De tous les mois de l’année, novembre mérite amplement la palme du plus utile et du plus déprimant. Avec ses atermoiements incessants entre grisaille humide insupportable, froid pas encore assez polaire pour attirer les neiges hivernales, la nostalgie de l’été indien disparu et ses tapis de feuilles mortes qui rendent les pavés de Poissy plus glissants qu’une flaque de vomi à la sortie d’un bar de troisième zone, il faut bien le reconnaitre, novembre ne sert à rien. Certains essaient d’y échapper en se noyant dans l’alcool, d’autres renversèrent le communisme – o tempora o mores – je préfère me plonger dans l’écriture durant les 30 jours que durent le NaNoWrimo.

Retour sur la genèse d’un roman qui ne paraitra probablement jamais.

Vainqueur du NanoWrimo 2012

Le National Novel Writing Month est un marathon d’écriture au cours duquel les 300000 participants doivent écrire un roman d’au moins 50.000 mots, c’est à dire environ les 170 pages du Brave New World d’Huxley. Le but n’est pas tant la qualité que la quantité, l’important étant de parvenir aux 50.000 mots, accessoirement de terminer le premier jet de son manuscrit pour une reprise ultérieure. Cette troisième participation, très différente des autres années, se solde par une troisième victoire (131400 mots), et la réussite de tous les challenge que je m’étais fixés.

Avoue qu’thème ça

Contrairement aux apparences, je ne passe pas mon année à préparer le NaNoWrimo, même si le thème de cette année m’est venu à l’esprit dès le mois de décembre. Ces onze mois m’ont donnée tout le temps de me préparer à changer complètement de style et de sujet le 20 octobre, passant d’une romance avec un poil de fantastique à un thriller / roman d’espionnage :

Aix La Chapelle, à la fin du XIIIème siècle : un groupe de femmes quitte secrètement la ville emportant avec elle un coffret apporté de Rome par un cavalier du pape. Après un voyage qui verra la mort d’une grande part d’entre elles, les survivantes enterrent le coffret, puis se suicide emportant leur secret dans la tombe.

Paris, 2012 : un ancien des services secrets doué d’un don pour rapprocher des événements à priori sans aucun rapport apparent est chargé par une mystérieuse organisation (secrète, cela va sans dire) de retrouver un coffret disparu depuis plus de 800 ans. À l’intérieur, les preuves d’une machination politique dont la révélation pourrait changer le monde dans lequel nous vivons. Mais ce serait sans compter une mystérieuse organisation (secrètes elle aussi, cela va sans dire) qui veille depuis plus de huit siècles à ce que certains secrets ne soient jamais révélés.

Rien ne sert de partir à point, il faut aller le plus vite possible

Une dizaine de jours pour préparer un roman de près de 500 pages, c’est peu, surtout avec la charge de travail que j’ai depuis le mois d’août, mais ce n’est pas impossible. C’est là que mon passé de rôliste invétéré m’a enfin servi à quelque-chose.

Le scénario

Une fois les grandes lignes tracées, il ne reste qu’à découper l’histoire en chapitres, et les chapitres en scènes. Ce n’est évidemment pas obligatoire, d’ailleurs certains n’aiment pas ça, mais cela permet de mettre en place les principaux événements de l’histoire afin de se concentrer sur l’écriture, et d’éviter bien des incohérences.

Cette année encore, je suis parti sur un découpage en alternant trois récits en apparence distincts, qui ont fini par se rejoindre à la fin. J’ai piqué ce style narratif à William Gibson sans vergogne aucune, et je fonctionne pratiquement toujours de cette manière.

Le premier suit le héros de l’histoire principale dans sa recherche du coffret à partir d’une série de recherches dans des banques d’informations, et les première embuches tendues par divers antagonistes.

Le second suit l’organisation antagoniste depuis son réveil après des siècles de sommeil jusqu’aux premières confrontations avec le héros. Dès lors, les deux récits se mélangent, même si l’alternance des points de vue demeure.Le troisième se déroule au XIIIème siècle et raconte les prémices de l’histoire, en alternant les points de vue entre la cour papale, le périple qui conduira à la disparition du coffret, les ambitions territoriales et politiques de Philippe le Bel, et l’apogée puis le déclin des califats Omeyyades et Abbassides. Elle permet de comprendre les racines de l’histoire.

Chaque récit est entrecoupé de flashbacks qui permettent d’affiner l’histoire et les personnages.

Création des personnages principaux

Pour les personnages principaux, j’établis une fiche de background très complète, proche de mes fiches de personnages de jeux de rôle : description physique, caractère, compétences… J’y ajoute son histoire (10 dernières années), les antécédents familiaux, les principaux proches, et pour finir, les relations avec les autres personnages de l’histoire. Cela fait environ une feuille recto-verso.

Les personnages secondaires (PNJ) n’ont pas besoin d’être aussi fouillés. Outre la description physique, le caractère et les informations relatives à leur rôle, cinq ou six lignes de background suffisent. Là encore les relations avec les autres personnages sont importantes.

