Ça me fait franchement mal de taper sur un des meilleurs sites francophones dédiés au développement web. Je dois toutefois reconnaître que la dernière trouvaille de Bruno Bichet pour bouter Internet Explorer 6 hors de nos frontières est une des idées les plus stupides depuis l’invention du parcmètre, et donc du Firefox Download Day, pour ceux qui suivent.

Les militants qui posent sur leur site un badge best viewed with Firefox ont tendance à m’agacer. Ceux qui affichent une bannière, ou pire, une landing page de type vous utilisez un navigateur obsolète et dangereux pour le web m’horripilent avec un H comme dans Halimi. Quant à ceux qui bloquent purement et simplement l’accès à leur site à quelque navigateur que ce soit – à une exception d’amour près – ils m’inspirent le même genre de réactions qu’une horde de touristes sur le quai de la ligne 1 du métro parisien à 8 heures et demi un jour de grève des transports. En redirigeant les utilisateurs d’Internet Explorer version 6 et inférieure vers son flux RSS mis en forme par Feedburner, Bruno vient de poser une nouvelle borne aux limites de la bêtise. Son geste et encore plus impardonnable qu’il est un professionnel du secteur, pour le travail duquel j’ai, par ailleurs beaucoup de respect.

Bruno semble oublier quelque chose : la majorité de ses visiteurs ne viennent pas directement. Ils arrivent soit d’un moteur de recherche, soit d’un site ayant fait un lien vers chez lui, soit directement depuis son flux RSS, à travers un agrégateur, et sont donc à la recherche d’une information précise. Sa démarche va donc priver 12% de ses visiteurs de ce qu’ils s’attendaient à trouver en les renvoyant vers un contenu qui ne les intéresse pas directement. Outre le fait que cette technique ressemble étrangement à celles utilisées par bon nombre de sites renvoyant leurs visiteurs sur des boutiques d’élongateurs de pénis suédois à pompe, la frustration de ces derniers sera probablement équivalente à celle qu’éprouvaient les victimes des site Internet Explorer only dont Bruno a certainement du faire partie.

L’implémentation, ensuite, laisse clairement à désirer. D’abord parce qu’elle se base sur une technique de de détection du user agent, pas ou peu fiable. Ensuite, parce qu’elle se base sur du Javascript. Elle ne s’appliquera donc ni aux navigateurs ayant désactivé le Javascript, et il y en a, ni aux navigateurs refusant les redirections Javascript. Et Dieu sait que ce cas est fréquent dans les grands groupes dans lesquels les DSI ont tendance à renforcer les politiques de sécurité.

Au passage, les principales victimes du kickIE6.js sont les milliers de développeurs web en poste dans des sociétés dont les DSI forcent l’utilisation d’Internet Explorer 6 et bloquent l’installation de logiciels non homologués. J’entends déjà des « mauvais boulot, changer boulot », « les DSI ne comprennent rien à l’évolution » et autre cite « Firefox portable, c’est pas fait pour les chiens ». Ce sont certainement de très bons arguments pour une discussion de comptoir, ils ne tiennent cependant pas la route dans un environnement industrialisé dans lequel le principal soucis d’une DSI est de maintenir un parc de dizaines de milliers de machines en état de marche en empêchant les utilisateurs de faire des bêtises.

Là où la démarche de Bruno me choque particulièrement, c’est qu’elle vient d’un professionnel, et qu’elle a été écrite dans un article destinée à des professionnels. Quand il rappelle que le support d’Internet Explorer 6 est indispensable pour gagner ses galons d’intégrateur web, j’ai un peu l’impression de rêver. C’est comme administrateurs systèmes qui affirmaient que savoir configurer un Sendmail différenciait les vrais hommes des autres. Qu’on aime ou non Internet Explorer 6 et qu’il faille l’éradiquer du web ou non n’est pas l’objet de cet article. Le fait est qu’il reste le navigateur le plus répandu du marché, et qu’à ce titre, en assurer la compatibilité est le minimum que l’on puisse attendre de la part d’un intégrateur. Avec kickIE6.js, j’ai l’impression de retourner 8 ans en arrière, à ceci près que les agresseurs d’aujourd’hui sont les victimes d’hier, et que les victimes d’hier sont les utilisateurs d’aujourd’hui. Et tout ceci n’est pas vraiment fait pour me rassurer.

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