Serais-je le seul à trouver logique – si ce n’est normal – la décision du Conseil Supérieur de l’Audiovisuel de considérer le fait de citer Facebook ou Twitter à la télévision comme de la publicité ? On pourra comme certains crier au retour de la prohibition, s’indigner du fait que le CSA devrait se moderniser et vivre avec son temps, voire que les sages de l’audiovisuel sont complètement à côté de la plaque, ils ne font qu’appliquer un principe fondamental de la démocratie : l’égalité de tous les citoyens devant la loi.

L’article 9 du décret du 27 mars 1992 pris pour l’application des articles 27 et 33 de la loi n° 86-1067 du 30 septembre 1986 fixant les principes généraux définissant les obligations des éditeurs de services en matière de publicité, de parrainage et de télé-achat avait pour but d’éviter que certaines marques soient mises en avant durant les émissions sans que ces dernières n’aient signé un contrat publicitaire avec la chaîne. Les marques ne pouvaient ainsi pas corrompre les présentateurs pour qu’ils en fassent la réclame hors plages de publicité aux heures de grande écoute. C’est cette même loi qui oblige à cacher le logos des marques que portent les personnes interviewées, notamment dans les émissions documentaires.

Pour l’application du présent décret, constitue une publicité clandestine la présentation verbale ou visuelle de marchandises, de services, du nom, de la marque ou des activités d’un producteur de marchandises ou d’un prestataire de services dans des programmes, lorsque cette présentation est faite dans un but publicitaire.

Je ne me permettrai pas d’interpréter la loi, mais on peut effectivement considérer que le fait de renvoyer vers sa page Facebook ou Twitter rentre dans les présentations à but publicitaire. Facebook et Twitter sont des marques, et, que ça nous plaise ou non, il n’y a aucune raison de les mettre au dessus de la loi à moins de violer le principe cité plus haut. Pourquoi eux et non Hi5 ou Orkut après tout ? Maître Éolas me contredira si j’ai tort.

Sur la forme, cependant, la décision du CSA peut sembler ubuesque, voire aberrante :

[…] le renvoi des téléspectateurs ou des auditeurs à la page de l’émission sur les réseaux sociaux sans les citer présente un caractère informatif, alors que le renvoi vers ces pages en nommant les réseaux sociaux concernés revêt un caractère publicitaire […]

Ainsi, je n’ai pas le droit de dire : Viendez lâcher les coms sur notre page Facebook et discuter avec nous sur Twitter, please RT.

Je peux en revanche dire : Viendez lâcher les coms sur la page qu’on a faite sur le site que Mark Z a inventé pour se taper des meufs et discuter avec nous sur le service qui affiche une baleine quand il est en panne ce qui est d’ailleurs le cas à l’heure où je vous parle.

Curieusement, la décision du CSA concernant Twitter et Facebook a été prise le 12 mai dernier alors même que Kriisiis, Libelluline et moi assurions la couverture des coulisses de l’Eurovision sur les média sociaux et que Laurent Boyer appelait les internautes à nous suivre sur Twitter et Facebook. L’Histoire, parfois vous fait des clins d’oeil amusants. Je suis ravi qu’elle n’ait pas été rendue publique plus tôt.

Sur le fond, cette décision montre tout le chemin qu’il reste à faire dans les opérations trans média. Si de notre côté nous considérons Facebook et Twitter comme des médias au même titre que les chaînes de radio ou de télévision, ce n’est pas le cas de la loi, et ces services ne sont d’ailleurs pas assujettis aux lois et aux règles qui régissent les chaînes de télévision ou les groupes de presse. Cette affaire montre cependant que les usages ont changé depuis 1992 – merci Captain Obvious – et qu’à ce titre, une réflexion devra certainement être menée afin de modifier la loi dans un sens ou dans un autre. En attendant, et au risque de paraître injuste, stupide ou arriérée, la loi reste la loi : elle doit donner un cadre général, être la même pour tout le monde, et non suivre des modes qui auront probablement disparu dans 5 ans.

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