Les personnages secondaires mineurs (PNJM) n’ont pas besoin de plus d’une description physique et de deux lignes sur leur rôle. Ils ont généralement une ou deux interactions avec les personnages principaux, ou accompagnent les personnages secondaires.

Remplissage, parce qu’il faut faire du chiffre

50.000 mots en 30 jours, cela peut paraitre beaucoup, 131876 encore plus. Sachant qu’il s’agit d’un premier jet, il faut avoir conscience que les 2/3 du manuscrit seront supprimés ou remplacés. D’où l’utilisation de quelques techniques de remplissage.

Le flashback est la plus simple et la plus efficace des techniques de remplissage. Non content d’ajouter des mots à foison, il permet d’ajouter une histoire dans l’histoire, d’épaissir les personnages parfois un peu trop inconsistants. Il est facile de gagner une bonne dizaine de milliers de mots rien qu’avec des flashbacks qui ne servent à rien.

Les dialogues sans fin sont une autre manière de gagner des mots à peu de frais. Éliminés à la relecture, ils permettent toutefois de faire avancer l’histoire en y rajoutant des détails, d’affiner le background des personnages, ou de faire démarrer une histoire annexe.

Le rapporteur est, avec le flashback, une de mes techniques de remplissage favorites. Il s’agit tout simplement de faire rapporter une scène déjà décrite, des événements avec ou sans lien avec l’histoire principale, d’expliquer quelque chose… En fonction du contexte, cela pourra être un personnage racontant la scène à un autre, un extrait de journal ou de livre, une émission de télévision…

Recherches historique

Afin de donner une consistance au récit, je me suis basé sur des événements historiques s’étant réellement déroulés. Je les ai ensuite reliés par des éléments de fiction plausibles. Je me suis inspiré en cela du travail effectué par Tim Powers pour Declare (et pour tous ses autres romans).

J’ai en revanche manqué de temps pour vraiment ficeler le background historique, et ce serait la première chose à laquelle je m’attellerais si je devais reprendre ce manuscrit.

Outils d’écriture

J’ai abandonné la combinaison Scrivener + OMMWriter qui m’avait plutôt bien réussi l’année dernière pour la nouvelle stack d’outils que j’ai commencé à mettre en place depuis la rentrée 2012. Scrivener est un logiciel génial, mais dispose de beaucoup trop de fonctionnalités, et j’aime les outils qui ne font qu’une seule chose, mais la font bien.

Ma stack d’écriture (et de documentation en général) repose sur la combinaison d’un projet Textmate (en alternance avec SublimeText 2), avec un wiki Github. J’utilise une page par chapitre avec la syntaxe Markdown pour la mise en forme, et je profite de Git pour en gérer les différentes versions.

Déroulement du mois de novembre

En 2010, j’avais terminé mes 50000 mots en 19 jours, aux forceps, avec une peur panique d’échouer. Je n’avais ensuite plus touché à mon manuscrit du mois de novembre, et je ne l’ai jamais terminé.

En 2011, j’ai fini le NaNoWrimo en 9 jours, passé 10 jours sans écrire, puis j’ai terminé mon récit durant la dernière semaine.

Les deux fois, je m’étais énormément appuyé sur la communauté française, notamment en participant à des séances d’écriture en groupe, afin de réussir à passer le cap des 50000 mots. Cette communauté est géniale, mais prend énormément de temps pour peur que l’on veuille s’y investir un peu.

2012 à été très différente, puisque j’ai passé le mois de novembre à écrire dans mon coin, quasiment exclusivement durant mes deux fois cinquante minutes de RER quotidien, et la première semaine en profitant de l’absence de ma famille.

Cette année, je m’étais donné deux objectifs

Le premier était de ne pas tuer mon personnage principal, de créer un héros que j’aurais envie de réutiliser, et accessoirement de ne pas tomber dans le semi clochard dépressif alcoolique et drogué. C’est chose faite.

Le second était de ne pas me focaliser sur le nombre de mots. Résultat, je suis ne suis pas plus capable de vous dire combien de mots j’écrivais durant chaque séance dans le RER qu’à quel moment j’ai passé le cap des 50000 mots. J’ai d’ailleurs été le premier surpris de la longueur de mon manuscrit le jour où je l’ai soumis à la validation.

Travailler seul dans mon coin m’a permis de me concentrer sur l’écriture, le récit et la cohérence des personnages, en oubliant l’obsession du compteur. Résultat, j’ai explosé toutes mes statistiques, et produit quelque chose de presque réutilisable, mais qui ne sortira jamais de mon disque dur. Cela devrait également m’éviter le nano blues que je me mange chaque année en pleine figure.

Je pense que mon défi de l’an prochain sera de pousser mon manuscrit jusqu’à sortir quelque chose de publiable, mais pour l’instant, je vais me concentrer sur la préparation de LeWeb qui arrive la semaine prochaine.

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