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L’annonce de Google Maps Navigation, une application gratuite de guidage GPS mercredi a fait perdre 21% à l’action de Tomtom, leader mondial du guidage satellite. Ce seul fait rappelle la position dominante de Google dans tous les domaines liés à la rechercher, et l’extension sans cesses plus loin des tentacules de son réseau. D’où la question qui m’a été posée jeudi soir : Google risque-t-il un démantèlement pour abus de position dominante, comme cela aurait pu arriver à Microsoft dans les années 90, et comme en a été victime AT&T en 1982 ?

Avant de se lancer dans des spéculations plus ou moins hasardeuses entre défense de la libre entreprise et peur d’un Big Brother à l’échelle mondiale, il faut rappeler un fait important : contrairement à AT&T, ou dans une autre mesure à Microsoft, Google n’a pas un monopole naturel de fait. Les autres moteurs de recherche n’ont pas à payer un droit d’entrée à Google pour exister sur le web, et Google n’est pas le seul moteur de recherche existant sur le web. En revanche, sa très forte domination dans la recherche et la publicité, associée à une galaxie de services de plus en plus étendue et de plus en plus centralisés pourrait finir par entraîner son démantèlement.

La suprématie de Google dans la recherche est inégale selon les pays

La suprématie de Google en termes de recherche est à relativiser en fonction des Pays. Si le moteur atteint près de 100% de parts de marché dans certains pays comme la France ou la Belgique, ses résultats ne sont pas aussi brillants partout. À commencer par les États-Unis, où il oscille entre 63% (Comscore) et 72% (Hitwise) de parts de marché.

Parts de marché de Google par pays
Pays PdM Date Source
Belgique 95,0% mars 2009 ComScore
Chine 26,6% oct. 2008 iResearch
Corée du Sud 3,0% janv. 2009 n/a
Estonie 53,4% juil. 2008 Gemius SA
États-Unis 63,3% sept. 2009 ComScore
États-Unis 72,1% sept. 2009 Hitwise
France 91,2% févr. 2009 AT Internet Institute
Hong Kong 26,0% janv. 2008 ComScore
Islande 51,0% déc. 2007 n/a
Japon 38,2% janv. 2009 Nielsen/NetRatings
Malaisie 51,0% janv. 2008 comScore
Russie 32,0% janv. 2008 comScore
Singapour 57,0% janv. 2008 comScore
Taiwan 18,0% janv. 2008 comScore

Vous trouverez plus de chiffres dans cette étude de Zorgloob.

Comme le fait remarquer Zorgloob, ces écarts importants sont dus à 3 facteurs :

  • Temporels : Google est arrivé très tard sur le marché russe, et il peine à y prendre des parts de marché.
  • Linguistiques : Google est beaucoup moins pertinent sur les recherches dans les langues asiatiques.
  • Culturels : l’interface minimaliste de Google n’est pas du tout en phase avec la manière dont les japonais ou les coréens conçoivent un site web.

J’y rajouterai un facteur supplémentaire pour expliquer les faibles parts de marché de Google en Chine : Google n’est pas chinois.

Il faut également tenir compte d’un paramètre manquant dans cette étude, faute de chiffres plus récents, c’est le passage de Youtube devant Google en termes de volume de recherches au mois de septembre dernier : 9 milliards de recherches sur Google contre 10 milliards de vidéos visionnées.

Une domination dans la publicité pas si relative que ça

Selon cet article de CNET paru fin 2008, les parts de marché cumulées de Google Adsense et Doubleclick tournaient aux alentours de 56%. Un an avant, ces mêmes parts de marché s’élevaient à 69,7%, soit une perte de 13 points.

Parts de marché des régies publicitaires en ligne
Régie PdM
Doubleclick 30,7%
Adsense 25,8%
Yahoo 9,7%
Revenue Science 6,7%
AOL 6,6%
ValueClick 3,7%
AdBrite 3,2%
Autres 9,9%

L’article ne précise malheureusement pas l’étendue géographique de cette étude, probablement cantonnée aux seuls États-Unis.

À la même époque, ZDNet publiait cette intéressante étude sur l’achat de publicité sur les moteurs eux-même. En mai 2007, 77,5% des achats de publicité sur les moteurs concernait le seul Google. 10 mois plus tard, ces chiffres tombaient à 70,4%, soit une chute de 10%, visiblement au profit de Yahoo!.

Comparés aux 91% de parts de marché de la recherche en France, les chiffres de la publicité peuvent sembler presque dérisoires. Sauf que… plus de 50% des gens achètent à Google des publicités sur lesquelles cliqueront des gens venant à 91% de… Google.

