L'âge d'or du blogging

Je remets en forme, et de manière un peu plus rationnelle mes réflexions matinales publiées sur Twitter à propos du format RSS, de l’agrégation et de la manière dont ils ont vécu et sont morts.

Le destin du RSS m’attriste. Toutes les technologies passent par une phase d’obsolescence avant de disparaitre, mais RSS est tout particulièrement lié à un certain “âge d’or” du blogging, il y a 10 ans, période durant laquelle j’ai été particulièrement actif. Nostalgie quand tu nous tiens.

Sur l’âge d’or du RSS

Au tout début, les lecteurs de flux RSS étaient catastrophiques. En 2003, Bastien avait monté une page Web (très moche) qui affichait un lien vers les 10 derniers posts de ses blogs favoris en utilisant la librairie Magpie RSS. C’était moche, peu pratique, mais ça a été ma première expérience d’agrégation. Puis sont arrivés Liferea, Bloglines, Netvibes, et finalement Google Reader.

Bloglines s’est rapidement écroulé sous son propre poids. Aucun lecteur n’était capable de supporter plusieurs dizaines, voire centaines de flux sans devenir inutilisable. Google Reader est venu résoudre ce problème tout en apportant de la valeur à la syndication: partage, suggestion…

Avec les années, l’expérience utilisateur du RSS est devenue indissociable de Google Reader. Tuer Google Reader est revenu à enterrer le RSS. Le fait que Google Reader ait sauvé le RSS avant de l’enterrer est d’une ironie mordante.

Je me rappelle d’une époque où la majorité des sites offraient trois formats d’agrégation : RSS, RDF et Atom. Tout ça a été remplacé par un lien vers Feedburner. Feedburner a été un grand pas pour le RSS : en transformant une technologie en service, il lui a donné ses lettres de maturité.

RSS est un des très rares cas où l’open source n’a pas été une économie de substitution, parce qu’il s’agissait d’implémenter un format ouvert et libre.

Grandeur et décadence du blogging

Je me rends compte que la plupart des gens qui ont à la fois la plume, la connaissance de leur domaine d’intervention et l’esprit d’analyse pour écrire des articles à la fois intéressants et profonds gâchent leur talent à faire du “content marketing”, autrement dit du spam.

Contrairement à ce que j’ai pu penser (et dire) à une époque, Twitter n’est pas responsable de la mort du RSS. Twitter est venu apporter une solution à un problème : à partir du moment où Google a favorisé les sites fréquemment mis à jour, et à partir du moment où les blogs sont remontés dans Google News, de nombreux sites autrefois intéressants ont publié de la merde dans une course à la quantité. Twitter a permis de servir de filtre à ces contenus.

Des sites comme Technorati ou la suggestion de Google Reader ont beaucoup fait à la fois pour faire découvrir des blogs et pour créer une hiérarchie qui a fini par tuer le système de suggestion.

La professionnalisation du blogging a eu un effet pervers : la majorité des blogs a cherché à se construire une audience en se spécialisant au lieu de publier ce qui passait par la tête de leur auteur. Boing Boing est un cas à part de “on publie ce dont on a envie de parler, et ça plait à nos lecteurs”. Il y a dix ans, je mêlais allègrement 3615 ma vie, réflexions politiques ou sur l’actualité, (auto) fiction et billets technologiques. Puis j’ai séparé les deux afin de présenter une vitrine plus “pro”. Est-ce que je le regrette ? Oui et non : me spécialiser m’a désappris à écrire parce que j’ai voulu devenir plus efficace. J’écrivais beaucoup mieux avant.

Sur la mort du RSS

J’ai cessé d’utiliser le RSS il y a presque quatre ans quand je me suis rendu compte que je consacrais la majorité de mon temps à virer les articles inintéressants. Avec Twitter, je laisse les gens que je suis faire le travail pour moi. Résultat, j’ai du temps pour faire ou lire plus de choses, même si je passe parfois à côté de quelques pépites.

RSS en tant que format a trois problèmes majeurs :

  • C’est du XML.
  • Il était impossible de monétiser le RSS en tant que technologie. Les agrégateurs payants ont fait long feu face à Google Reader.
  • Le format n’est pas assez extensible. Le principal problème du RSS est le “Really Simple” de “Really Simple Syndication”.

La chute de Feedburner est un autre signe que le RSS en tant que technologie pouvait difficilement être monétisé, même en offrant des services à haute valeur ajoutée. Peu de gens auraient accepté de payer pour le service.

Le fait que Mailchimp offre son service RSS vers email en deçà de 12000 mails par jour est un bon indicateur de la masse critique nécessaire pour monétiser un tel service. Si je m’en tiens à mes propres statistiques, atteindre ce nombre d’abonnés par email reviendrait à avoir 360000 abonnés par RSS. Mais mon cas est particulier puisqu’il s’agit d’un blog technologique.

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