Annoncée en grande pompes à la fin du mois de décembre, l’expérience .42 est une des plus belles conneries depuis l’invention du parcmètre. Je résume pour ceux qui auraient eu la chance de passer toutes les vacances de Noël en hibernation : de grands noms du logiciel libre français ont eu l’excellente idée de lancer un nouveau TLD réservé aux contenus libres et non commerciaux, le .42, afin de créer un espace de liberté au sein du Web mercantile. Tout le monde a trouvé merveilleux ce qui est une bêtise monumentale et accessoirement une des plus belles preuves de fermeture d’esprit que j’aie vue depuis bien longtemps.

Un TLD, ce sont les extensions de noms de domaines de premier niveau : .com, .org, .net, .mil et .edu principalement, auxquels on a plus tard rajouté les TLD nationaux : .fr, .us, et d’autres trucs plus ou moins ésotériques comme le .tel, le .pro ou le .aero et la liste ne s’arrête pas là. La liste des extensions de premier niveau est géré par l’ICANN, un organisme auquel certains reprochent non sans raison l’opacité de son fonctionnement. Cet organisme contrôle les 13 root server qui permettent de traduire les noms de domaine en adresse Internet, et qui sont ensuite répliqués par les serveurs DNS des fournisseurs d’accès à Internet, cette dénomination étant à prendre au sens large. Or, l’ICANN ne reconnait pas les domaines en .42. Voilà pour la partie technique.

Arrivés à ce point, vous devez déjà voir le principal problème technique posé par les domaines en .42 : non reconnu par l’ICANN, les domaines de ce TLD ne seront pas résolus par les serveurs de noms des fournisseurs d’accès à Internet. Autrement dit, pour accéder à un domaine en .42, il vous faudra modifier la configuration de votre machine. Pire encore, si vous êtes sous Windows, il vous faudra patcher votre machine, mais ce n’est pas grave : si vous êtes sous Windows, vous êtes forcément un suppôt du grand Satan Microsoft, et à ce titre, vous ne méritez pas de vivre. Les contenus libres et non commerciaux ne seront accessibles qu’au prix de deux importantes barrières technologiques : avoir connaissance des TLD en .42 et modifier sa machine pour y accéder. Mais tout ça est affiché noir sur blanc dans la charte du 42 Registry, le seul registrar de premier niveau à ne pas utiliser son propre TLD… et pour cause.

Ce n’est pourtant pas la barrière technologique – encore que – qui m’irrite le plus entre les oreilles, mais la fermeture affichée sous des airs d’ouverture.

Les sites utilisant un TLD en .42 ne doivent héberger que du contenu libre et non commercial, et ne peuvent pas afficher de publicité. Rassurez-vous sur ce point, les amis, je doute qu’un quelconque annonceur ait envie de placer sa publicité sur des sites inaccessibles via les moteurs de recherche. Mais cela signifie également que les personnes voulant vivre de leurs contenus libres ne pourront pas le faire dans l’espace .42.

Seuls les personnes ayant montré patte blanche – en l’occurrence une lettre de motivation dûment validée par le comité de soldats du .42 – pourront posséder un nom de domaine en .42 pour la modique somme de 5 euros par an, cela pour faire vivre l’association. Encore plus fort que la Loopsi2 : 42 Registry modère à priori les contenus politiquement incorrects, je me demande si même à Cuba ils font ça.

Enfin, et surtout, les barrières technologiques et cognitives placées à l’entrée garantissent que seules les personnes “du sérail” auront accès aux .42. Une sorte de retour à l’élevage des moutons dans le Larzac sauce Internet à ceci près que l’on pouvait tomber sur des campements hippies au coin d’une route un peu paumée alors que les sites en .42, pour les trouver, il faudra vraiment chercher. Les contenus libres et non commerciaux ne sont que pour des gens qui utilisent des systèmes libres (et non commerciaux), se connectent via un fournisseur d’accès libre (et non commerciaux)… Et il n’y a que moi que ça fait tiquer ?

Je sens bien que certains trolleurs de première vont voir là une attaque de l’Internet commercial propriétaire contre les initiatives pour le rendre vraiment libre, donc je vais rappeler 2-3 petites choses tout de suite. Je contribue au logiciel libre depuis 1996, que ce soit par du code, des contenus, de la traduction ou de l’évangélisation. Tous mes contenus écrits et photographiques sont publiés sous Créative Commons, et je donne chaque année une certaine somme d’argent à la Fondation Creative Commons pour en assurer le fonctionnement.

Malheureusement ces “expériences” montrent plus une volonté de rester bien au chaud entre soi que de faire avancer les choses. Celle des domaines en .42 a un petit côté français on s’assied, on prend un café entre nous, on discute et on rentre à la maison et surtout on évite de s’ouvrir aux autres qui justifie une forme de sectarisme au nom de la liberté et me donne envie de rappeler Voltaire : Les français ne sont pas fait pour la Liberté, ils en abuseraient.

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