits, et largement suffisants pour réaliser le premier prototype de votre produit.

Si vous n’avez aucune légitimité en tant qu’entrepreneur, personne n’acceptera de vous suivre sur votre simple bonne mine. Fermez ce fichier Excel sur lequel vous prenez vos désirs pour des réalités, et lancez vous : vous montrerez à ceux que vous contactez que vous êtes capable de vous débrouiller pour obtenir ce que vous voulez, même si c’est moche, que c’est fonctionnellement hyper limité et que ça ne scalera jamais. Au moins, ça existe.

4. Faites les choses à l’endroit : d’abord les hommes, ensuite la technique

À moins d’être vous-même développeur et de vouloir partir sur une technologie que vous connaissez vraiment, ne vous bridez pas en cherchant un CTO qui maîtrise [insérez ici un buzzword à la mode] sous pretexte que 01 Informatique dit que c’est bien.

Le marché est réduit, cherchez d’abord la personne avec laquelle vous aurez vraiment envie de fonder votre entreprise, vous vous focaliserez sur la technologie après. Peut-être avez-vous lu que Ruby On Rails ne scalait pas, que PHP était broken by design, ou que Java bouffait une quantité incroyable de ressources, développeurs et machines mélangés. Ce n’est pas grave. Si Mr. (ou Mrs.) Right maîtrise une technologie, ce serait dommage de passer à côté. Assurez-vous juste que cette technologie soit un tant soit peu pratiquée sur le marché : Scala, oui, Fortran77, non !

5. Ne parlez pas de vivre à crédit !

Par principe, une startup n’a pour argent que celui de ses fondateurs. Personne ne vous fera confiance si vous expliquez d’entrée de jeu que vous comptez vivre à crédit, et dépenser l’argent des autres.

Soyez honnête : dites que vous n’avez pas encore de business model, ou mieux, n’en parlez pas du tout pour un premier contact. Mais d’une manière générale, bannissez de votre vocabulaire des termes comme “business angels”, “capitaux risqueurs”, ou “crowdfunding”. Ils donnent une image catastrophique de votre capacité à monter un business.

6. Soyez humble

Vous prenez contact avec quelqu’un qui sait des choses que vous ne connaissez pas et dont vous avez besoin.

Si vous vous montrez un tant soit peu hautain vis à vis de “la technique”, vous êtes mort. Pour que votre duo fonctionne, il faudra que vous passiez les prochaines années à apprendre pourquoi il considère certaines choses importantes, et d’autres pas (et vice versa). Même si c’est le cadet de vos soucis, il vous faudra apprendre à comprendre ce qu’il fait.

Ne donnez pas l’impression que vous avez déjà planifié toute l’aventure, vous montrerez que vous êtes complètement à côté de la plaque. Votre business plan est un document dans lequel vous prenez vos désirs pour des réalités, pas le scénario d’un film (catastrophe) tel qu’il sera réalisé.

7. Soyez concis

Ne racontez pas votre vie, c’est un premier contact, pas une séance chez le psy. Vous devez donner envie à votre interlocuteur de reprendre contact avec vous pour un petit déjeuner, une bonne bouffe ou un café.

Il y a quelques mois, j’ai travaillé avec quelqu’un qui considérait qu’un mail ne devait pas faire plus de trois phrases. Sans aller aussi loin, mettez-vous à la place de votre interlocuteur : combien de temps seriez-vous prêt à consacrer à ce genre de sollicitations ? Et non, votre projet n’est pas génial au point que la terre doive s’arrêter de tourner pour vous.

Je terminerai par un dernier conseil, qui sort du cadre de ce billet. Vous voulez vraiment lancer une startup et vous croyez que votre projet va révolutionner le monde ? Participez à un startup week-end. Durant 54 heures, vous serez confronté à la réalité, monter un business plan, créer un prototype et pitcher des investisseurs ou des entrepreneurs aguerris, et travailler avec des vrais gens, pas juste avec une feuille Excel.

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