Si les CV bidons, les expériences inventées de toutes pièces et les descriptions de postes imaginaires peuvent durablement discréditer un candidat bien au delà du bureau du recruteur qui le subit, les annonces fantaisistes risquent tout aussi bien de décrédibiliser une société pour longtemps, et, bouche à oreille aidant, de manière beaucoup plus durable que le premier.

J’ai reçu l’autre jour une offre envoyée par une chargée de recrutement avec laquelle j’ai travaillé dans de très bonnes conditions il y a quelques année. Non contente d’être particulièrement vague, la description de poste exigeait un développeur Ruby on Rails justifiant d’au moins 5 ans d’expérience. Il y a là comme qui dirait du foutage de gueule.

Je veux bien croire qu’un développeur passe 5 ans de sa vie sur une même technologie. Celle-ci évolue (normalement), se renouvelle (en théorie), et l’intérêt pour cette dernière peut donc rester le même durant des années. Un seul point noir dans tout ça : la première version publique de Ruby on Rails est sortie le 24 juillet 2005, et la première version stable le 13 décembre de la même année. Le manque de documentation française aidant, je dirais que ses premières utilisations en production dans une entreprise française datent au mieux de mi 2006. Même avec la meilleure volonté du monde, et à moins d’un bon dérèglement du continuum espace temps, il me semble particulièrement difficile de justifier de 5 ans de pratique de Ruby on Rails.

À qui la faute ?

Si cet exemple, bien réel, peut sembler un peu extrême, il est pourtant loin d’être isolé, et la faute repose parfois sur plusieurs intervenants du cycle de recrutement.

Cela peut venir du département des ressources humaines du donneur d’ordres, qui rédige ses annonces en fonction d’une grille de recrutement sans vérifier son adéquation aux réalités du marché. Dans ce cas, le recruteur est tout aussi fautif, qu’il n’applique pas son devoir de conseil, ou qu’il ne connaisse pas le marché auquel il s’attaque. J’ai connu des commerciaux de SSII qui se vantaient de ne pas comprendre le quart de ce qu’ils disaient à leurs interlocuteurs tout en réussissant à vendre tout de même.

Cela peut également venir du recruteur, qui rajoutera systématiquement un à deux ans d’expérience aux exigences du client afin de placer le meilleur candidat, pour un poste ou une mission sous qualifiée, mais évidemment à salaire égal, que voulez-vous mon bon monsieur, c’est la crise.

L’origine de la faute importe peu. Elle démontre de la part de nombreux recruteurs – ce n’est qu’un exemple parmi d’autres de ce qui échoue régulièrement dans ma boite mail – une méconnaissance du marché et un mépris flagrant pour les candidats. Ces personnes là ayant tendance à poster leurs annonces sur des job boards techniques, inutile de craindre pour leur crédibilité, laquelle explosera en plein vol à mesure que la nouvelle se répandra sur la toile, entraînant dans sa chute la réputation d’autres professionnels un peu plus consciencieux.

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