Vendredi dernier, j’ai eu la chance de pouvoir rencontrer Bertrand Piccard et André Borschberg, figures emblématiques de l’aventure Solar Impulse autour d’un petit déjeuner organisé à l’occasion du salon du Bourget. Chance à double titre, d’abord parce que leur emploi du temps de ministre les rend difficiles à retenir, ensuite parce qu’après avoir approché un pape, deux présidents de la République, un ancien premier ministre, et d’autres personnages de cet ordre, rencontrer des Grands qui, pour paraphraser St Exupéry, font de leur monde un rêve et de ce rêve une réalité reste une expérience absolue, une des rares choses pour lesquelles j’ai encore du mal à faire mon connard blasé. Point, vous pouvez respirer.

Je vous mentirais en disant que l’aviation est ma grande passion. Durant des années les voyages en avion ont signifié pour l’enfant que j’étais le début et la fin des vacances, ces heures interminables passées sur un siège à attendre les non moins interminables escales à Zurich ou Genève, et les énormes pièces en chocolat des hôtesses de la Swissair sur les vols à destination de Paris, Jeddah, ou d’autres destinations plus exotiques. Les trains, au contraire, m’ont toujours fasciné tant chaque traverse, chaque cailloux du ballaste raconte d’une manière si magnifique l’aventure humaine de ces deux derniers siècles. Mon côté Nouvelle Histoire qui ressort, probablement.

Je ferai pourtant une exception pour Solar Impusle. D’abord parce qu’il s’agit d’une de ces aventures scientifiques que n’aurait pas renié un Jules Verne ou un Wells, dans laquelle l’esprit des pionniers se mêle à la rigueur scientifique. Un avion à énergie solaire qui vole aussi bien de jour que de nuit, il n’en fallait pas plus pour émerveiller le grand rêveur féru aussi bien de science que de fiction que je suis, d’autant qu’il ne s’agit plus d’un projet un peu fou mais bien d’une réalité que vous avez peut-être croisée dans le ciel entre Lausanne, Bruxelles et Paris.

Ensuite parce qu’il ne s’agit pas d’une énième lubie écolo idéaliste il faut tout faire péter, retournons à l’Âge de Pierre élever des moutons dans le Larzac en faisant table rase de l’existant. Solar Impulse veut montrer que l’on peut diversifier ses sources d’énergie, réduire notre dépendance aux énergies fossiles, et cesser de vivre à crédit, même si, pour des domaines comme l’aviation, cela prendra du temps, beaucoup de temps. Il a fallu 25 ans entre le premier vol en avion et la traversé de l’Atlantique par Lindberg, puis encore 25 ans pour transporter 100 passagers dans un même avion. Peut-être faudra-t-il encore 25 ou 30 ans avant de faire un avion commercial à énergie solaire, mais ce n’est pas le plus important. L’aviation représente seulement 3% des émissions de CO2 dans l’atmosphère, ce qui signifie qu’il y a déjà du boulot pour réduire les 97% restant en utilisant les ressources à notre disposition : isolation, chauffage à pompe à chaleur, voitures hybrides…

Solar Impulse, enfin, a quelque-chose du mythe d’Icare, et il est effectivement difficile de ne pas rêver devant HB-SIA s’élevant face au soleil couchant. Comme Icare et Dédale, Bertrand Piccard, André Borschberg et l’équipe de Solar Impulse veulent se libérer du labyrinthe qui les retient prisonniers – les énergies fossiles – et comme eux ils ont choisi la voie des airs. En leur souhaitant de ne pas s’y brûler les plumes, on ne peut que saluer l’immensité de ce projet devenu concret et ces gens qui ont fait de leur vie un rêve et de ce rêve une réalité.

Remerciements : Stephanie Booth pour avoir organisé cet événement, Ela Borschberg pour son accueil et sa gentillesse, et évidemment Bertrand Piccard, André Borschberg pour leur disponibilité.

Bertrant Piccard

André Borschberg

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