don't make me thinkSur le principe, difficile de ne pas approuver l’auteur d’un ouvrage sur l’utilisabilité des sites web qui commence son livre en expliquant qu’il a voulu faire quelque chose de court afin d’acquérir la certitude que son livre soit lu jusqu’au bout et serve à quelque chose. Tant que la brièveté ne masque pas l’indigence, cette introduction me parait frappée au coin du bon sens, et cela tombe bien, puisque c’est justement de bon sens que Steve Krug nous parle dans Don’t Make Me Think, A Common Sense Approach to Web Usability (Ne me faites pas réfléchir, une approche de l’utilisabilité des sites web par le bon sens).

En 201 pages agréablement écrites, index compris, le lecteur apprendra les deux préceptes essentiels à intégrer avant d’entamer la conception ou la refonte d’un site web : pas un instant le visiteur ne doit être amené à réfléchir, mais quoi que vous fassiez, vous n’arriverez jamais à quelque chose d’idéal.

Vous y apprendrez notamment, de nombreux exemples et diagrammes à l’appui :

La manière dont vous pensez utiliser le web, et la manière dont vous l’utilisez vraiment.

Quand vous concevez une page web, vous pensez que le visiteur lira le contenu amoureusement mis en place et profitera de la magnifique structure soigneusement élaborée pendant des heures ? Vous êtes dans la nuit, car une page web ne se lit pas, elle se scan, et le visiteur réagit à trois types d’informations :

  1. Ce qu’il vient chercher.
  2. Des mots clé comme “sexe”, “gratuit” ou “télécharger”.
  3. Son nom.

Que less is more

Si vous imaginiez un instant la quantité de texte, d’images et de pages superflues que vous mettez sur vos sites web, vous vous empresseriez de réduire vos coûts éditoriaux de moitié. Cherchez plutôt à proscrire tout ce qui peut se mettre entre le visiteur et ce qu’il vient chercher.

Typiquement, on peut ranger dans cette catégorie :

Les introductions en flash, façon Allociné. Certains argueront qu’elles ajoutent de la valeur au site, mais je ne suis pas d’accord : il s’agit uniquement de publicité ciblée, et encore pas toujours très bien, et particulièrement agaçantes, puisqu’elles s’interposent entre le but de ma venue et moi. Voir à ce sujet How to convince a client they don’t need a splash page sur lequel je reviendrai à l’occasion.

Les gentils messages de bienvenue. Ils prennent souvent la moitié de la page, quand ils ne constituent pas une page à eux tout seuls, voire une alerte javascript. Dans 99% des cas, ils vous expliqueront à quel point le site sur lequel vous arrivez est génial et dépasse largement tous ses concurrents, mais oublieront de mentionner ce que vous pourrez y trouver. Rien, la plupart du temps, tant la présence de ce genre de messages annonce une réelle indigence de contenu. La preuve ? Si ce site proposait effectivement un contenu de qualité, il le placerait en première page au lieu de souhaiter la bienvenue à ses visiteurs. Encore une fois, c’est une question de bon sens.

Les demi pages d’instructions juste avant un formulaire ou un workflow. Préférez leur des aides contextuelles à côté des champs pouvant poser problème : l’utilisateur doit remplir et valider le formulaire, pas lire une prose indigeste.

À quel point la page d’index peut être une jungle pleine de pièges

La page d’index est la plus importante du site, et il est bien normal que toutes les parties prenantes au projet veuillent se l’accaparer pour sa visibilité sans pareil. Elle doit cependant permettre de comprendre au premier coup d’oeil :

  • Où le visiteur se trouve (titre du site)
  • Ce qu’il fait là (tagline)
  • Ce qu’il va y trouver (principaux contenus, navigation claire, visible et intelligemment disposée)
  • Comment le trouver (zone d’aide)

Placer tout cela sur un seul et même écran est tout sauf facile tant il nous est difficile de définir les véritables priorités.

Comment faire un test d’utilisabilité avec un PC, un bloc note, et 2 chaises

Steve nous reproduit les conditions d’un test d’utilisabilité et nous explique comment en mener un sans avoir besoin de faire appel à un laboratoire d’utilisabilité.

Un PC, deux chaises, un bloc note, un logiciel de capture des mouvements à l’écran et un peu de patience sont largement suffisants pour obtenir des résultats plus que satisfaisants.

Que les standards et l’accessibilité sont des points importants

Mais ça, vous le saviez déjà non ?

Mon avis

J’ai adoré. Un excellent ouvrage de vulgarisation destiné à tous, du développeur qui souhaite s’améliorer au responsable des projets web d’une grande entreprise en passant par le chef de projets. Le ton est clair, concis, et les grands principes toujours illustrés d’exemples en couleur. Si on devait créer un permis de publier sur le net, il en deviendrait certainement le nouveau Code Rousseau.

Dont’t make me think : A Common Sense Approach To The Web Usability second edition, Steve Krug, 2006 New Riders publishing, ISBN 0-321-34475-8.

[edit]
Merci à Audrey “typo hunter” pour ses corrections orthographiques.

Et merci à Xavier Borderie pour ce lien vers la version française du livre parue sous le titre Je Ne Veux Pas Chercher.

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