L’abandon d’OpenOffice au profit de Google Docs par Ubuntu peut-il tuer le marché des netbooks ? Ou va-t-il au contraire accélérer le passage au tout en ligne, déjà porté par le rapide développement des fonctionnalités de stockage d’HTML5 ? Bien que limitée à la seule Netbooks Remix, la décision de Canonical a de quoi faire réfléchir. Si remplacer une usine à gaz inutilisable comme OpenOffice.org par une application moins gourmande semble naturel sur des machines de faible capacité, opter pour un service web est un peu plus étonnant, malgré la dimension net, souvent occulté par le seul côté book de l’objet.

Voilà qui pourrait bien relancer le mythe de la mort des suites bureautiques pour desktop telles qu’on les connait depuis trente ans. L’intérêt des éditeurs va dans ce sens. Le nouveau modèle économique basé sur un abonnement et le frein supposé au piratage posés par le modèle SAAS ont de quoi les réjouir. Les décideurs, notamment les DSI risquent de se montrer plus méfiants. De nombreuses questions restent en suspend quant à la confidentialité des données, questions auxquelles ne répondent pas les appliances. Difficile en effet d’accepter d’héberger sur son réseau une machine contrôlée par un tiers, et aux agissements de laquelle on ne sait rien ou presque.

D’autres éléments font également barrage à l’Eldorado de la suite bureautique full Web. Sans être exagéré, le ticket d’entrée exigera le remplacement d’un parc de machines obsolètes qui se contentait parfaitement d’une vieille version de Microsoft Office. Les navigateurs et les applications Web modernes sont gourmandes en RAM et en processeur, même si Chromium et ses dérivés pourraient changer la donne à terme. Encore faudra-t-il surmonter un certain nombre de réticences culturelles. Sans oublier un “détail” : aucune suite bureautique Web n’atteint à ce jour le niveau fonctionnel d’un Micosoft Office. Ne serait-ce pas le moment de dégraisser la mammouth ?

L’annonce de Canonical repositionne le Netbook d’une alternative légère et pas chère à l’ordinateur portable à un marché totalement connecté. Voilà qui n’est pas inintéressant d’un point de vue usages. Cela passe cependant par la réécriture du message commercial martelé depuis deux ans, et par la conquête, ou la création de ce nouveau marché de nomades. Le netbook devient alors un simple terminal doté d’un espace de stockage interne et d’une utilisation hors ligne limitée. Mais hors de question pour l’instant de vouloir une parfaite synchronisation online / offline, même s’il est clair que nous y tendons. Cela ouvre des perspectives intéressantes quant à l’adoption d’un modèle full online. Cela pose aussi des problèmes et remet en question tout le modèle marketing du netbook.

Car le choix d’Ubuntu va singulièrement augmenter le ticket d’entrée du Netbook en rendant indispensable l’abonnement 3G. Si les connectés y sont pour la plupart déjà passés, la facture sera plus difficile à avaler pour le grand public. Le miroir aux alouettes de l’informatique mobile à la portée de tous prend soudain un sérieux coup dans l’aile. J’avais prédit la mort des netbooks sur le marché du grand public auprès du grand public avec l’arrivée des tablettes tactiles, iPad en tête. Je n’aurais jamais imaginé Ubuntu en fossoyeur de son propre marché. Sauf que…

Malgré tout le mal que je pense d’OpenOffice.org, il me semble que le marché soit encore trop peu mature pour se passer d’une suite bureautique embarquée. Des alternatives existent bien, mais loin du niveau fonctionnel attendu. Selon Présence PC, les parts de marché de Linux sur netbook avoisineraient les 32%, les 68% restant étant dévolus à Windows XP. Si les vieilles habitudes ont la vie dure, elles montrent également que nous ne sommes pas encore tout à fait prêts pour les Web OS. Faute d’une connectivité permanente garantie et d’un support correct de la synchronisation, nous sommes prisonniers des OS traditionnels pour encore un moment.

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