Second volet d’un article en deux parties sur les problèmes de saturation des tuyaux de l’Internet Multimédia Convivial 2.0 que nous aimons tous. Si vous n’avez pas lu la première partie, je vous invite à le faire. J’ai découpé le billet en deux histoire de le rendre un peu moins indigeste, mais cela ne change absolument rien au contenu.

Cet article a été écrit en collaboration avec Olivier Bonhomme. À 25 ans, diplômé d’un master en Architecture des Systèmes d’Information et de Communication, Olivier a déjà participé à de nombreux projets autour des technologies satellites et des systèmes Linux embarqués pour de grands noms de l’industrie française. Il termine aujourd’hui une importante mission sur la conservation longue durée de données à très haute altitude pour le CNES.

Que va-t-il se passer ?

Au début je voulais intituler ce paragraphe « Les Solutions », mais je me suis vite ravisé. Des choses vont bien mettre mises en place, mais on peut plus parler de bricolages que de solutions, quand il ne s’agit tout simplement pas de manipulations.

En ce qui concerne les problèmes rencontrés sur les réseaux de collecte évoqués au début de cet article, les opérateurs adoptent trois types de réaction :

  • Ils en font le moins possible en réduisant les investissements en termes d’infrastructures au minimum.
  • Ils traînent la patte pour réaliser les modifications d’architecture nécessaire. C’est le cas de France Télécom, qui tarde à mettre en place de nouveaux liens sur son réseau de collecte pour des raisons logistiques.
  • Ils ne font rien afin d’inciter leurs clients à partir à la concurrence afin d’alléger leur charge réseau à moindres frais.

Au niveau des backbones des opérateurs, aucun problème de saturation n’est encore à déplorer. À l’heure actuelle, les goulets d’étranglement sont plutôt localisés à la périphérie de ces derniers, aux points d’interconnexion.

Cependant, les fournisseurs d’accès commencent à craindre que l’augmentation générale du trafic ne commence à affecter ces backbones et songent à mettre en place des mesures préventives avant d’en arriver à cette extrémité qui deviendrait tout simplement catastrophique.

C’est d’ailleurs à se demander si la saturation des liens d’interconnexion n’est pas plus ou moins provoquée. Réduire les tuyaux d’entrée du backbone permet en effet d’éviter une grosse charge de trafic sur ce dernier.

Plus concrètement, que vont faire les fournisseurs d’accès ? Faire payer aux utilisateurs leur consommation de bande passante ne semble pas envisageable. Remonter les prix de l’ADSL ne semble pas être une option plausible étant donnée la guerre des prix que se sont livrés les opérateurs pendant 3 ans. Cette option semble pourtant envisageable à termes, l’arrivée de nouvelles technologies pouvant justifier une hausse des prix. Certains fournisseurs d’accès ne semblent cependant pas suivre cette direction, à l’instar de Free qui a annoncé son offre à base de fibres optiques au même prix que les offres ADSL.

S’il semble peu envisageable de faire payer les utilisateurs, qui restera-t-il afin de régler la facture astronomique engendrée par la hausse exponentielle du trafic ? Tout simplement les fournisseurs de contenu, récemment montrés du doigt par les fournisseurs d’accès. Ceux-ci commencent en effet à envisager de se décharger de leurs frais d’infrastructure réseau sur ces tiers. Cette hypothèse a été lancée pour la première fois par Rani Assaf, un des directeurs techniques de Free, sur la liste de diffusion FrNoG dont vous pouvez retrouver une transcription sur le web.

De quelle manière obliger les fournisseurs de contenu à payer ? Aujourd’hui, tous les fournisseurs d’accès sont présents sur les points de peering sur lesquels l’interconnexion coûte très peu cher. Les fournisseurs de contenu passent également par ces points de perring afin d’atteindre les réseaux des fournisseurs d’accès grand public, que ce soit de manière directe ou indirecte. De très grandes quantités de données arrivent sur la backbone du FAI, ce qui provoque une augmentation de charge des plus conséquentes.

