Cela fait un moment qu’on le voit arriver gros comme une maison : la carte orange si pratique va disparaître au profit de la carte à puces Navigo. Ça a commencé il y a un an avec la sortie d’un abonnement Navigo hebdomadaire, jusqu’à ce samedi de décembre, où, place d’Italie, des agents de la RATP distribuaient des dossiers d’inscription en criant à qui voulait (ne pas) l’entendre “la Carte orange disparaît”.

Bien qu’amateur de l’histoire des transports, et plus particulièrement du rail sous toutes ses formes, ce n’est pas la nostalgie d’une époque révolue qui me fait écrire ce billet.

Depuis mon arrivée à Paris, le 11 septembre 2001, j’ai toujours acheté ma Carte Orange, en liquide, le dernier jour du mois précédent. Je ne souhaitais en effet pas que l’on puisse suivre mes déplacements à la trace, pour des raisons pas vraiment avouables à l’époque. Bien que mes motivations aient changé aujourd’hui, je continue ma pratique mensuelle pour la même raison : protéger comme je peux le peu qu’il me reste de vie privée, cette fois en refusant que mon mode de transports fasse de moi une donnée marketing supplémentaire.

Pour les non français ou parisiens, le pass Navigo est une carte à puce sans contact permettant de prendre les transports en commun. Il suffit de passer son portefeuille ou son sac à main au dessus de la borne prévue à cet effet pour entrer tout simplement dans le métro. Bien pratique me direz-vous, surtout pour ceux qui collectent les données personnelles des utilisateurs. Pour rappel, Navigo s’est vu décerner le Big Brother Award 2001 de la plus grosse intrusion dans la vie privée.

Qu’est-ce que ça peut me faire que la RATP puisse suivre mes transports ? Pas grand chose à priori, et pourtant… Imaginons un instant : une agression a lieu dans une station de métro quelques minutes après votre entrée dans celle-ci. Le lendemain matin, la police débarque chez vous et vous embarque pour vous interroger puisque vous étiez sur place.

En allant un peu plus loin – et ce n’est pas forcément de la science fiction – qu’est-ce qui me garantit que le passage de ma carte ne va pas être enregistré par les portillons électroniques des magasins dans lesquels j’entre, permettant de faire une cartographie complète de mes habitudes de consommateur, revendues à prix d’or par l’exploitant de la carte ? On n’est pas très loin de Tom Cruise se faisant proposer de la publicité personnalisée par simple prise d’empreinte rétinienne dans Minority Report. Dans le genre marketing one to one, difficile de faire mieux non ?

Et en conjuguant les deux hypothèses, je vois tout à fait mon fils se faisant arrêter dans cinq ou six ans parce qu’un paquet de bonbons a été volé dans une boulangerie dans laquelle il est entré ce jour là…

Paris by night

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