Le Hall de Cristal, à Bakou

Samedi soir, la finale du cinquante-septième Concours Eurovision de la Chanson a couronné la Suède à la quasi unanimité des votes, loin devant la Russie, la Serbie, et surtout la France, 22ème sur 24. Je n’ai malheureusement pas pu me rendre à Bakou, mais j’ai assisté à l’événement depuis la soirée organisée aux Studios de Seine par France télévision.

Le niveau global des participants cette année était très élevé, avec pas mal de styles musicaux représentés, de la pop, de la dance, dy lyrique, du latino-roumain, et la totale disparition de la ballade folk à laquelle on est souvent habitués, et qui avait même remporté le concours en 2009, avec Fairytails. Côté show, on perd un peu le côté kitch qui fait bien souvent aimer ou adorer l’Eurovision. Reste une grosse dose de géopolitique.

Samedi, nous étions tous un peu suédois

Depuis 16 ans que je regarde l’Eurovision, à l’exception des années 2006 et 2010, je ne me rappelle pas avoir vu une chanson faire autant l’unanimité qu’Euphoria. La Suède, ma chouchoute de l’année, donnée gagnante par les bookmakers – même si cela ne veut rien dire, confère la place de la France favorite annoncée des parieurs – a distancé de 113 points sa première dauphine la Russie, tous les pays lui ayant attribué des points, et souvent 12. Loreen ne réussit pourtant pas à battre le record du concours, échouant à seulement une vingtaine de points de ce dernier.

Cette victoire n’est pas vraiment étonnante : la chanson est catchy, passe partout, et a un petit goût d’été pas désagréable. C’est en revanche rarissime qu’un titre dance se hisse sur la plus haute marche du podium, et je regrette encore la neuvième place de Gina G en 1996 qui avait fait un carton au mois de juillet avec Ho, Ha, Just a Little Bit. Euphoria a d’ailleurs rejoint ma playlist Eurovision aux côté cette année de la Russie, de la Grèce et Chypre.

La Russie

On aurait pu croire que la Russie nous aurait envoyé Kate Bush pour nous chanter Babushka, mais ce sont finalement de véritables grands mères, les Buranovskie Babuški, qui s’imposent avec un titre dance lui aussi. Sorte de Jordy à l’envers, Party for everyone s’avère à la fois efficace avec le côté kitch, décalé et improbable qui fait le charme de l’Eurovision.

Cette seconde place cache pourtant un véritable revers pour la Russie. Avec 113 points de moins que la Suède, le pays a été désavoué par les anciennes républiques soviétiques. En effet, seule la Biélorussie lui a attribué 12 points, les autres pays satellites s’étant limités à 8 points maximum seulement. Il est à noter que la Suisse est le seul pays à n’avoir pas attribué de points à la Russie.

La Serbie

Le cas de la Serbie, troisième du concours, est très emblématique. En effet, toutes les autres anciennes républiques de Yougoslavie lui ont attribué entre 10 et 12 points, ce qui est très symbolique alors que la région célèbre les vingts ans des massacres de Sebrenica, tout comme était symbolique le fait de faire représenter le pays par une albanaise du Kosovo.

La France

Ah, la France… Un jour, nous gagnerons l’Eurovision, dans deux ou trois générations, quand nous aurons ravalé notre arrogance sur la scène internationale, et que tout le monde aura oublié à quel point nous étions imbuvables.

Ça fait quelques années que je râle sur cette fameuse exception française, qui nous fait envoyer un artiste seul sur scène, qui chante dans la langue de Molière, ou le cas échéant dans une langue régionale, aux antipodes des canons de l’Eurovision, puis sur la manière hypocrite dont nous pleurons après nos tristes défaites alors que nous n’avons strictement rien fait pour gagner.

La vingt-deuxième place d’Anguun n’était pas méritée, parce que pour la première fois depuis des années, nous avions fait ce qu’il fallait, non pas pour gagner, mais pour bien nous positionner, et je nous voyais dans le top 10 sans trop de problèmes : lobbying près concours, paroles à moitié en anglais, chanson pop, culotte dorée Jean-Paul Gaultier et danseurs vraiment présents sur scène. Certes, la chanson ne cassait pas trois pattes à un canard boiteux, mais elle était bien interprétée. Nous aurions du faire un score honorable, mais au lieu de saluer la performances artistique, nos voisins nous ont juste rappelé qu’ils ne pouvaient pas nous blairer. J’ai envie de dire que c’est bien fait pour nous.

De toutes manières, samedi soir, nous étions tous un peu suédois.

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