Cela fait maintenant quelques années que l’on voit périodiquement le livre électronique, ce fantasme d’auteur de science fiction, pointer le bout de son nez dans notre monde réel. Le premier coup de pied concret dans la grande fourmilière avait été donné par Google Books il y a quelques années, et (l’extraordinaire) Vernor Vinge en avait récemment remis une couche dans (son excellentissime) Raimbows End, prix Hugo 2007.

Dans ce domaine, la nouvelle du jour nous vient d’Amazon et de son Kindle, surprise, tablette de lecture électronique couplée à un service de téléchargement de livres, journaux, et même blogs numérisés. La chose pèse moins de 300 grammes, ne nécessite pas de PC pour se synchroniser, ni même de point d’accès WIFI pour les téléchargements qui se font en moins d’une minute via GSM et sans abonnement. Pas moins de 80.000 titres, à ce jour tous en anglais, sont déjà disponibles sur cette nouvelle plate-forme pour moins de 10 dollars en plus d’un accès WIFI illimité à Wikipédia. J’en veux un, tout de suite, et pas seulement pour la hype : malgré ses 400$ à l’achat, l’Amazon Kindle pourrait bien rapidement faire descendre ma facture mensuelle en librairie, laquelle commence largement à dépasser celle que s’octroie mensuellement le trésor public. Et je ne parle pas de mes bibliothèques qui débordent littéralement du sol au plafond.

Maintenant que les problématiques technologiques, et visiblement légales, sont surmontées, les prochains débats risquent fort de tourner autour de l’éthique de la chose. Beaucoup considèrent que les livres papier ont un caractère quasi sacré. Les raisons à cela sont multiples. On pourrait citer sans risques une tradition héritée de la fin du dix-neuvième siècle et la grande époque de l’alphabétisation du pays montrée comme la meilleure chance de s’en tirer dans la vie. La possession de livres était alors une preuve de réussite puisqu’on savait lire et écrire, et ce n’est pas pour rien que ces derniers étaient offerts en récompense aux bons élèves lors de la remise des prix en fin d’année. On pourra également citer le souvenir des autodafés du régime nazi au milieu des années 30, ou, plus près de nous, la menace brandie par Ray Bradbury dans Farenheit 451.
Les livres sont-ils amenés à disparaître sous la forme que nous leur connaissons aujourd’hui ? Les arguments pour et contre ne manquent pas, des risques de déforestation à ceux liés à la fracture technologiques qui empêcherait les pays les plus pauvres de s’alphabétiser, ramenant la lecture à un plaisir d’élites.

Bien que particulièrement excité par ce terminal d’un nouveau genre, je ne souhaite pas la disparition du livre papier. Chaque ouvrage qui prend la poussière sur mon étagère possède sa propre histoire, et, malgré mon penchant technophile, je me vois mal tourner la page de ce qui est bien plus qu’une technologie. Et vous ?

Galerie du grand cerf, Paris

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