Ferme de serveurs

La fermeture de Reader, la première d’un produit à forte visibilité a été ressentie comme une trahison par les utilisateurs de Google au sens large, qui y voient dans cette annonce la rupture d’une sorte de pacte social qui voulait que la firme de Moutain View fournisse gratuitement des applications Web au monde entier, sans limite ni de temps ni d’usage.

Google rappelle simplement qu’elle n’est pas une organisation caritative, mais une entreprise faite pour gagner de l’argent. À ce titre, elle gère ses produits comme elle l’entend, avec des problématiques de rentabilité, d’allocation de ressources et de cohérence qui en regardent qu’elle. Dit plus simplement : Google vous fournit ses produits gratuitement, et à ce titre ne vous doit rien.

Conséquence : une poussée assez forte des thèses et des solutions d’auto hébergement, promues depuis la fin des années 90 par les adeptes du logiciel libre comme une alternative militante à l’arrivée des hébergeurs gratuits, mais commerciaux. Le bourgeonnement de solutions applicatives libres du genre OwnCloud ou Zimbra renforcent encore cette tendance.

L’auto hébergement, c’est simple comme un coup de pine : une machine sous Linux (ou Windows, ou FreeBSD), hébergée derrière une ligne ADSL domestique ou chez un hébergeur low cost, OVH et Online (Dedibox) en tête, ou, pour faire plus cloud, sur une part Gandi. Les vertus de l’auto hébergement sont : indépendance, quasi gratuité (si on recycle une vieille machine à la maison), et apprentissage de l’administration d’un serveur.

Ça c’est pour la théorie. En pratique, l’auto hébergement ne résout pas les problèmes de pérennité induits par la dépendance à un service gratuit et à l’avenir incertain.

L’hébergement est un métier. N’importe qui peut louer une machine chez OVH ou installer un Linux sur un vieux PC hébergé sur une ligne ADSL, jusqu’au moment où les problèmes commencent. En vrac :

Les sauvegardes : le truc qu’on ne vous apprend pas quand vous montez votre machine, c’est à sauvegarder vos données, tous les jours, host de chez vous, et à tester ces sauvegardes régulièrement.

J’héberge mes sites et mes mails depuis 1996, d’abord sur une machine installée à la maison, puis chez un hébergeur low cost. J’ai perdu toutes mes données deux fois. La première, c’était en août 2001, faute de backups. J’avais une partition système, une partition données. J’ai effacée la mauvaise lors d’une réinstallation à 7h du matin après une nuit blanche. La seconde fois, j’avais des backups, mais l’archive était corrompue.

La sécurité : l’hébergement requiert une veille de sécurité constante aussi bien sur les logiciels fournis par le système d’exploitation, que sur les applications hébergés (Wordpress par exemple…). Il faut apprendre à reconnaître quand une machine a été piratée, analyser les logs et les pics de trafic louches… et accessoirement gérer tout le merdier juridique consécutif à un piratage ou à l’utilisation de votre machine pour pirater des entreprises américaines. Mais ça, vous le comprenez le jour où la police débarque chez vous à 6 heures du matin pour saisir vos machines et vous emmener en garde à vue.

La disponibilité : les fournisseurs d’applications fournissent un minimum de redondance en répliquant leur infrastructures – et vos données – à différents endroits. Cela leur assure une disponibilité constante que ne permet pas un hébergement domestique, ni même une seule machine OVH.

Sans aller jusque là, il y a un vrai enjeu de pérennité dans l’auto hébergement. Une fois passée l’excitation des premières semaines, il faut pouvoir et vouloir consacrer quotidiennement du temps à l’entretien de sa machine au lieu de glander devant des vidéos de lolcats sur Youtube.

La vraie solution réside ailleurs. Chez les hébergeurs et fournisseurs de services associatifs d’abord, comme l’APINC, pour les plus militants. Dans la prise de conscience, aussi, qu’aucun service qui coûte de l’argent à son fournisseur ne saurait exister éternellement.

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