Si nous étions en contact sur Linkedin mais que nous ne le sommes plus, surtout ne le prenez pas personnellement. J’ai simplement supprimé mes connexions avec toutes les personnes avec qui je n’ai (encore) jamais travaillé, ou avec qui cela s’est (vraiment) mal passé, ou que je ne me sens pas capable de recommander professionnellement. Ces derniers mois, Linkedin est progressivement passé d’un excellent site de mise en relation professionnelle à un espèce de mutant à la croisée des chemins entre Monster et Facebook, ce qui m’a amené à radicalement revoir la manière dont je souhaitais l’utiliser.

De la “facebookisation”…

Quand j’ai fermé mon compte Facebook, il y a déjà plus de quatre ans, j’étais agacé par le retour dans mon existence de personnes dont je n’avais pas entendu parler depuis plus de dix ans. Dire que je ne souhaitais pas vraiment reprendre contact avec elles relève du doux euphémisme : si l’on parle souvent du droit à l’oubli à propos de la conservation des données numériques, la facilité à retrouver des personnes par le seul jeu des réseaux sociaux le rend totalement caduc.

Ce même phénomène est en train de se produire sur Linkedin, d’abord parce que le service a atteint la masse critique d’utilisateurs pour que cela se produise, ensuite parce qu’il l’a facilité fonctionnellement. La possibilité de créer des groupes d’utilisateurs a permis aux écoles de créer des groupes d’alumni exactement de la même manière qu’elles éditent chaque année l’annuaire des anciens élèves. Des personnes avec lesquelles vous avez des études ou un diplôme en commun, entrent ainsi dans votre réseau totalement indépendamment de votre parcours professionnel. Si ça se trouve, vous n’en avez plus entendu parler depuis dix ou quinze ans, et cette connexion annihile totalement la principale fonctionnalité de Linkedin : la mise en relation professionnelle. Contrairement à une croyance populaire, accumuler les connexions n’est ni un signe de compétence professionnelle, ni l’assurance que vous pourrez faire appel à elles le moment venu.

Les usages de Linkedin ont évolué à mesure que le service gagnait des utilisateurs et des fonctionnalités. Rentrer en contact avec une personne que l’on ne connait pas est devenu beaucoup plus aisée depuis qu’il n’est plus nécessaire de fournir l’e-mail du destinataire au moment de la demande de mise en relation. D’où une évolution sensible du graphe social sur Linkedin, et une monsterisation du service.

… à la “monsterisation” de Linkedin

Si vous avez déjà mis votre CV sur Monster, vous avez certainement été assailli de coups de téléphones de chasseurs de tête et d’entreprises à la recherche d’un profil comme le vôtre, mais finalement pas vraiment. Si vous travaillez dans l’informatique, Monster est un site redoutablement efficace pour trouver du travail, à condition de passer énormément de temps à filtrer les déchets.

Linkedin se transforme peu à peu en Monster bis. Le fait de pouvoir rentrer en contact avec les utilisateurs sans connaître leur adresse e-mail a transformé un site de mise en relation professionnelle en étalage de boucher pour SSII et les recruteurs, que ce soit en direct, ou, une fois le recruteur dans vos contacts, par des demandes de contact “si tu connais des développeurs Java qui veulent changer…” ou de mises en relation via le site avec un facteur confiance supplémentaire puisque les amis de mes amis sont mes amis, jusqu’au jour où ça se passe mal.

Cette dynamique dans laquelle les usages de Linkedin sont rentrés depuis quelques mois est très fortement déplaisante. Même s’il est possible de tagger plus finement ses contacts, les catégories relationnelles de base permettent facilement des abus, et le graphe social en devient très rapidement fantaisiste. Alors que Linkedin tente de se positionner comme le CV universel, le service va devoir trouver une manière de faire coïncider parcours professionnel et graphe relationnel puisque ses utilisateurs ne le font pas.

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