L'amour de la lecture

Je m’étais promis de ne pas faire d’article à propos de Noël, des fêtes de fin d’année, ou de ma liste au père Noël. J’ai changé d’avis.

Quand j’étais petit j’étais un abruti, maintenant que j’suis grand, j’suis toujours aussi gland, le 25 décembre, quelque livres sagement posée à côté de mes souliers côtoyaient les piles de jouets que nous attendions avec impatience depuis la sortie des premiers catalogues de jouets, quelque part aux alentours du 15 novembre.

À mesure que nous grandissions, les jouets disparaissaient au profit de tristes enveloppes contenant de quoi réaliser quelques uns de nos projets les moins ambitieux. La pile de livres, elle, restait. J’y ai découvert quelques uns des ouvrages qui m’ont le plus marqué : Neuromancer, Jonathan Livingston the Seagull, et bien d’autres encore.

Année après année, les livres se sont faits plus rares, remplacés par des CDs ou autres offrandes à la technologie galopante, souvent avec un ou deux trains de retard quand j’avais depuis longtemps numérisé ma collection musicale pour la faire tenir sur mon iPod.

Et puis, un jour, j’ai eu mon premier enfant. Étudiants tous les deux, nous n’avions pas un rond – appelons un chat un chat – mais nous avons toujours eu pour principe de ne jamais le laisser à cours de livres. Nous l’emmenions à la bibliothèque, et passions même nos samedis dans une librairie spécialisée, journées passées avec des habitués qui aiment lire, et étaient prêts à répondre à ses questions chaque fois plus nombreuses. Alors en grande maternelle, il a fini d’apprendre à lire sur les 4ème de couverture de mes livres de science fiction.

Le petit a grandi, et arriva ce qui devait arriver : comme moi au même âge, il est devenu accro à la lecture, lisant un peu plus tous les jours, et de plus en plus vite. Rapidement, les aller-retours hebdomadaires à la médiathèque municipale ne suffirent plus, il aurait fallu y aller trois fois par semaine.

Malgré le sentiment un peu honteux qui m’étreint chaque fois que j’ouvre un livre électronique, j’ai décidé de lui offrir un Kindle pour son 9ème anniversaire. C’était une erreur : j’aurais du l’année dernière, ça m’aurait évité de passer l’année à lui tendre un vieil exemplaire du code civil chaque fois qu’il venait me voir en me demandant : “Qu’est-ce que je peux lire”.

Je l’ai chargé avec des romans de son âge, ceux que j’ai aimé, et des plus récents. Et j’y ai mis des livres pour adultes que j’avais déjà lus à son âge, et que j’avais adorés : Le Pion Blanc des Présages, Fondation…

J’ai eu pas mal de réactions sceptiques dans mon entourage. Certains pensaient qu’il était trop jeune pour un tel “jouet”. D’autres pensaient au regard de ses petits camarades de CM2 – les enfants, allez savoir pourquoi, aiment de moins en moins lire, ou alors c’est nous qui étions spéciaux – quand il expliquerait qu’il avait eu un livre électronique pour ses 9 ans… et plusieurs autres ayant trait à l’amour des livres, difficile à découvrir avec un Kindle.

J’ai commencé à douter, de la pertinence de mon choix, du fait que ça lui ferait plaisir, à me demander si je ne lui mettais pas trop la pression, si je ne cherchais pas trop à le former à mon image, et si je n’aurais pas du lui acheter la super arène Beyblade pour jouer avec ses copains.

Je suis finalement resté sur mon idée initiale, et le 30 novembre est arrivé. Je ne vous raconte pas la claque quand j’ai réalisé que mon bébé allait avoir 9 ans, allait passer en 6ème à la fin de l’été prochain, et commencerait probablement bientôt à nous parler de raquette de tennis à forte poitrine.

Il a ouvert son cadeau, l’a regardé un instant, interloqué, puis il a compris. Et j’ai vu son visage s’illuminer comme je ne l’avais pas vu depuis bien longtemps. Nous avons téléchargé ensemble les livres que j’avais sélectionnés, et je l’ai laissé découvrir son nouveau jouet. Contrairement à ce à quoi je m’attendais, il ne s’est pas jeté sur un roman d’aventures. Au lieu de cela, il a RTFM de la première à la dernière page.

Ce que j’espérais qu’il arrive arriva : il ne le quitte plus : à la maison, dans la voiture… il avale entre 50 et 100 pages les jours d’école, près de 300 pendant les week-end, et je ne l’entends plus jamais se plaindre de devoir relire vingt fois des livres qu’il a déjà lus faute de matière.

Le 25 décembre, tradition oblige, une pile de livres côtoiera ses jouets au pied du sapin. Parce que donner l’amour de la lecture, c’est aussi transmettre l’amour des livres.

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