Lockergnome fait partie des meilleures références que je connaisse sur le développement web pour la diversité, la précision et la qualité de ses articles. Le dernier en date, Creating Perfect HTML Newsletters a pourtant eu le don de faire hurler l’avocat des standards du web, de l’accessibilité et des bonnes pratiques dont je déplore en passant, mesdames et messieurs les jurés, de vous imposer quotidiennement la présence inopportune au-dessus de la robe austère de la justice sous laquelle je ne vous raconte pas, histoire de paraphraser Pierre Desproges, grand maître à penser dont nous avons célébré cette année dans la tristesse la plus joviale les 20 ans de la mort après laquelle les droits de l’homme s’effacent devant les droits de l’asticot.

Mais revenons à nos moutons… ou tout au moins à notre newsletter.

1. What You See n’est pas toujours What You Get, loin s’en faut

Dans la mesure du possible, préférez les éditeurs de texte traditionnels aux éditeurs WYSIWYG de type Dreamweaver / NVU. Ma préférence dans ce domaine va à l’extraordinaire Textmate. La majorité des éditeurs visuels ajoutent en effet une incroyable quantité de code HTML vraiment inutile. Dans le meilleur des cas, ce HTML sera purement et simplement supprimé par le client. Dans le pire des cas, votre destinataire obtiendra une bouillie immonde totalement inexploitable. Si vous ne pouvez pas faire votre HTML à la main, passez au moins votre code au HTML Tidy, qui se fera un plaisir de le nettoyer tout en corrigeant les problèmes de balises mal fermées.

2. Barrez-vous cons de MIME !

Quand vous envoyez des newsletters en HTML, utilisez systématiquement le type MIME Multipart/Alternative. Cela signifie tout simplement qu’une version texte de votre email sera envoyée avec la version HTML, ce qui rendra de facto votre missive beaucoup plus accessible. Cela vous aidera également à passer les filtres antispam, qui vérifient la présence d’une telle version avec le HTML, et rejetteront automatiquement tout mail ne la contenant pas.

Ne vous inquiétez pas des problématiques technologiques que cela implique. Votre service de newsletter le gère certainement. Dans le meilleur des cas, il supprimera le HTML de votre missive – raison de plus pour en fournir du bon – et dans le pire des cas, vous disposerez d’une interface pour envoyer votre texte brut.

Au passage, si vous envoyez vos mailings via votre client habituel, arrêtez tout de suite et tournez-vous vers un professionnel :

  • Ça ne fait pas pro.
  • C’est quasiment impossible à faire correctement.
  • Vous avez 9 chances sur 10 de vous retrouver blacklistés sur la moitié des serveurs de la planète en moins de temps qu’il n’en faut à un adolescent pour éternuer dans son mouchoir©.

3. Externalisez les images

Ne gâchez plus votre bande passante tout en courant le risque d’être bloqué pour des problèmes d’e-mail trop gros et uploadez toutes les images nécessaires sur un serveur accessible depuis n’importe où, et réactif. Si besoin, passez par un gestionnaire de contenus (CDN) dont c’est justement le métier. Il fournira la bande passante nécessaire, tout en garantissant une réactivité importante quel que soit le point du globe dont se connectera votre client.

Pensez à bien appeler vos images avec leur URL absolue, et non avec des URL relatives, comme le font souvent les éditeurs WYSIWYG. Vous éviterez de très mauvaises surprises au moment de la réception.

Enfin, et surtout, si vous ne passez pas par un CDN, pensez à vérifier que vos images sont accessibles de vraiment n’importe où, et pas seulement, par exemple, depuis le réseau interne de votre entreprise…

4. Le code inline, finalement, c’est pas si mal

Argh, damned, enfer et damnation, ça va évidemment à l’encontre de toutes les bonnes pratiques que j’ai pu vous conseiller ces dernières années.

Si vous voulez que le style de votre newsletter passe partout, n’utilisez que du HTML et du CSS inline. Oui, oui, des horreurs comme <p style=”font-size : 42px; color: #f00;”>…</p>. Si vous tentez soit d’utiliser une feuille de style externe, soit de créer une feuille de style dans l’en-tête HTML de votre mail, celle-ci sera supprimée par la plupart des webmail afin de ne pas risquer de conflits avec leur propre feuille de style. Logique non ?