Gmail, un outsider bien visible

Contrairement à une impression persistante, Gmail, malgré une nette progression, fait encore figure d’outsider dans le marché du mail. C’est évidemment du au fait que nous évoluons dans un milieu très connecté, souvent d’early adopters, qui sont allés chercher leur compte Gmail à l’époque où Google les distribuait au compte goutte. Résultat : des chiffres bien au delà de la réalité.

Les différences de parts de marché dans le domaine du webmail en France et aux États-Unis sont d’ailleurs très intéressantes à comparer.

<th>Webmail</th>
<th>PdM 2008</th>

<th>Windows Live Hotmail</th>
<td>49%</td>

<th>Orange Mail</th>
<td>20%</td>

<th>Yahoo Mail</th>
<td>14%</td>

<th><strong>Gmail</strong></th>
<td><strong>5%</strong></td>

Répartition des PdM des webmails en France

<th>Webmail</th>
<th>PdM 2008</th>

<th>Yahoo! Mail</th>
<td>41,6%</td>

<th>AOL Mail</th>
<td>21%</td>

<th>Windows Live Hotmail</th>
<td>19,5%</td>

Répartition des PdM des webmails aux États-Unis
Gmail 13,7%

Google profile et le compte Google : one ring to rule them all ?

Quand Microsoft avait lancé son service Passport, qui devait permettre une authentification unique sur tous les services du web à partir d’un seul compte mail, le monde entier avait dénoncé cette tentative d’hégémonie de Microsoft sur la toile : difficile de laisser une société privée utilisant un protocole propriétaire prendre le contrôle de nos données. Il faut dire que le service arrivait quelques années trop tôt : les internautes utilisaient un nombre de services très limité, et le besoin d’une identité centralisée ne se faisait pas encore sentir.

Les choses ont pas mal changé depuis, et Google a mis en place deux services qui pourraient bien changer la donne. Le premier est le compte Google, le second le profil Google.

Le compte Google, souvent confondu avec un compte Gmail est un compte permettant de s’authentifier auprès des différents services Google. Là où les choses deviennent intéressantes, c’est que Google force peu à peu le rattachement des comptes de ses anciennes applications ou de ses acquisitions plus récentes à un compte Google. Ça a été le cas pour Feedburner, ça l’est également pour Adsense.

Parallèlement à cela, Google a mis en place les profils Google. Le profil Google vous permet de regrouper sur une seule page des liens vers vos sites, photos, et profils sur les réseaux sociaux. En un mot comme en cent, de centraliser votre identité numérique. Et pour cela, Google vous suggère les données qu’il récupère depuis votre compte Google : services Google ou assimilés, mais également sites suivi depuis votre compte Google Webmaster Tools ou Analytics.

Si on met bout à bout un service qui concentre 91% des recherches sur l’hexagone et centralise toutes vos données personnelles, il y a de quoi y voir un sérieux conflit d’intérêts, même si, pour l’instant, les chiffres des comptes + profils Google sont encore trop faibles pour être plus qu’inquiétants.

Comment découper l’empire Google et est-ce techniquement possible ?

Si Google devait être démantelé, comment le serait-il ? J’ai envisagé deux scénarios.

Le premier est un démantèlement en deux entités : une première consacrée à la recherche, l’autre aux autres activités, avec comme première source de revenus la publicité.

Le second consisterait à démanteler Google en trois entités : la recherche, la publicité et les autres activités.

Cela dit, j’ai bien peur que ce ne soit techniquement pas possible. Démanteler des sociétés n’est déjà pas simple en soi, démanteler des dépendances technologiques l’est encore moins. La technologie de recherche de Google est en effet au coeur de l’ensemble de ses autres services : Adsense, Adwords, Google Maps… pour ne citer qu’eux. Difficile, si ce n’est impossible de les séparer techniquement.

Conclusion

C’est peut-être sur la “faiblesse” des parts de marché de Google aux États-Unis, plus qu’en Asie, que se jouera – ou pas – la possibilité d’un procès antitrust. Les chiffres avancé montrent une domination certaine du moteur de recherche, mais celle ci n’est pas sans partage. Le fait que Google ouvre des services dans des domaines variés, reposant tous sur sa capacité à trouver de l’information est évidemment à surveiller, et une telle nébuleuse manipulant autant de nos informations a un petit côté 1984 qui vous fait froid dans le dos. Mais le risque de démantèlement reste faible tant que les services “annexes” ne décollent pas.

Allo ween ? Ici trouille

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