Alors que la bataille entre Apple et Adobe fait rage, les uns reprochant au premier de s’être tiré une balle dans le pied en négligeant volontairement la firme à la pomme en 1996, et les autres sa volonté maniaque de tout contrôler sur leurs plates-formes, Opera Mini débarque – enfin – sur iPhone, mettant fin à l’hégémonie sans partage de Safari.

Mettre les navigateurs en concurrence, c’est bien, surtout quand le monopole est détenu par un mauvais navigateur. Ce n’est pourtant pas le cas de Safari, et sur iPhone, Opera Mini s’attaque à du lourd. Sera-t-il capable de concurrencer un Safari Mobile simple, rapide et extrêmement efficace ? C’est ce que je vous propose de découvrir sans plus attendre après une page de publicité.

Prise en main

Ça commence mal : le premier lancement d’Opera Mini est désespérant de lenteur. Le navigateur affiche une page blanche pendant une dizaine de secondes, le spinner placé en haut à gauche de l’écran servant d’électro encéphalogramme – plat – au navigateur. Opera finit par charger un mode d’emploi simple et assez bien fait sur la manière de l’utiliser. On aurait préféré le voir à la place de la page blanche précédente, qu’au moins cette attente ait servi à quelque chose.

Opera mini iPhone : mode d'emploi

Une fois passé ce guide d’utilisation, l’utilisateur entre enfin dans le vif du sujet, avec le fameux speed dial qui donne accès à vos raccourcis favoris en un clic. Fort pratique, et je me demande toujours pourquoi Safari Mobile ne propose pas la même fonctionnalité, pourtant standard depuis Safari 4.

Navigation

La saisie d’une URL est assez curieuse, la barre d’adresse étant pré remplie avec le préfix www. Tous les sites n’en disposent pas, et je ne parle même pas des sous-domaines. C’est donc un parti pris un peu curieux pour l’utilisateur qui dispose heureusement d’un bouton de remise à zéro. À la limite de la stupidité, la sélection d’URL se fait en deux clics : une fois pour sélectionner l’URL dans l’historique, et une fois pour valider. Heureusement que les utilisateurs normaux n’utilisent plus les URL depuis longtemps.

Le suivi du chargement de la page se fait grâce à une classique barre de progression qui vient remplir la zone de saisie d’URL. Malheureusement, en cas de connexion très lente, sans le spinner d’attente traditionnel, impossible pour l’utilisateur de savoir ce qu’il se passe.

Le rendu des sites en mode dézoomé est un peu brouillon. Je ne sais pas si cela vient du moteur d’Opera ou d’une mauvaise adaptation à iPhone. Quoi qu’il en soit, la différence avec Safari est flagrante. Les deux captures d’écran mises côte à côte montrent une occupation de l’espace moins évidente côté Opera que Safari, choix un peu curieux sur un terminal mobile sur lequel chaque pixel compte.

Opera Mini iPhone : comparatif avec Safari

Le passage en mode paysage n’est pas très bien géré lui non-plus, et il me faut zoomer puis dézoomer pour revenir en plein écran. Une fois encore, le rendu est un peu curieux. Je ne sais pas si ça vient de ma CSS ou d’Opera Mini, mais mon header est complètement en vrac, y compris en taille réelle.

Opera Mini iPhone : le resize est un peu douteux

L’accès aux onglets des différentes pages est intéressant, mais je ne comprends pas pourquoi ils n’ont pas pris le parti d’afficher une vue de la page sur tout l’écran au lieu d’une pauvre icône pas toujours lisible.

Opera Mini iPhone : les onglets

La barre de recherche propose de changer de moteur de recherche à la volée. Le choix est varié : Google, Allociné, Amazon, eBay et certainement d’autres… mais il m’est impossible d’utiliser le menu déroulant pour les faire défiler. En mode portrait, l’utilisateur est limité aux quatre premiers, en mode paysage c’est pire puisqu’il doit se contenter du seul Google.

Opera Mini : les moteurs de recherche

La barre d’outils n’est, elle non plus, pas très heureuse. En dehors des settings, et, à la limite, du refresh, elle ne semble pas servir à grand chose, et la navigation entre les différents éléments est plus qu’hasardeuse. Quelqu’un peut me dire pourquoi les boutons d’action des pages de configuration sont tellement discrets qu’on les croirait désactivés ?

La gestion des signets est déroutante, pour ne pas dire imbitable, et certainement pas adaptée à un terminal mobile comme l’iPhone. Il ne me faut pas moins de 5 clics pour enregistrer un favori là où il n’en faut que 3 sous Safari, et le Workflow est des plus compliqués :

Ouvrir les préférences.

Opera Mobile iPhone : les préférences

Afficher les signets. Oh, on me propose d’ajouter la page en cours dans mes favoris, ça tombe bien, c’est ce que je voulais faire.

Opera Mini iPhone : liste des favoris

Une fois n’est pas coutume, le formulaire d’ajout des signets est très bien fait. Rien à rajouter, je valide.

Opera Mini iPhone : ajouter un signet

Et voilà, signet ajouté.

Et là, le drame. Voulant supprimer un favori ajouté en double, je sweep sur l’entrée fautive, m’attendant à pouvoir l’effacer comme sur n’importe quelle application iPhone. Que dalle, on dirait qu’Opera Software se fout royalement de l’expérience utilisateur des terminaux sur lesquels ses applications sont portées.

Opera Mini iPhone : gestion des signets

Je dois repasser par la gestion des signets, cliquer sur gérer, afin de me retrouver sur une interface depuis laquelle je pourrai enfin supprimer le coupable… sans le moindre message de confirmation en cas d’erreur. À ce stade, je suis à deux doigts de balancer mon iPhone par la fenêtre.

Mais ce n’est pas le pire.

Opera Mini est lent ; monstrueusement lent. Les pages mettent trois ou quatre fois plus longtemps à charger qu’avec Safari, à site et connexion égale. Et je ne parle pas d’un accès GPRS ou 3G mais bien d’un accès WIFI avec une 20MB full duplex derrière.

OK, et après ?

Il n’est pas tous les jours facile d’être à la fois fan de Webkit et de Molly.

Autant ce matin la sortie d’Opera Mini sur mon iPhone me semblait une très bonne nouvelle, autant ce soir, je suis plus que déçu. L’expérience utilisateur est désastreusement catastrophique, la navigation laisse vraiment, et si c’était pour faire “ça”, ce n’était pas la peine de se lancer avec l’étendard de l’alternative à la tyrannie Apple. L’intégration sur iPhone est pour l’instant nulle, puisqu’il n’est pas possible d’utiliser Opera Mini afin d’ouvrir les liens par défaut. Espérons que ce sera le cas sur iPhone OS 4. De même, Opera Mini ne me permet pas d’importer mes signets depuis Safari Mobile, et je suis donc condamné à passer par Opera Link, le service de bookmarking maison via un Desktop afin d’exporter mes favoris avant de les rapatrier. Sacré gymnastique.

En l’état actuel des choses, Opera Mini n’a aucun avenir sur l’iPhone. Peut-être parce que l’iPhone n’était pas le support visé par ce lancement sur l’App Store. Il faudrait au contraire regarder du côté de l’iPad qui me semble pour l’instant plus adapté à cette interface. Je referai donc ce test une fois reçu le mien.

Pour finir sur une note positive, le speed dial propose une très intéressante fonctionnalité visant à répandre Opera Mini de manière virale : Recommander à un ami. Je risque malheureusement de ne pas l’utiliser.

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