Oradour sur Glane

À l’ancienne, quand les blogs généraient des conversations, je réponds à Stephanie Booth qui prend position contre la fermeture d’un blog, au profit d’un abandon, quitte à le reprendre plus tard

À quoi bon fermer son blog ? Il vaut mieux le laisser à l’abandon, quitte à y revenir quand l’envie reprend.

Ça fait maintenant plus de 10 ans que je blogue, que ce soit de manière personnelle ou professionnelle. Avant les blogs, à la fin des années 90, j’ai tenu un journal en lignes de mes randonnées à roller ; pas vraiment le même format, mais une démarche un peu similaire. Mon rythme de publication est malheureusement très irrégulier : il m’est arrivé d’écrire 5 articles par jour, puis de ne plus rien publier pendant des mois.

Mais surtout, fermer son blog, je connais bien ; j’ai même construit celui-ci sur les ruines d’un cimetière indien.

Ces dix dernière années, j’ai supprimé trois fois mon blog personnel. La première fois en 2004, parce que ce qu’un billet avait causé un mini scandale dans mon entourage immédiat ; la seconde fois en 2008 pour tourner la page, au moins à mes yeux mais c’était plus important que de tout faire disparaître d’archive.org ; la troisième, enfin, en 2012 parce que ce que j’avais écrit à ce moment là n’avait plus aucun intérêt.

Cool URIs don’t change (Tim Berners-Lee’s). À fortiori, elles en ont encore moins de raisons de disparaître, au moins en théorie.

En pratique, c’est très différent, parce que le Web n’a pas la notion du temps.

Les contenus sur Internet ne sont pas éternels (lire à ce sujet le mémoire de fin d’études de Syphaïwong Bay sur les déchets numériques). Certains deviennent obsolètes en eux-même, sans que leur auteur les reprenne pour le signaler, d’autres présentent un décalage avec l’évolution de leur auteur. Dans les deux cas, ces documents sont facilement trouvables sur le Web, et les moteurs de recherche ne font pas la différence entre ce qui est d’actualité, et ce qui ne l’est plus (ah, l’utopie du droit à l’oubli).

En cela, je comprends tout à fait pourquoi certaines personnes décident de supprimer le contenu de leur blog, plutôt que le laisser moisir sur la toile. Même quand on publie un blog technologique comme celui, bloguer garde une dimension intime et personnelle importante. Laisser un blog à l’abandon, c’est accepter de laisser son soi numérique geler dans la carbonite. On n’évolue plus, le temps s’arrête, et en ce sens, c’est presque une première mort.

Revenir sur un blog qu’on n’a plus alimenté depuis des années est en cela très déroutant, et pour soi, et pour les autres.

Je ne sais pas si vous avez déjà visité une ville dont les habitants sont partis précipitamment. La sensation qui en découle est saisissante : on a tout simplement l’impression que le temps s’est arrêté.

C’est un peu pareil avec un blog laissé à l’abandon. Ce n’est pas l’auteur tel qu’il est aujourd’hui que le visiteur va découvrir, mais celui qu’il était il y a 2, 3, 4 ou 5 ans. Pour peu que vous ayez beaucoup changé entre temps, et pour peu que cette personne recherche des informations à votre sujet, par exemple dans le cadre d’une embauche, et l’image renvoyée pourra être faussée.

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