Merry kiss my ass

Cher Père Noël,

Enfin, “cher”… Tu comprendras que ce soit plus une formule de politesse qu’autre chose vue l’envie que j’ai de te fracasser la tête à coups de pelles avant de donner tes tripes à manger aux vautours.

De toutes manières, tu n’existes pas.

Tu vas me dire, drôle d’idée d’écrire une lettre à un type qui n’existe pas, mais de la part d’un catholique pratiquant, ce n’est finalement pas très étonnant : Dieu est mort, il n’a jamais existé, et tout ça ce n’est que de la bouillie idéologique pour conserver les masses ignorantes sous la coupe spirituelle et politique d’une bande de vieux réacs qui a décidé de diriger le monde à sa guise. Soit, je veux bien l’entendre, mais de la part d’un type dont l’existence ne tient qu’à un pubard de chez Coca Cola qui a trouvé son inspiration dans la nativité, Saint Nicolas et l’abus de cocaïne, c’est un peu l’hôpital qui se fout de la charité.

Anyway.

Il y a une dizaine d’années, malgré ma répugnance, j’ai cédé à la pression sociale et je t’ai laissé t’incruster pour la première fois à notre célébrations de Noël. En ce qui te concerne, la pression sociale, ça commence à la crèche (sic), quand tu te pointes avec un oreiller en guise de bedaine et un paquet de coton hydrophile pour cacher ton absence de barbe histoire de distribuer aux enfants les cadeaux offerts par la mairie : “c’est comme ça et c’est pas autrement, et vous n’allez pas priver votre enfant de cadeaux quand même, et laissez lui un peu d’émerveillement et d’enfance bande de mauvais parents tortionnaires, l’État sait mieux que vous ce qui est bon pour lui”, et ça continue avec une partie de la famille qui a décidé d’imposer des choses sans trop nous demander notre avis.

À l’époque, j’étais jeune, inexpérimenté, et j’avais suffisamment de problèmes à régler pour ne pas me battre sur un front de plus. Je n’imaginais pas qu’il était plus facile de solder un credit revolving que de me débarrasser de toi. Ça fait dix ans que ça dure, et il m’en reste encore pour au moins quatre ou cinq ans.

Les premières années, tout va pour le mieux dans le meilleur des mondes possibles. Évidemment, tu rentres un peu en conflit avec le petit Jésus en vigueur dans une partie de la famille, mais les enfants étant souples d’esprit et conciliants, ils ont décidé que vous travailliez ensemble en bonne intelligence.

Et puis un jour, il faut leur dire : que tu n’existes pas, qu’on s’est foutus d’eux toutes ces années, et que le Père Noël, c’était les parents, les grands parents, les parrains, marraines etc…

Et là ça devient la merde, mais toi tu t’en fous, tu n’as pas à ramasser les pots cassés, puisque tu n’existes pas.

Je ne sais pas comment sont les enfants des autres, et s’ils arrivent tranquillement à l’âge où l’on se rend compte que non, c’est pas possible, tu ne peux pas exister, et où l’on fait la transition en douceur. Les miens ont commencé à se poser des questions très tôt, du genre :

Papa, pourquoi Ali ne fête pas Noël ?
– Parce qu’il est musulman, et que les musulmans ne fêtent pas Noël.
– Et du coup le père Noël ne passe pas chez lui ?
– Non mon grand.
– Mais je croyais qu’il passait chez tout le monde ?
– Ah non, il ne passe que chez les riches.

Et puis ils ont commencé à sauter des classes plus vite que DSK les femmes de chambre, ce qui implique que leurs petits camarades ont un, deux, voire trois ans de plus qu’eux, et qu’ils ont compris en douceur, eux. Alors, pour que nos chérubins ne passent pas pour de gentils gogos naïfs, on finit par leur expliquer.

Et ça donne un truc comme ça :

Trésor, tu peux venir ?
– Oui papa, qu’est-ce qu’il y a ?
– Il faut que je t’explique quelque chose. – Si c’est le coup des choux et des roses, j’ai compris en jouant avec Chloé derrière les toilettes à la récré. – Hum… non, ce n’est pas ça. En fait, le père Noël n’existe pas, ça a toujours été maman et moi.
– C’est pas vrai !
– Si c’est vrai.
– Et bien puisque c’est comme ça, je ne te croirai plus jamais !

Le problème, c’est qu’à 6 ou 7 ans, ils ne sont pas prêts à l’entendre, et qu’avec la confiance qu’ils avaient dans leurs parents, c’est tout une partie de leur univers qui s’effondre. Le monde devient incertain, dangereux, et même les preuves les plus solides ne suffisent plus à les rassurer.

Mais bon, tu t’en fiches, et puisque tu n’existes pas, tu n’as pas de service après-vente à assurer.

Si c’était à refaire, si je pouvais retourner 10 ans en arrière, je ne recommencerais pas la même connerie. Il y a une différence entre laisser les enfants se construire un univers imaginaire qu’ils feront évoluer à mesure qu’ils comprennent le monde qui les entoure jusqu’au moment où ils n’auront plus besoin de Gustave, ce petit farfadet à qui ils aiment confier leurs échecs amoureux, et centrer presque un quart de leur existence autour d’un énorme mensonge publicitaire organisé avec la complicité de la famille, de l’école et d’une partie de la ville. A ce niveau, ce n’est même plus une question de religion, c’est une question de principe.

L’an prochain, je vais devoir expliquer à #2, 6 ans, que tu n’existes pas, pour éviter qu’il l’apprenne par les enfants de sa classe. J’espère pour toi que tu n’as pas d’enfants, et que tu ne seras pas obligé de passer par là.

Ah merde, j’avais oublié, c’est vrai que tu n’existes pas.

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