Space suit

Cette année encore, j’ai la chance de faire partie des blogueurs invités à LeWeb, conférence qui se déroulera à Paris du 10 au 12 septembre prochain. Contrairement à d’autres éditions de l’événement, le thème de cette année et si on se donnait rendez-vous dans dix ans m’intéresse particulièrement, un peu parce que je dévore de la science fiction depuis que je sais lire, et un peu parce que le monde qui se construit autour de nous (et à la construction duquel nous participons, ne nous voilons pas la face) a de quoi faire flipper l’optimiste le plus béat.

Si on m’avait demandé en octobre 2003 comment je voyais le monde dix ans plus tard, j’aurais été bien en peine de répondre. La décennie précédente avait commencé avec la prise de conscience de l’existence du SIDA et s’était terminée par l’explosion d’Internet et du World Trade Center. Trouver quelque-chose d’aussi bouleversant que ce que l’imprimerie avait du être à l’époque de Gutenberg revenait à imaginer les voitures volantes en l’an 2000 à la fin du XIXème siècle. Difficile à la fois de faire ainsi le grand écart scientifique et de garder les pieds sur terre.

Me nourrir de science fiction depuis mon plus jeune âge a aiguisé mon imagination parfois plus que nécessaire. Le Cyberpunk et ses dérivés lui ont donné un penchant déraisonnablement noir et l’on fait accoucher de quelques romans aussi sombres que mauvais. Malheureusement, des études en Histoire et Philosophie Politique n’ont pas arrangé l’image que je me fais de l’humanité : de deux situations pourries, nous choisissons toujours la pire.

Exit la téléportation – merci La Mouche – et place à une humanité hyper connectée avec une bonne dose de transformations corporelles, au croisement de Gibson et de mes réflexions de l’époque sur l’opportunité de me faire greffer une montre subdermique – envies rapidement calmées par ma femme – mais toujours pas d’implants miroir avec accès à Internet directement branchés sur le nerf optique, avec sa cohorte de spam imparable.

Il y aurait en revanche était question de sécurité des réseaux et des données – mon dada de l’époque – de cryptographie et de respect de la vie privée au lendemain du 11 septembre, alors que les réseaux sociaux faisaient leurs premiers pas, et que l’on nourrissait encore quelques fantasmes quant au Frenchelon. Nous étions alors bien en deçà de la réalité.

Je me rends compte en écrivant ce billet combien ma perception du futur a été façonnée par Machiavel, 1984 et William Gibson, et cette phrase lue à plusieurs reprises sur Twitter résume parfaitement le fond de ma pensée :

Si vous avez moins de 60 ans, on ne vous a pas promis de voitures volantes, mais une dystopie cyberpunk.

Pour en revenir aux dix prochaines années, elles me semblent bien noires.

Le futur est évidemment au wareable, les fameux vetinf de Vernor Vinge, avec leurs cohortes de violation de votre vie privée : quoi de mieux que des vêtements connectés pour indiquer partout où vous vous trouvez ? Si nous ne nous auto détruisons pas dans le grand holocauste nucléaire presque souhaité par les philosophes du début du second XXème siècle, nous devrions connaître l’aboutissement des fantasmes orwelliens les plus fous, une société tellement contrôlée que les univers hallucinés de Matrix et Minority Report passeraient pour des havres de liberté ; une société dans laquelle l’ensemble du vivant aurait été breveté, et où des lois hyper coercitives votées par des dirigeants ouvertement placés au pouvoir par de gigantesques conglomérats transnationaux viendraient compléter des verrous numériques à tous les étages.

Dans le même temps, la fracture entre les pays les plus riches – difficile de parler de nords et de suds alors que la crise économique actuelle bouleverse cette notion apparue dans les années 70 – devrait s’intensifier. Je vois de plus en plus poindre un univers à la Walter Jon Williams, dans lequel des frontières protégeraient les pays développés, et où surpopulation et émeutes de la faim donneraient lieu à la des plans démographiques et génétiques draconiens façon Bienvenue à Gattaca doublés d’un programme à la Soylent Green).

Les alternatives me semblent tout aussi peu réjouissantes.

Les crises économiques et politiques actuelles pourraient provoquer la victoire des fondamentalismes religieux, avec un redécoupage du monde en fonction des religions : islamisation de l’Europe et d’une partie de l’Asie du Sud, radicalisation des chrétiens créationnistes en Amérique du Nord et du Sud, résurgence religieuse en Chine après la chute du communisme sous le poids de ses problèmes internes, et ça et là quelques États suffisamment isolés sur la scène politique ou économique pour rester laïcs – à moins qu’ils ne se fassent tout simplement envahir. Le tout évidemment avec une régression technologique et culturelle marquée par le retour à l’obscurantisme digne de la grande période janséniste. Rajoutez à ça un bon holocauste nucléaire, histoire de fragmenter et d’isoler encore un peu les populations, et vous aurez un tableau à peine moins noir que celui d’une Terre mise à nue de toutes ses ressources naturelles.

Quant à moi, je vous laisse sur ces idées peu glorieuses, et je vous donne rendez-vous en décembre à LeWeb.

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