Merry kiss my ass

Je vais encore passer pour un vieux râleur aigri (qui a dit hipst$#@ parisien ?), mais l’approche des “fêtes” de fin d’année me donne l’envie compulsive d’appliquer le filtre parental de mon navigateur à tout ce qui ne toucherait pas de près ou de loin à l’exégèse de My Little Pony Friendship is Magic.

Le Web dans son entier semble en effet touché par une anomalie saisonnière inexplicable qui voit les sites les plus intéressants réduire leur ligne éditoriale à trois thématiques d’une calamiteuse indigence déclinées ad nauseam jusqu’au milieu du mois de janvier.

En entrée, les bien pratiques retrospectives de l’années écoulée, pudique langue de bois désignant l’éhonté recyclage en quelques billets thématiques des articles qui firent le gros du trafic des 12 derniers mois. En bonus, le rappel de la justesse des prédictions énoncées un ou deux ans avant, pour preuve ce lien vers l les grandes tendances de l’année à venir de l’année précédente. La mode est au green IT, tu peux y aller sans honte coco : sujet contextuellement clickbait + clickbait avéré + clickbait de l’année passée ressorti du placard, l’équation est imparable en termes de trafic, tout ces liens c’est bon pour ton maillage interne, et tant pis si le résultat sent la naphtaline.

Le plat de resistance, ce sont les grandes tendances de l’année à venir, exercice de style obligatoire pour tout marqueteux©®™ qui se respecte (c’est comme la pomme dans la gnôle du Mexicain, y’en a). Ça consiste à prédire l’adoption par le grand public de ce qui faisait triper Scobble il y a deux ans, l’explosion de ce dont Techcrunch parlait il y a six mois, et la croissance des derniers trucs à la mode sur Twitter. En bonus, ça ne coûte rien d’y ajouter la chute d’une ou deux startups en vue déjà mal en point et de saupoudrer d’un zeste de bullshit à la limite de la science fiction tiré des dernières lubies d’Elon Musk, histoire de rajouter techno visionnary sur ton profil Linkedin. Une fois encore, on recycle, mais cette fois les trucs des autres : c’est facile, et les sujets de fin d’année sont assurés de faire du trafic, on aurait tort de s’en priver surtout quand on t’a déjà prémâché le travail intellectuel.

Mais il y a pire.

S’il est vrai que les retrospectives de l’année passée sont au content marketing ce que les produits dérivés sont à la finance, et s’il est vrai que les grandes tendances à venir sont à la voyance ce que le Dr Maboule © est à la médecine, l’exercice des bonnes résolutions est au nouvel an ce que les promesses électorales sont à la politique : une vaste hypocrisie que veulent bien croire ceux que ça arrange, et qui ne fait plus illusion pour personne passé le 10 janvier.

On ne s’étonnera donc pas de voir fleurir un mois durant le rituel des bonnes résolutions, aussi incontournable et indigeste que la boite de boules pralinée chez la vieille tante à moustaches, ces grands engagements pris la main sur le coeur devant un parterre de témoins ébaubis dans des domaines variés mais qui, tous, vont donner pendant quelques jours l’illusion que celui qui les prend sera, le premier janvier, bien meilleur que celui qu’il était le veille, comme si remettre les compteurs à zéro, incrémenter le calendrier d’une unité revenait à traverser le Styx dans l’autre sens, se faire baptiser dans le Mississippi et ressortir plus blanc que blanc sans même avoir besoin d’Olympe, la lessive des dieux.

Ici encore la paresse est de mise et recycler la règle, d’autant que personne ne s’en apercevra. Les sources sont légions et il suffit de se baisser pour ramasser du contenu à la pelle.

Pour les blogueurs, quoi de mieux qu’annoncer qu’on va mettre en place une routine d’écriture ? Pour ça, rien de plus simple, il suffit de s’inspirer de la dernière liste de Problogger, un coup de Google translate, et le tour est joué. Inutile d’indiquer la source, les bons artistes copient, les génies volent, mais je ne sais plus si c’est de Picasso, de Steve Jobs ou de moi.

Pour les adeptes de la productivité, ou personal growth comme disent nos amis anglophones, il suffit de suivre les tags associés sur Quora, Quibb, ou l’excellent blog de Buffer qui fourmille d’articles vous persuadant que vous pouvez devenir un l’égal de Mark Zuckerberg en moins de trois semaines rien qu’en vous levant à 5h30 du matin, en éliminant la procrastination et en travaillant 4 heures par semaine.

N’oublions pas enfin le côté mens sana in corpore sano, là encore on s’inspirera de la blogosphère anglo saxonne pour expliquer comment on va, dès la dernière dinde digérée, se lancer dans un grand programme de remise en forme dont la première échéance sera de remplacer ces disgracieux abdos Kronenbourg par d’élégantes tablettes de chocolat, enfin, celles que l’on n’aura pas mangées pendant les fêtes.

Évidemment, tout ça c’est du bullshit. Plutôt qu’annoncer ce que vous allez faire plus tard, commencez dès aujourd’hui. Commencez votre routine sportive dès demain matin, effacez ces brouillons spécial “fêtes” de fin d’année pour écrire du contenu original, et arrêtez de procrastiner dès aujourd’hui.

Quant à moi, au vu de l’année passée, je peux vous prédire que dès le premier janvier, je vais arrêter de râler. Le changement, c’est maintenant !

Oh wait…

Perry the Platypus wants you to subscribe now! Even if you don't visit my site on a regular basis, you can get the latest posts delivered to you for free via Email: