La chute du mur de Berlin

Les vacances de novembre 1989 font partie des souvenirs les plus marquants de ma vie. J’avais passé toute la semaine chez mes grands-parents, assis au coin du feu à regarder ce qu’il me semble avoir été la première expérience d’information en continu de l’Histoire : la chute du mur de Berlin et celle de la dictature en Roumanie. Je ne comprenais pas tout ce qu’il se passait, mais j’avais le sentiment que c’était tellement important que je ne pouvais pas faire autre chose.

J’ai vu Berlin, Bucarest et Pékin comme si j’y étais. Matin et soir le nez devant la télé, c’est encore plus vrai.

C’était moi.

Ces images, et plus tard les scandales qui ont éclaté autour des charniers de Timisoara, ont façonné une bonne partie de ce que je suis devenu, ont été responsables d’une partie de mon parcours étudiant, et m’ont donné une méfiance atavique envers les informations ne disposant pas de plusieurs sources.

Malgré mon aversion pour la consommation de contenus vidéos, les formats très courts comme celui introduit par Vine m’intéressent beaucoup parce qu’ils apportent un certain nombre de “nouveautés” par rapport à la télévision pour laquelle seul un flux vidéo était généralement disponible, le contrôle de l’information et sa scénarisation s’étant particulièrement renforcés depuis la première guerre du Golf :

  • N’importe qui peut retransmettre l’événement dès lors qu’il dispose d’un téléphone mobile équipé d’une caméra.
  • Les formats courts, entre 6 et 12 secondes permettent une publication rapide y compris en Edge.
  • Au final, la possibilité de diversifier les sources renforce la crédibilité de l’information.

En contrepartie, on pourra lui reprocher l’absence de context, ou le focus trop important sur des détails là ou une prise plus longue doit “théoriquement” donner un oeil plus neutre à l’information.

Dans le contexte des émeutes en Ukraine ou en Thailand, PeekInToo – une des startups en demi finale de LeWeb 2013 – vient avec une approche assez différente du couple Vine / Twitter ou Instagram / Facebook.

Le principal problème de ces deux couple vient de l’identité des diffuseurs, et donc d’une facilitation de la désinformation. Dès lors qu’un utilisateur disposant d’une très grande base d’écoute (vous remarquerez comme je me casse la nenette pour ne pas dire “influenceur” ?) diffuse une des versions disponibles d’une scène, les principes de vitalité en font la vérité établie. Les images contradictoires ont dès lors beaucoup de mal à se frayer un chemin jusqu’au sommet, et ses défenseurs doivent prouver que ce n’est pas leur version qui relève de la propagande. C’est exactement le cas avec les media traditionnels d’ailleurs, mais la possibilité de mesurer la viralité de la diffusion d’une information sur Internet, et donc potentiellement sa portée ont changé pas mal de choses.

De ce point de vue, PeekInto apporte deux nouveautés qui m’ont semblé très intéressantes.

La première est l’utilisation de la géolocalisation au lieu de tags, ou de sujets. PeekInto permet de suivre non-plus une tendance, mais ce qui se passe à un endroit donné, en assurant la diversification des sources d’information. Même si cela n’empêchera pas la diffusion d’une version de l’Histoire au profit d’une autre, on a au moins l’assurance d’assister à un débat contradictoire.

La seconde est l’absence de profil utilisateur. Qui dit absence de profil dit non pas anonymat, mais absence de groupes et d’agents d’influence. Certes d’un point de vue business model c’est catastrophique, mais cela évite la formation de chambres d’échos.

Deux choses me chagrinent pourtant. Vine, Instagram et PeekIntoo sont des services centralisés, ce qui signifie que celui qui les contrôle contrôle la diffusion de l’information, et donc potentiellement ce qui est vrai et ce qui est faux.

La seconde est le nécessité des relais d’information, et donc forcément la mise en avant d’une version de l’histoire (avec un petit h) au détriment de l’autre. Ce qui m’amène à la conclusion qu’Internet et la diffusion de ce nouveau format de vidéos ultra courtes n’auraient probablement pas permis de réécrire l’Histoire il y a plus de 20 ans : les charniers de Timisoara auraient eu leur existence avérée médiatiquement au moins le temps d’exécuter le couple Ceausescu, et la première guerre du Golf aurait été une guerre “propre” au moins le temps de la faire avaler à l’opinion.

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