Je ne sais pas si la tendance est propre aux NTIC, à Paris, ou aux NTIC à Paris, mais ces deux derniers mois passés à naviguer d’entretien en entretien à la recherche du job idéal me laissent avec le sentiment que les entretiens d’embauche subissent aujourd’hui une intéressante et profonde mutation.

Sur la forme, d’abord, avec l’apparition des déjeuners d’embauche, impensables il y a encore un an. Sur dix entretiens passés auprès de six sociétés, j’ai eu quatre déjeuners, un petit-déjeuner et cinq entretiens formels, sans compter une bière avec un recruteur. Le détail donne les chiffres suivants :

  • Les quatre déjeuners, le petit déjeuner et un entretien formel ont été organisés par des sociétés ayant toutes en commun un maximum de 10 ans d’expérience, et une vraie culture web d’innovation inscrite dans leurs fondements. À une exception près, ces entretiens ont tous eu lieu avec le ou les dirigeants de l’entreprise.
  • Les quatre autres entretiens ont été organisés par des éditeurs et des sociétés de services traditionnelles, arrivées au web dans le cadre d’une diversification de leur activité de base, sans véritable stratégie web en tant que telle.

Sur le fond, ensuite, avec l’apparition d’une question systématiquement posée durant les entretiens aussi bien techniques que de motivation : ”comment vous voyez-vous plus tard ?”, question inimaginable il y a seulement un an. Au point d’ailleurs de l’avoir plus souvent entendue que le plus traditionnel “pourquoi souhaitez-vous nous rejoindre” et tous ses dérivés. Cette question, symptomatique de la santé et du dynamisme du marché, signifie à mon avis deux choses.

La première, c’est que l’obtention d’un emploi n’est plus vue comme un besoin immédiat, alimentaire, et urgent. Les entreprises recrutent, et elles ont du mal à trouver des éléments correspondants à leurs besoins (des éléments compétents diront certaines mauvaises langues). Les gens compétents sont déjà en poste, et nombreux sont ceux, timides, qui n’ont pas encore osé se remettre à l’écoute du marché. Les employeurs réfléchissent à nouveau en termes de longue durée et de perspective de carrière. Cela fait un moment que je n’ai pas entendu un “oui, j’ai besoin de recruter, mais une fois le projet terminé, je ne sais pas si je pourrai en faire quelque-chose”. C’est vrai dans les agences web, mais également chez les éditeurs plus traditionnels ou dans les sociétés de services.

La seconde, c’est la prise en compte, intuitive ou réelle, de l’apparition de la génération Y dont on entend parler depuis quelques mois, jeune, et qui recherche un travail pour s’épanouir, et non pas pour se nourrir. Ou, sans aller aussi loin, et corollaire de mon point précédent, d’une remise en valeur de l’employé – du collaborateur diront certains – dans la société, après près de six ans de crise et de menaces de délocalisations. Après avoir entendu un jour “tu as de la chance que je te garde, pour le même prix, je pourrais avoir sept stagiaires ou dix indiens”, ce n’est pas forcément un mal.

Si les entretiens d’embauche tendent à changer et à se détendre, faisant moins passer le candidat pour un futur condamné devant le tribunal de l’inquisition, les exigences des entreprises, elles, ont tendance à augmenter, les profils recherchés étant de plus en plus pointus et polyvalents à la fois, s’approchant par moment du mouton à cinq pattes. Le modèle de collaborateur recherché tend à se rapprocher du modèle des indépendants “very quick and clean”, aussi bien chez les développeurs ou les spécialistes que dans les postes d’encadrement. Le domaine du web est extrêmement compétitif, et si les contrats reviennent, les questions budgétaires représentent une part non négligeable des causes d’obtention d’un budget.

on the wave of mutilation

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