Trim a annoncé sa fermeture

Trim, le service de raccourcissement d’URL a annoncé sa fermeture avec effet immédiat tôt ce matin. Les raisons ne surprendront personne : pas de business model, personne n’acceptant de payer pour un tel service, et le choix de Twitter de mettre en avant Bitly un service concurrent.

La première chose qui ressort de cette décision, que l’on imagine difficile pour les fondateurs de Trim, c’est le peu de succès commercial des services web B2C quand l’achat en ligne ne se traduit pas par une rétribution hors ligne. L’e-commerce se porte bien tant qu’il s’agit de s’approprier un objet, beaucoup moins quand il s’agit seulement d’utiliser un service, à croire qu’en 2009 le dématérialisé n’a encore aucune valeur. On peut au passage saluer le réalisme des fondateurs de Trim qui ont su prendre la bonne décision face à une situation pas facile pour eux.

Malheureusement, cette décision montre, une fois de plus, le danger que court le web face à la prolifération des URL shorteners : la totalité des liens raccourcit ne sera plus disponibles le 31 décembre 2009. Qu’est-ce que cela signifie ? Tout simplement que toutes les pages sur le web référencées par des liens en tr.im deviendront inaccessibles par ce biais.

Je ne relancerai pas le débat du bien fondé des URL shorteners, de leur impact en termes de référencement – dès lors qu’ils génèrent une redirection 302 – ni de celui de leur disparition, tant celui-ci me semble évident. Il relance pourtant celui de la pérennité des données sur la toile, et de leur appartenance.

Ces dernières années, le débat portait essentiellement sur la faible durée de vie des périphériques de stockage, le moindre problème n’étant pas les normes de transfert. Aux disquettes souples simple, aux différents formats ont succédé les disques durs MFM, IDE, SCSI, SATA… Dans le même temps, les formats de fichier ont évolué, au point de ne plus être compatibles entre eux d’une version à l’autre, et des générations de logiciels ont disparu, rendant leurs données inutilisables.

Le plus effrayant, dans tout ça, reste d’imaginer qu’il va bientôt nous falloir travailler sur des données vieilles de 30 ans de la même manière que Champollion a lui travaillé sur des données vieilles de plus de 4000 ans. Utiliser des formats ouverts est évidemment une nécessité pour permettre la création d’une nouvelle pierre de Rosette, mais ce n’est pas suffisant. Depuis 10000 ans, toutes les données ont été écrites sur des supports directement déchiffrables : pierre, papyrus, parchemin, papier… avec plus ou moins de succès (par exemple, l’encre tient très mal sur la peau humaine).

Tout en simplifiant le stockage et l’accès aux données, l’informatique a forcé la mise en place de nouveaux intermédiaires pour déchiffrer les données. Le format de fichier en est un, les périphériques de stockages en sont un autre, rendant d’autant plus difficile le travail des archéologues de demain. Les URL shorteners nous font courir un risque encore plus grand : la disparition d’un seul de ces intermédiaires superflus, et c’est tout l’accès à la connaissance qui disparaît sans rémission.

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