C’est une révolution dans le domaine de la recherche : jamais depuis 1997 Google n’avait connu un changement d’interface aussi radical, celui ci présumant d’une révolution – effectuée ou à venir – dans notre manière de rechercher de l’information sur le Web. Analyse d’un changement radical pour l’utilisateur et d’un mouvement majeur dans la guerre pour la domination du Web.

En 1997, le bouton Feeling Lucky fait son apparition

En 1997, portail est le buzzword sur toutes les bouches. Les moteurs – ou plus généralement les annuaires – de recherche, Yahoo! en tête sont avant tout des portails d’information très chargés dans lesquels il est très difficile de trouver ce que l’on cherche. C’est alors que Sergei Brin et Larry Page déclenchent une double révolution en lançant un moteur de recherche très dépouillé. Première révolution : Google parcourt le Web à la recherche des sites à indexer à une époque où toute indexation passait par une soumission manuelle des sites par des gens qui, bien souvent, ne faisaient que ça de leur journée. Seconde révolution : au lieu de noyer la recherche dans un portail d’informations, Google était un moteur de recherche à part entière, très pertinent qui plus est. La suite appartient à l’histoire.

L’arrivée d’une barre latérale

Le premier changement majeur, c’est l’arrivée d’une barre latérale permettant de filtrer les informations remontées. Bing s’était déjà prêté à l’exercice, Google s’y met à son tour, et les fonctionnalités présentes nous rappelant que le Web n’est plus un ensemble de contenus textuels figés, mais que la temporalité et les autres médias sont également à prendre en compte.

La manière dont Google a mis en place cette barre latérale proposant des modes de recherche complémentaires est très intéressante. Bien qu’étant la seule zone colorée de la page – le logo Google y est d’ailleurs déplacée – elle est pourtant mise en retrait visuellement, et saute beaucoup moins à la figure que la barre latérale de Bing.

La page est vraiment découpée en deux zones distinctes, avec la barre de recherche au dessus des résultats. L’habitude aidant,ce sont eux qui remontent réellement dans la page, et la barre latérale sait se faire oublier.

L’arrivée d’une recherche transmédia©

Cette barre latérale fait remonter les résultats de recherche des moteurs “alternatifs” quand ceux-ci existent et sont jugés pertinents par Google : images, vidéos, livres… Une recherche sur “Villamil” et sur “Frédéric de Villamil” ne remontent ainsi pas les mêmes propositions.

Villamil et Frédéric de Villamil

C’est plutôt une bonne nouvelle : après plusieurs tentatives d’intégration, le lien est donc enfin fait entre le moteur principal et les moteurs spécialisés.

Le temps (réel), comme critère principal de recherche

La barre latérale met en avant la recherche chronologique par défaut. Celle-ci affiche une vue… chronologique, accompagnée d’une frise permettant à la fois de se déplacer rapidement dans le temps et de voir à quelles périodes les résultats de recherche sont les plus nombreux.

Chronologie

Bien qu’ayant mis en ligne mon premier site en 1996 – et c’était pas de la tarte à l’époque, croyez moi – Google fait remonter ma chronologie en 2006, soit aux débuts de ce site. Il faut dire que je sévissais sous un autre nom, ce qui montre – heureusement – les limites de Google à retrouver qui est qui.

Chose plus surprenante, le passage en mode chronologique déroule les outils supplémentaires, parmi lesquels le filtrage sur la date de publication des résultats remontés : 24 heures, une semaine, un mois… Cependant, comme le montre l’image, ces critères ne se trouvent pas sous la chronologie, et les activer nous fait quitter l’affichage chronologique pour revenir en affichage standard. Un peu déroutant pour l’utilisateur, même si cela a du sens : ces deux critères, bien que se basant tous les deux sur le temps, sont en fait à des années lumières l’un de l’autre.

filtrage par date

On voit au passage que Google n’a pas cédé aux sirènes de la recherche en temps réelle, ni de l’immédiat puisque la chronologie s’affiche dans l’ordre chronologique, c’est à dire les événements les plus anciens en premier. Si je trouve que c’est une très bonne idée, je me pose plus de questions sur la pertinence d’afficher ce critère de recherche par défaut. C’est un parti pris intéressant sur lequel je reviendrai certainement dans un autre article : ce relooking de Google n’a pas fini de faire parler de lui.

Des modes de recherche alternatifs mis en avant

Enfin, Google met en avant dans les outils complémentaires des modes de recherche alternatifs pas inintéressants, mais pas vraiment indispensables non-plus :

  1. Les recherches associées
  2. La roue magique, véritable nid à sérendipité

Google se dote d’une iconographie simple, mais présente

L’autre élément visuel qui saute aux yeux la première fois que l’on revient sur Google, c’est l’arrivée d’images en dehors du logo, une première depuis 1997.

Le premier choc, c’est évidemment l’abandon du bouton par défaut du navigateur pour valider la recherche. J’ai été un peu surpris d’autant que son manque de relief et sa discrétion donnent l’impression qu’il est désactivé. WTF me suis-je dit en anglais et en mon fort intérieur, car je parle couramment les deux langues.

L’autre changement, et pas des moindres, ce sont les icônes un peu criardes associées aux filtres sur les différents médias. Le nombre de critères étant trop important comparé à la capacité d’attention de l’internaute moyen, l’utilisation de ces icônes très visibles et différenciées doit permettre une augmentation puis une adoption de ces critères de filtrage.

Des changements stratégiques

La première raison de ces changements, je l’ai évoquée plus tôt, c’est l’évolution du Web. Il devenait impératif de ne plus limiter les résultats de recherche – et donc les critères de recherche – au seul texte, et éventuellement à un peu de vidéo.

La seconde raison, c’est évidemment… Facebook, auquel est récemment venu s’adosser Bing. Je vous avais déjà donné mon analyse quant à cette alliance pour renverser le mastodonte Google, il fallait que Google réagisse afin de ne pas se laisser prendre de vitesse dans ce qui est son secteur traditionnel : la recherche.

Pour rappel, Google n’est majoritaire que dans les pays occidentaux. Les pays comme la Chine, le Japon, la Corée ou la Russie disposent de moteurs locaux, conçus pour de la recherche avec un alphabet non Latin, ce qui semble être une des faiblesses de Google.

L’adoption massive de Facebook, réseau fermé par le grand public pose deux problèmes de taille à Google :

  1. Il n’y est pas.
  2. La manière de chercher sur Facebook n’est pas la même que celle que nous avons adoptée en 13 ans de Google.

Observer des gens chercher sur Facebook est assez fascinant comparé à la recherche traditionnelle. Ils n’y recherchent en effet pas des informations (qui, quoi, comment, quand) telles que nous avons l’habitude de le faire. Leurs recherches portent sur des contenus, avec une forte sélection sur le média : photos, et vidéos principalement.

Si Google ne voulait pas devenir second – à termes – il ne pouvait pas laisser cette évolution de côté. Il ne pouvait pas non-plus renier ces 13 ans d’acquis aussi bien en termes d’ergonomie que de manière de chercher. Mais pour la première fois de son histoire, Google se retrouve en position de suiveur sur la recherche.

Et je terminerai mon article sur cette constatation – c’est l’heure de déjeuner : en ce mois de mai 2010, Google vient de faire le bonheur d’Apple et de son iPad, puisque le moteur de recherche d’informations le plus célèbre au monde s’est transformé en moteur de recherche de contenus.

Perry the Platypus wants you to subscribe now! Even if you don't visit my site on a regular basis, you can get the latest posts delivered to you for free via Email: