Il y a trois ans, mon ami Bastien et moi avons lancé Twitmark, un service de bookmarking social basé Twitter. L’idée était simple : nous récupérions tous les liens de votre timeline, ou simplement vos favoris avant de les enrichir à l’aide des hashtags, de la description, des rel=tag et de ce que les autres personnes qui l’avaient bookmarké avaient pu en dire avant de les pousser sur votre compte Delicious ou Diigo. Nous y avions ajouté un semblant de recommandation basée sur “les gens intéressés par tel lien ont également été intéressés par tel autre”, et sur l’utilisation des hashtags. La mise en place du service répondait à un besoin que nous avions tous les deux, et non – pour une fois – à un énième plan de domination du monde.

Twitmark v1

La V1 de Twitmark, la seule à avoir vraiment tourné.

Nous avions lancé le service en alpha privée, c’était moche, très lent, mais ça faisait le boulot et c’était déjà pas mal. Quelques centaines d’utilisateurs plus tard, la machine de Bastien sur laquelle nous hébergions le service était à bout, et nous devions revoir toute notre architecture, donc tout recommencer à zéro, afin de tenir la charge. C’est à ce moment là que nous avons commencé à nous poser les questions qui fâchent.

Tout recommencer de zéro, c’était prendre plus de machines, ou au moins des machines plus grosses pour virtualiser, un vrai designer afin de s’offrir une charte graphique regardable, et consacrer au projet une part non négligeable de notre temps libre.

Twitmark v2

La V2 de Twitmark, qui éliminait les fonctionnalités les plus gourmandes.

Nous avons commencé à appliquer les leçons reçues lors de notre passage à l’incubateur de l’ESSEC. Il ne s’agissait pas de faire un business plan avec prévisions budgétaires sur trois ans en 50 slides Powerpoint modèle “je fais mouiller les investisseurs”, nous voulions juste savoir si le service pouvait atteindre au moins le break even – et, qui sait, nous faire gagner de l’argent.

En l’état, la réponse était non.

De très nombreuses faiblesses structurelles

La première était la cible visée : les gens utilisant à la fois Twitter et les services de bookmarking sociaux, autrement dit une population très restreinte. Ce n’est pas un obstacle en soi dès lors qu’on a un modèle de revenus cohérent.

La seconde était la nature du service : une passerelle entre plusieurs services, pas quelque chose sur lequel vous vous rendriez plus ou moins régulièrement, avec des fonctionnalités à haute valeur ajoutée. En fait, il rentrait parfaitement dans la case du c’est sympa, pratique, mais je ne paierai pas pour ça. Et nous Bastien et moi faisions partie des personnes à donner objectivement cette réponse. J’y reviendrai un peu plus tard.

Ensuite, il reposait entièrement sur l’API Twitter, c’est à dire sur une source de données qui pouvait se tarir ou devenir payante du jour au lendemain. Si j’aime beaucoup l’idée d’une API gratuite – ou payante – l’idée de faire reposer mon business sur des données fournies par quelqu’un d’autre sans aucune garantie ni de service, ni de continuité, ni d’accès me fait froid dans le dos.

Sa simplicité, également, le rendait aussi facile à copier qu’un URL shortener. Nous aurions du nous lancer dans une course à la fonctionnalité qui déviait de ce que nous voulions faire. Je ne reviendrai pas sur le sujet, mais je vous invite à lire l’article que j’avais écrit sur le sujet à l’époque de la fermeture de Trim.

Enfin, n’importe lequel des services utilisés pouvait récupérer l’idée et la mettre en place à domicile. Twitter aurait pu créer un service de push vers les principaux services de bookmarking social, Diigo a ajouté une fonctionnalité de synchronisation de vos favoris Twitter. Et comme Diigo vous permet de synchroniser vos bookmarks avec Delicious afin de faciliter le passage de l’un à l’autre…

Divers modèles de revenus évalués

Nous avons très rapidement (tout de suite) éliminé l’idée d’un abonnement annuel ou mensuel. Un compte pro Flickr coûte 2$ par mois, nous ne pouvions pas demander plus pour un service dont les gens ne se serviraient pas directement, même s’il l’avaient utilisé quotidiennement. C’est tout le problème du c’est sympa, mais je ne vais pas payer pour ça.

Nous avons d’abord envisagé l’option Adsense. Chaque lien enregistré disposait de sa propre page, et nous aurions pu l’utiliser pour créer une gigantesque ferme de contenus. Nous avons rapidement déchanté : il nous aurait fallu générer un trafic considérable sur le site, ce qui coûte cher, avec des résultats pas forcément garantis, une concurrence déjà en place sur les thématiques abordées, et un énorme risque de pénalisation par Google. Sans compter le fait que nous ne voulions pas devenir une énième ferme à scrapping.

Nous avons également envisagé la revente à une société intéressée par les données récoltées grâce au service. Nous pouvions en effet indexer tout Twitter, donc tout le Web. Mais les ressources nécessaires étaient largement au delà des budgets que nous pouvions y consacrer, et je doute que Twitter nous aurait laissé faire. D’ailleurs, leur API ne permet plus de faire ce que nous faisions à l’époque, preuve que des restrictions ont été mises en place. Et là encore, la stratégie était bien trop aléatoire. Nous n’aimions pas l’idée de n’avoir aucun contrôle sur notre futur.

L’option la plus sérieuse était une application B2B de suivi d’opérations virales et autres tendances dans les média sociaux, en ajoutant des fonctionnalités, des services – à commencer par Facebook – des statistiques, des exports… j’en passe et des meilleures. Nous disposions de l’architecture technique nécessaire à un tel service, le reste était essentiellement du front end, et une réalisation hyper soignée. Mais cela impliquait d’aller bien au delà de ce que nous avions prévu fonctionnellement, un budget beaucoup plus conséquent que ce que nous avions prévu. Mais surtout, c’était un projet auquel nous aurions du consacrer bien plus que nos soirées et nos week-end, et les obstacles soulevés plus haut – pour ainsi dire la non viabilité quasiment garantie du service – ne nous en ont jamais donné la motivation.

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