Madame Michu programme

Pendant les vacances de Noël, je me suis mis dans la peau de Josiane Michu, accro à 50 Shades of Grey, qui à 45 ans décide de lancer Spank Me I’m Famous, le Fessebouc des amatrices de SM soft après avoir vu The Social Network au cinéma (rassurez-vous, je n’ai subi ni le livre ni les gaines de contention, mais pour le reste, on dira que c’est tout comme).

Jean-Kevin, son petit neveu de 15 ans qui fait des sites Internet lui a expliqué qu’aujourd’hui, arriver avec une idée et chercher un cofondateur technique pour la réaliser en échange de pizzas à volonté c’était has been. Pas question de lui coder à l’oeil son projet qui allait pourtant la rendre riche et célèbre.

Tu as une idée ? Apprends à coder, réalise un prototype, attire tes premiers utilisateurs, corrige, améliore, recommence… Et seulement là tu pourras chercher un cofondateur et lever des fonds.

C’est là que Josiane a découvert Codecademy.

Codecademy est un programme d’apprentissage de la programmation destiné à des gens dont ce n’est pas la formation initiale : commerciaux, financiers, Josiane Michu… Avant tout orienté Web, il s’appuie sur une immersion directe dans la pratique qu’accompagnent les enseignements théoriques nécessaires à la bonne compréhension de ce que l’on fait. Et avec Josiane, c’est pas gagné. Il en existe d’autres, mais c’est celui sur lequel Josiane a jeté son dévolu parce que Codecademy est accessible, immersif et surtout gratuit.

J’ai commencé par le programme de base de Codecademy qui enseigne le Javascript en me mettant dans la peau de quelqu’un qui n’a jamais fait une ligne de code de sa vie, mais qui, au mieux, a plongé les mains dans du HTML pour rajouter un truc à son thème Wordpress. Je déteste le Javascript et j’y suis totalement allergique pour avoir du en debugger sous Internet Explorer 5.0, et je trouve l’idée d’en mettre côté serveur contre nature. Thomas Parisot a essayé de me faire croire qu’on n’avait rien fait de mieux depuis l’invention de l’eau chaude, mais je pense qu’il s’est brouillé avec son chauffagiste quand il était petit.

Pratique d’abord, théorie ensuite, fun tout le temps

Codecademy s’appuie sur deux principes qui ont plutôt la cote en ce moment : l’apprentissage par la pratique, et la gamification.

Côté pratique, on y apprend à la fois les bases de la programmation (typage, variables, conditions, boucles etc.) et la syntaxe du Javascript à travers une succession de petits exercices dont la réussite permet de débloquer le suivant, à la manière des niveaux d’un jeu vidéo. Chaque exercice s’accompagne d’une explication plus théorique du concept abordé.

Il n’y a rien à installer puisque tout se fait dans le navigateur. Codecademy s’articuler autour d’un “éditeur” assez sommaire, mais qui supporte tout de même la coloration syntaxique et les erreurs de syntaxe comme l’oubli d’une virgule ou d’une parenthèse fermante.

Codecademy propose différents programmes (Javascript, Jquery, Ruby, Python, bases du développement Web…). Chaque programme est lui-même divisé en modules (Introduction à Javascript, fonctions, boucles, structures de données, objets…) sous la forme d’une suite d’exercices. Chaque module se termine par un “projet” là encore sous forme d’exercices, qui permet de mettre en application tout ce qui a été vu auparavant.

La gamification rend le programme très addictif. Hors de question cependant de sortir des sentiers battus : passer des niveaux permet de remporter différents badges, dont on vous invite à clamer le gain sur les réseaux sociaux. Plus on passe de temps sur le site, et plus on gagne de badges. Pas grand chose à dire de ce côté, les badges apportent un petit quelque chose en plus qui pousse à enchainer (et réussir) les exercices afin de passer au niveau suivant. On se croirait presque sur Foursquare à ceci près qu’on ne devient pas maire d’un langage et que le nombre d’exercices quotidiens n’est pas limité.

Une courbe d’apprentissage adaptée à la cible

Visuellement, Codecademy n’est pas fait pour rassurer Josiane. Le site a été réalisé à l’aide de Twitter Bootstrap à peine modifié, c’est entièrement en anglais, et l’expérience utilisateur est un peu spartiate.

Une fois passé ce premier obstacle, il faut admettre que le niveau est parfaitement adapté à la cible : la courbe d’apprentissage est incroyablement lente. J’ai du me faire violence pour rester dans la peau de madame Michu jusqu’au bout des 8 modules.

Et les didacticiels dans tout ça ?

Le Web fourmille de didacticiels pour apprendre à programmer. Ils sont plus ou moins bien faits (souvent mal), en fonction du temps qu’y passe leur auteur, de sa réelle connaissance du langage et de ses capacités pédagogiques.

Au début des années 2000, j’ai écrit de tels didacticiels pour la presse spécialisée, et la majorité d’entre eux pêche par un de ces trois côtés :

  • Ils sont souvent très pointus et demandent de savoir programmer pour être compris.
  • Il n’est pas indiqué pour quelle version du langage ils ont été écrits, et ne sont jamais mis à jour.
  • Même orientés pratique, ceux visant à enseigner un langage ou un aspect de la programmation sont souvent aux antipodes de la réalité.

Il y a souvent un fossé énorme entre les cours ou les livres d’apprentissage et la documentation d’un langage. De ce point de vue, les programmes comme Codecademy viennent combler ce gouffre qui sépare ceux qui ne savent pas programmer, et ceux à qui lire la doc ou les sources suffit.

Codecademy fera-t-il de Josiane Michu un vrai développeur ?

La réponse est non. Codecademy ne fera pas de vous un développeur, et ce n’est pas le but. Après avoir réalisé tous les modules, vous aurez à peu près les armes pour commencer à créer quelque chose, mais le programme vous laissera avec énormément de lacunes (l’utilisation d’une base de données n’est même pas abordée).

Ça tombe bien, ce n’est pas le but. Le but de programmes comme Codecademy est de fournir à Josiane Michu suffisamment d’armes pour commencer son projet, et aller chercher par elle-même les éléments et les concepts qui lui manquent. Codecademy amorce la pompe, à Josiane de faire le reste. De ce point de vue, c’est une franche réussite.

Perry the Platypus wants you to subscribe now! Even if you don't visit my site on a regular basis, you can get the latest posts delivered to you for free via Email: