Machine à écrire japonaise, 1930

Et si on se donnait un mois pour écrire un roman ?

Chaque année, novembre marque l’arrivée du National Novel Writing Month, un challenge au cours duquel plus de 300000 écrivains tentent d’arriver au bout du premier jet d’un roman d’au moins 50000 mots en 30 jours.

2013 a marqué ma quatrième victoire en autant de participations (voir à ce sujet mes articles de 2010, 2011 et 2012), et comme chaque année, j’ai beaucoup appris de ces 30 jours d’abandon littéraire.

À bien des points de vue, ce NaNoWriMo a été de loin le pire de tous. Même si mon profil arbore de justesse le macaron du vainqueur, je ne trouve aucune raison de m’en satisfaire : participer à un défi implique des challenges, des difficultés et des victoires, mêmes petites. Aucun d’entre eux ne sont venus marquer les 50000 mots que j’ai soumis au word count officiel dans la soirée du 30 novembre.

50000 mots ne sont plus un challenge

Quand votre principal challenge est d’arriver au bout d’un défi que vous vous lancez pour la première fois de votre vie – quel qu’il soit – et que vous vous rendez-compte que vous vous êtes mis une pression pas possible pour pas grand chose, vous commencez à l’envisager différemment.

Cela fait 3 ans que j’ai compris que je pouvais facilement tenir bien plus que le rythme minimum de 1667 mots par jour requis pour terminer le NaNoWriMo, et deux ans que je me sais capable de poser le point final à mon manuscrit. Ni l’un ni l’autre ne m’apportent plus aucune satisfaction, et je vais devoir trouver de nouveaux défis si je veux continuer à participer au NaNoWriMo.

Peut-être que le plus difficile sera de reprendre mon manuscrit de 2010 pour l’amener à quelque chose si ce n’est de publiable, au moins de lisible.

Mon roman m’a fait chier

Je ne m’étais pas autant ennuyé à écrire quelque chose depuis mon mémoire de fin d’études à Sciences Po, en 2001 (mémoire que j’ai été dispensé de terminer, mais ça c’est une autre histoire).

Mon synopsis n’était pas dénué d’intérêt, c’est du moins ce que je pensais avant de plonger dedans sans me préparer ni me documenter. Le fil rouge des questions existentielles que se pose mon personnage principal amnésique, à savoir s’il veut retrouver son identité première, au risque d’être déçu permettait de donner du corps à l’histoire au delà du scénario. Chose amusante, c’est le premier personnage qui survit à un de mes romans, et le seul qui me ressemble aussi peu. D’un point de vue personnel, c’est une excellente chose, mais ça donne quelqu’un d’une platitude à pleurer.

Finalement, ma réécriture Cyberpunk d’Alice Au Pays des Merveilles, aussi noire fut-elle, avait au moins le mérite de sortir de l’ordinaire.

La communauté… c’est plus ça

Mes deux premiers NaNoWriMo, je m’étais énormément appuyé sur la communauté pour trouver la motivation nécessaire à traverser le mois de novembre, avant de passer 2012 dans mon coin pour mieux revenir cette année.

La communauté a énormément changé. Elle a grossi (un peu), et elle s’est organisée (beaucoup), en tout cas beaucoup trop pour moi. Le côté “à l’arrache” qui m’avait tant plus est bel et bien derrière moi : les write ins, ces rassemblements durant lesquels nous écrivons sont maintenant planifiés près d’un mois à l’avance, et il faut s’y inscrire pour avoir de la place. Ce ne sont plus les rencontres improvisées quelques heures à l’avance dans des cafés ou des salons de thé que j’ai connu, et à moins de les faire en privé, la communauté a atteint une taille critique au delà de laquelle ce n’est plus possible. Je ne dis pas que c’est mal, mais simplement que ce n’est plus pour moi.

La population du canal IRC sur lequel nous discutons habituellement a explosé, et il faut attendre des heures avancées (ou particulièrement matinales) pour arriver à s’entendre. La seule solution est de s’exiler par petits groupes d’affinités sur des canaux parallèle, et si j’ai pu retrouver des personnes que j’apprécie, l’ambiance n’est clairement plus la même, et le rapport écriture / bruit a été ridicule.

Le nombre de haters a également explosé, qui estiment que le NaNoWriMo doit être ceci ou cela, et se déchainent particulièrement sur ceux qu’ils estiment écrire trop vite. Oui j’ai fait la moitié de mon NaNoWriMo en un jour et demi, et alors ?

Rajouter à cela que plusieurs personnes que j’affectionne et qui illuminaient mes soirées d’écriture s’en sont allées sous d’autres cieux terminera ce tableau peut-être un peu plus noir qu’il ne le devrait, mais assez proche de ce que je ressens, la nostalgie n’aidant pas.

Au moment de mettre le point final de ce compte-rendu 2013, je me rends compte que ce NaNoWriMo m’a peut-être été plus bénéfique qu’il n’y parait. En ce début du mois de décembre, j’ai la quasi certitude d’avoir dépassé ce pour quoi le NaNoWriMo a été créé : permettre à des gens que l’écriture d’un roman effraie d’avoir un cadre défini dans le temps pour arriver au bout du challenge. Pour reprendre une vieille private joke, c’est pas toi, c’est moi.

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