Il y a un an ou deux, je lisais un article sur lequel je n’ai malheureusement pas réussi à remettre la main, mais que son auteur aurait pu appeler User generated content killed the information architecture stars s’il avait seulement eu un peu d’humour, ou simplement de culture musicale. Il y défendait la thèse de la mort de l’architecture de l’information, achevée par l’anarchie auto régulée du contenu généré par l’utilisateur.

L’information, créée et auto modérée par l’action aveugle et déterministe de la foule intelligente devait générer d’elle-même son architecture propre, adaptative, et perpétuellement changeante, stabilisée par le modèle de la longue traîne. Merci de bien vouloir me donner une autre grille de buzzword bingo, la mienne s’est remplie plus vite que prévue.

Ce monsieur n’imaginait sans doutes pas que les lolcats atterriraient régulièrement en première page de Digg, faute de quoi il aurait certainement revu ses positions. Mais passons. L’architecture de l’information n’est pas morte, et dans le cadre très particulier des média sociaux – encore un buzzword – elle a encore plus qu’avant un rôle à jouer, même si ce dernier a pu évoluer.

Ouvrez un livre, de préférence bien touffu, par exemple le Je sais cuisiner, de Ginette Mathiot. L’information y est organisée de manière très stricte et rationnelle, par grandes thématiques. Et bien que le livre ait évolué depuis la première édition en 1932, cette architecture est restée relativement stable. La structure a été définie à priori, en fonction de besoins répertoriés à l’avance. Il en allait de même avec les sites web des années 90 et du début des années 2000 : l’architecture précédait le contenu, au point que de nombreux portails ne sont jamais sortis, ou seulement accompagnés de leur cohorte de pages “en construction” aux GIFs animés si caractéristiques de l’époque.

L’arrivée du web social, matérialisé par le contenu généré par l’utilisateur a changé les données du problème. Les contenus ajoutés ne suivaient plus la logique d’une architecture définie à l’avance mais donnaient au site une structure marquée par leur logique propre. C’est dans le but de pallier l’incertitude permanente engendrée par ce mouvement désordonné qu’a été créé le tagging et la navigation associée. À une hiérarchie verticale prédéfinie devait obligatoirement s’ajouter une hiérarchie transverse à même d’endiguer le flot d’imprévu. Si le phénomène a pu être plus ou moins perceptible sur les sites verticaux axés sur des thématiques de niche, il a été flagrant sur les sites généralistes, rendant nombre d’entre eux totalement inutilisables.

C’est là qu’intervient l’architecte de l’information, qui voit à sa fonction traditionnelle s’ajouter un rôle de contrôle, de régulation et finalement de canalisation du flot d’information avant son intégration à l’ensemble existant. Son rôle ne se joue donc plus seulement en amont, avec une définition de la structure en fonction pour moitié du cahier des charges fourni par l’équipe éditoriale, et pour moitié du bon sens lié à 10 ans d’erreurs et d’horreurs ergonomiques. Au contraire de ce qu’annonçaient les Cassandre il y a deux ou trois ans, l’échec retentissant de la “foule intelligente” sous les coups de boutoir de la paresse collective, de la triche et du spam quasi systématique ont remis en avant les architectes de l’information dans le web social, avec un rôle accru, et un point de vue fondamentalement modifié.

L'académie en HDR

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