Il ne se passe pas une journée sans qu’on parle ici ou là du prochain service qui va révolutionner notre rapport au travail / aux autres / à l’information, rayez la mention inutile et à mon avis elles le sont toutes, et pourtant, cela fait 9 mois que je n’ai pas croisé une startup qui fasse jaillir en moi la moindre étincelle d’intérêt. J’ai le sentiment que la scène tech n’invente plus, n’innove plus, ne crée plus, trop occupée qu’elle est à courir après les success stories du moment, et l’assurance du rachat pour les uns, de la levée de fonds pour les autre. Je ne trouve plus nulle part ce bouillonnement d’idées qui a caractérisé pour moi les années 2004-2009, et la plupart des pitchs que j’ai entendus cette année se sont invariablement terminés par un :

« En gros c’est comme Twitter / Facebook / Foursquare / Zynga / Groupon ?
– Oui, mais avec une dimension plus mobile / sociale / locale / [mettez ici un buzzword différenciant]. »

Ou, plus rarement :

« En gros c’est le contraire de Twitter / Facebook / Foursquare / Zynga / Groupon / ?
– Oui, tout à fait. »

Je n’étais peut-être pas au bon endroit au bon moment, et pour cause, depuis près d’un an j’ai délaissé la hype des soirées tech au profit des cours de tennis, et je ne m’en porte pas plus mal, mais, pour la première fois depuis 10 ans, la scène tech m’ennuie.

Ce n’est pas qu’une question de concept innovant. Toutes les applications que j’ai testées ces derniers temps se ressemblent : un mélange entre les tendances de l’années selon Smashing Magazines et l’application la plus stricte possible des Apple Guidelines. Les dernières tentatives plus ou moins réussies d’innovation en termes d’expérience utilisateur viennent de Google, ce qui est, quand on y pense, aussi rafraichissant que paradoxal.

Mais il y a pire encore : que ce soit dans la musique, l’informatique domestique, ou la téléphonie, Apple, l’entreprise la plus innovante de ces trente dernières années est en train de tuer l’innovation.

Je ne parle pas tant de leur écosystème fermé et de leur politique de brevets que du passage d’éternel challenger à celui de leader. Pendant 30 ans, sa position de Petit Poucet a forcé Apple à une différenciation, une innovation permanente. Aujourd’hui, la première capitalisation boursière au monde est poursuivie, prise en chasse par la concurrence, avec des résultats plus que mitigés. Si l’on peut se féliciter de la réussite d’Android, l’arrêt du WebOS d’HP et de la tablette associée est un message plus qu’explicite envoyé à Apple : OK, vous avez gagné, nous avons été incapables de vous dépasser, et pire, de simplement vous copier.

Pour en revenir à l’écosystème des startups, ce à quoi on assiste aujourd’hui va bien au delà de l’ennui. Dans un contexte de crise économique grave, alors que plane sur nous l’ombre de l’armageddon financier, le message véhiculé par la tendance à la copie carbone des trucs qui marche est “prend l’oseille et tire toi”, ce qui ne laisse rien présager de bon. Quant à moi, je serai cette année encore à la conférence LeWeb, et j’espère bien y croiser des startups capables de me faire changer d’avis.

Bored!!!!

Photo Samael Kreutz CC BY NC ND.

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