Certains fournisseurs d’accès commencent donc à vouloir mettre en place des interconnexions directes avec les plus gros fournisseurs de contenu. Bien évidemment payantes, ces dernières auront pour but de limiter les volumes de données échangées entre fournisseurs d’accès et fournisseurs de contenu. Beaucoup avancent l’idée que les fournisseurs d’accès vont se retirer des points de peering au cours de l’année à venir afin d’imposer cette nouvelle façon de faire, privant ainsi les fournisseurs de contenu de bonnes interconnexions à peu de frais.

Les fournisseurs d’accès pourront ainsi valider le prédicat « une bonne interconnexion avec moi vaut bien quelques euros ; dans le cas contraire, vous pouvez toujours passer par les liens de transit sous-dimensionnés » Sans vouloir entrer dans la théorie du complot, on peut voir là une autre raison de la saturation de certains liens de transit.

2007 sera certainement un tournant dans le monde de l’Internet français avec une réorganisation complète des échanges de bande passante entre les différents acteurs.

Et l’utilisateur dans tout ça ?

Comme d’habitude, il n’aura pas vraiment son mot à dire. On le voit déjà au nombre croissant de plaintes liées à des problèmes de débit, auxquelles les fournisseurs d’accès opposent de régulières fins de non recevoir.

L’autre jour, sur le canal IRC d’un hébergeur à bas prix, un client se plaignait du mal que rencontraient les utilisateurs de son service à télécharger des vidéos en raison de problèmes de débit. La seule réponse obtenue de la part d’un des responsables du service a été, citation « de mettre ses vidéos en téléchargement ailleurs ».

Ceci n’est qu’un exemple parmi tant d’autres, et surfer un peu sur Internet permet de se rendre compte qu’il ne s’agit pas d’un cas isolé.

L’utilisateur est donc soumis au bon vouloir mais surtout aux stratégies de développement des fournisseurs d’accès grand public. Beaucoup d’entreprises sont également confrontées à ces problèmes, puisqu’elles utilisent des services de ces fournisseurs d’accès, que ce soit ou non à travers une offre professionnelle.

Quelle solution reste-t-il ?

Passer par la filiale professionnelle d’un fournisseur d’accès grand public n’est pas forcément une solution judicieuse. Certes, celles-ci proposent des garanties de services moyennant un surcoût non négligeable : connexion symétrique, garantie de temps de rétablissement en 4 heures, service professionnel de messagerie, réseau VPN inter agences à débit garanti, mais les réseaux et les équipes de gestion sont les mêmes que pour les offres grand public. Par conséquent, on peut très facilement se retrouver avec les mêmes problèmes de congestion et d’absence de support qu’avec une offre grand public.

À titre d’exemple, une liaison ADSL à débit garanti 1024/256 avec temps de rétablissement en 4 heures sous peine de pénalités coûte environ 165 € HT/mois, pour les mêmes risques qu’une offre grand public.

Une solution à priori plus fiable est de s’orienter vers les petits FAI indépendants. Ces petites sociétés à taille humaine se basent sur un business model leur permettant de gagner de l’argent tout en assurant une très bonne qualité de service client. Les prix sont évidemment plus chers que chez un fournisseur d’accès grand public. Il faut compter par exemple 60 € HT pour une connexion ADSL 18Mbits/1Mbits non dégroupée simple, c’est à dire sans téléphonie, télévision ou autres services annexes.

Bien que ces FAI aient dû s’adapter afin de faire face à la concurrence des offres grand public comme la délocalisation des hotlines de niveau 1, ceux-ci parviennent à maintenir une très bonne qualité de service pour des prix raisonnables. Autre avantage, ces petits fournisseurs d’accès savent très bien gérer leur réseau et ne sont pas soumis aux problèmes de saturation évoqués dans cet article. Ces fournisseurs d’accès ont peu de chances d’être un jour soumis au régime d’interconnexion payante que veulent mettre en place les fournisseurs grand public tant leur trafic réseau est faible. Les statistiques publiques du FAI Nerim sont le meilleur moyen de s’en rendre compte.

Conclusion

La démocratisation et la généralisation d’Internet dans les foyers français, et la croissance exponentielle de la consommation de bande passante provoquent de grands changements au niveau des fournisseurs d’accès plus ou moins favorable à l’utilisateur. Cependant ce dernier dispose encore d’un atout principal qu’est le choix, choix que l’on peut espérer leur voir conserver au vu des nouvelles offres à venir.

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