Cher Bouygues Telecom,

Quand nous nous sommes rencontrés fin 1998 ou début 1999, je cherchais quelqu’un pour remplacer la Mobicarte à 144 francs l’heure qui équipait le téléphone acheté à un pote qui sortait de prison pour deal de cannabis. Dès le début, ce fut le grand amour, le vrai, celui qui fait battre les coeurs, ouvre les lits et les portefeuilles. J’avais eu droit à un forfait pro, au numéro passion, 10 heures par mois pour 30 francs sur le téléphone de ma copine de l’époque, et comble de classe, tu m’avais même laissé choisir les 4 derniers chiffres de mon numéro : 1337, ça ne s’invente pas.

Bougyes t'es laid, cong

Tu étais à l’époque le trublion, l’opérateur alternatif, celui vers lequel se tournaient ceux qui ne voulaient ni de SFR ni d’Itinéris. Tu vendais des téléphones aussi pourris qu’avant-gardistes – comme ce Toshiba à écran couleur, une catastrophe, mais quelle classe – et tu m’appelais tous les 4 à 6 mois pour savoir si j’étais satisfait, et éventuellement adapter mon forfait trop souvent dépassé à ma consommation réelle, un peu pour réduire mes factures, beaucoup, je m’en rends compte, pour les augmenter.

Le temps à passé, et tu as pris tes distances ; tu devenais de plus en plus important, donc de moins en moins accessible. Tes factures grossissaient et tes appels se faisaient de plus en plus rares. Avoir un conseiller de clientèle au bout du fil pour changer de téléphone, demander un conseil, ou adapter mon forfait est devenu un vrai parcours du combattant, et accessoirement hors de prix. C’est normal, me diras-tu, j’ai un téléphone mobile, alors pour avoir quelqu’un au bout du fil, je peux me lever tôt.

Après mon départ pour Paris, l’explosion de mon forfait est devenue endémique, et le report de minutes dont j’étais auparavant si fier n’a plus été qu’un lointain souvenir. Une fois, cher Bouygues Telecom, une fois tu m’as appelé pour me proposer un geste commercial. Si je me souviens bien, ça devait être en 2002 ou 2003, et tu as réduit ma facture de 10%. 10%, quelle générosité, quelle récompense pour ma fidélité !

Le jour où tu as proposé un forfait data, j’ai sauté dessus avec l’excitation d’un puceau devant sa première conquête. Lui aussi je l’ai régulièrement explosé, de préférence depuis l’étranger, à New York, Rome ou Tel Aviv. Chaque fois j’ai payé comptant et content, sans jamais râler, ni rien demander.

Tout n’a pourtant pas été rose tout le temps, et nous avons eu quelques petits accrocs que je t’ai – trop vite ? – pardonnés. Rappelle toi de l’anniversaire de mon forfait, en 2001. Suite à une erreur informatique, tu as coupé ma ligne pendant 3 jours, ce qui n’était pas si grave puisque j’avais besoin de calme, mais quand même. Et cette fois où je t’ai demandé un Nokia e61 en renouvellement avec mes points, faveure que tu m’as refusée parce qu’il s’agissait, je cite la conseillère, d’un terminal haut de gamme. Un terminal haut de gamme pour près de 10 ans de fidélité, était-ce un si gros geste, surtout vus mes dépassements ? Mais là encore, je n’ai rien dit, je n’ai pas ralé, ce n’est pas mon genre de mendier.

Et puis avant-hier, tu m’as appelé, Bouygues Telecom – pardonne moi si je ne te donne plus de “cher”, mais la seule chose qui me soit encore chère chez toi, c’est ma facture – je crois que c’était la première fois depuis un ou deux ans. Pour un peu ça m’aurait presque fait plaisir, comme ces coups de fil de vieux amis qu’on a perdu de vue et qui appellent de temps en temps pour prendre des nouvelles et annoncer un mariage ou une naissance.

Tu parlais un français plus que douteux, et tu t’es présenté comme le directeur du programme de fidélisation. Moi je dis, pourquoi pas, plus c’est gros plus ça passe après tout, et je suis certain vue l’actualité que le directeur du programme de fidélisation n’a rien de mieux à foutre que m’appeler en personne. Je t’ai demandé un peu goguenard si tu m’appelais pour me convaincre de ne pas passer chez Free. Et tu m’as répondu oui. J’apprécie l’honnêteté, tu as admis que tu n’appelais pas pour prendre des nouvelles d’un vieux client, mais pour t’assurer que tu ne perdrais pas un pigeon taillable et corvéable à merci. Si j’apprécie l’honnêteté, je n’aime pas qu’on me prenne pour un con. Vraiment pas. Tu pourras me dire ce que tu veux, que tu tiens à moi, que j’ai mal interprété tes propos, ite missa est.

Je n’avais pas plus que ça l’intention de partir, encore moins d’aller chez Free, en tout cas pas avant d’avoir vu ce que ça donne. Ma connexion à Internet sur mobile m’est trop précieuse pour que je prenne le risque de payer les pots cassés des early adopters comme je l’ai fait avec le câble en 1998. Et puis, je dois t’avouer qu’engagé jusqu’au mois d’août prochain, je n’avais pas vraiment l’intention de payer les frais de divorce et la pension alimentaire. Malheureusement, bis repetita semper placent, je n’aime pas qu’on me prenne pour un con. Alors je vais te dire ce que je vais faire : après 13 ans de fidélité sans faille, je vais partir, me casser, me barrer, résillier, prendre mes cliques et mes claques. Tu vas me dire que c’est de l’orgueil mal placé – il l’est toujours – peut être. Mais rappelle toi, le client est roi, tout le temps, et pas seulement quand il entre dans la boutique pour souscrire à un nouveau forfait. Pour aller où ? Je ne sais pas. Peut-être chez Itinéris Orange, peut-être chez SFR, ou peut-être chez Free, après tout.

So long and thanks for all the fish.

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