Oubliez également tout ce que vous avez appris sur le positionnement, les div, etc : du tableau, rien que du tableau, et des séparateurs en gif transparents (aieuuuuuu j’ai mal). La newsletter c’est old school, il faut donc y appliquer des techniques old school.

5. Ne dépassez pas les limites

N’espérez pas afficher votre newsletter en plein écran. Celle-ci sera plus que probablement lue dans le cadre d’aperçu du client mail de son destinataire, autant dire qu’il vous faudra faire un régime. Diana recommande soit d’utiliser des tableaux extensibles, soit, et c’est le moins pire me semble-t-il, de vous limiter à 500 pixels de large.

6. Testez, détestez, il en restera toujours quelque chose

Testez votre newsletter sur tous les email publiques imaginables, mais également sur les clients – Lotus Notes et Outlook en premier lieu – et sur un plus grand nombre de versions possibles.

Vous pouvez également vous inscrire sur des services comme MailChimp Inbox Inspector, qui vous offrira une prévisualisation sur quasiment tout ce que votre création sera susceptible de rencontrer. Testez également les réactions d’un bon antispam au passage de votre newsletter, histoire d’être le plus propre possible.

So, what?

Les points qui viennent d’être évoqués, et qui reprennent l’ensemble des conseils évoqués par la charmante Dina Giolitto sont au développement web ce que la realpolitik est aux relations internationales : c’est sale, mais au moins ça marche, et c’est, diront certains, le principal. D’autres, et ce fut mon cas en première lecture s’élèveront contre ces entorses faite aux bonnes pratiques et à l’accessibilité. Las, l’interprétation des contenus mis en forme par les clients mail est encore plus problématique que pour les navigateurs, malgré le lancement de projets comme Email Standards.

Ces entorses sont également dues aux politiques de plus en plus restrictives mises en place par les clients serveurs de mail afin de lutter contre le SPAM et autre phishing. Entre le blocage pur et simple des mails en HTML, le non affichage des images par défaut, l’interdiction d’appeler tout fichier externe au mail dans les clients et autres bizarreries localisées, difficile d’obtenir un résultat correct pour tous.

Et c’est là que j’entends s’élever les voix des uns et des autres : le plus simple ne serait-il pas de supprimer les mails en HTML, et de bannir la newsletter, ce reliquat des années 90, plus souvent synonyme de publicité non sollicité que d’information de valeur, plus destinée aux indésirables ou à la corbeille – dans le meilleur des cas – qu’à la lecture assidue si ce n’est attentive ?

À la première question, je répondrai “j’aimerais bien, mais faut pas rêver”. La mise en forme des communications est indispensable aussi bien d’un point de vue de l’image – je reconnais au premier coup d’oeil l’expéditeur – qu’à la bonne compréhension de contenus longs et structurés. Même les ouvrages les plus rébarbatifs ont leur texte justifié, leurs en-têtes de chapitre mis en valeur et des sauts de page à la fin de ces derniers, sans compter une table des matières mises en forme. Or, sans mise en forme, difficile, voire impossible de faire passer le message, le tout étant de ne pas tomber dans l’excès de.

A la seconde question, je répondrai non sans hésiter, et je répondrai même non, sans les avoir consultés, pour mes coreligionnaires en subversions radiophoniques, Luis Rego et Claude Villers. Malgré ce que peuvent clamer depuis 3 ans les évangélistes du web 2.0, le RSS et les mashups n’ont pas vocation à gagner le grand public. Ce sont des outils, à ce titre destinés à des spécialistes, dont le finalité est, éventuellement, de générer des contenus mis à la disposition du grand public, soit via une page web, soit via, pourquoi pas, une newsletter. Malgré tous ses défauts, et Dieu sait qu’elle en a, la newsletter reste, et restera sans doutes longtemps, l’unique moyen pour une société de rester en lien avec ses clients sans contribuer à la déforestation amazonienne, pour une association de communiquer avec ses membres par voie électronique, et pour un site comme le mien de s’exporter en dehors de l’agrégateur tout en en offrant le confort et les avantages.

Alors peut-être le problème vient-il tout simplement du médium utilisé, l’e-mail, que certains voudraient bannir de la culture d’entreprise, mais qui reste, pour la communication formelle de personne à personne par voie électronique, à défaut du meilleur outils disponible, certainement le moins pire et le plus usité pour encore longtemps.

Et histoire de vous changer de l’habituelle photo, je vous propose de retrouver à la place le réquisitoire du Tribunal des flagrants délires abondamment cité dans cet article.

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