Il est 19 heures 30, vous rentrez tranquillement chez vous quand un partenaire vous appelle sur votre portable. Votre mission si vous décidez de l’accepter – avez vous vraiment le choix ? – chiffrer dans l’urgence le tout nouveau projet web ultra stratégique de Megaclient© Inc. Et là, castastrophe, tous vos commerciaux sont intouchables, il vous faut le faire de A à Z. Par où commencer, et où finir, pour être certain de ne rien oublier, mais aussi pour éviter de perdre un marché fructueux en surestimant les coûts ?

Avez-vous bien compris le projet ?

Commencez donc par vous demander si vous avez bien compris les tenants et les aboutissants du projet. Il s’agit là d’objectifs et non de fonctionnalités, celles-ci viennent après. Si l’on vous dit qu’il vous faut réaliser un site pour la banque Root, vous n’êtes pas bien avancé. Si l’on vous parle de site événementiel, vous en savez déjà un peu plus. N’hésitez donc surtout pas à poser des questions à votre interlocuteur : ce n’est pas parce qu’il est dans la mouise avec son projet qu’il doit vous y mettre aussi avec un chiffrage bancal qui vous fera perdre de l’argent. L’avantage, c’est qu’une fois que vous savez où vous allez, vous avez répondu à presque la moitié des questions qui ne manqueront pas de surgir dans la suite de ce billet. Restent cependant les deux plus importantes : quoi, et surtout comment ?

Quel est votre domaine d’intervention ?

À quel stade du projet devrez-vous intervenir ? Votre mission couvrira-t-elle l’ensemble du projet, ou bien un travail a-t-il déjà été effectué en amont ? Partez-vous de zéro où s’agit-il de reprendre une application existante ? Vous ne pouvez pas commencer votre chiffrage si votre rôle n’est pas clairement borné : conception, réalisation, assistance à maîtrise d’ouvrage ? Devez-vous prévoir des réunions avec le client ? Une fois trouvées les réponses à ces questions, vous devriez en savoir assez pour sortir votre tableur favori et commencer à affecter les différents postes qui interviendront durant le projet.

Quelles sont vos libertés technologiques ?

Les choix technologiques auront un impact important sur votre budget, aussi ne les négligez surtout pas. Un site web en PHP et une application en J2EE ne demanderont pas les mêmes ressources ni les mêmes temps de développements. De même, à périmètre fonctionnel égal, le nombre de jours / homme à affecter à votre développement variera s’il vous faut reprendre des CGI en C ou créer une application en Ruby on Rails.

Si vous n’avez pas le choix des technologies employées, et que vous les connaissez peu ou mal, une seule solution, demandez à ceux qui savent. Et c’est là qu’un carnet d’adresses bien rempli est utile : non seulement y puiserez-vous certainement les réponses aux questions que vous vous posez mais encore devriez-vous y dénicher les compétences propres à intervenir sur le projet.

Si vous disposez d’une très grande liberté de choix, n’hésitez pas à vous faire plaisir, après tout, cela n’arrive pas tous les jours. Mais avant de vendre un site web entièrement développé en fortran 77, vérifiez que vous disposez bien des ressources en interne, ou de ressources externes disponibles.

Quel est le périmètre du projet ?

Dans le meilleur des mondes, Megaclient© Inc. vous ferait parvenir un dossier de spécifications fonctionnelles générales, à moins de devoir assurer la conception de l’application. Ce dernier énumère de manière exhaustive l’ensemble des fonctionnalités que devra posséder l’application et leurs interactions. Bien évidemment, les choses ne se passent jamais comme ça, et dans le meilleur des cas recevrez-vous un document d’une quarantaine de pages pompeusement intitulé expression des besoins. Sous ce nom pompeux se cache généralement un cahier des charges pas toujours très bien ficelé, et majoritairement à des années lumières des besoins réels du client. Mais s’il a envie de se faire plaisir et qu’il alloue le budget nécessaire à son caprice, pourquoi le contrarier ? Malheureusement, là non plus ça n’arrivera pas tous les jours, et vous recevrez le plus souvent une liste de fonctionnalités vague sous la forme d’une listes à puce du genre :

  • Ça doit faire ça.
  • Et puis ça.
  • Et ça ce serait pas mal.
  • Et si ça faisait le café, ça le ferait bien.
  • Sans oublier ça.

Et maintenant, c’est comme avec la Twingo : à vous d’inventer la vie qui va avec.

Et mon chiffrage, il arrive ?

Maintenant que vous vous êtes posé les bonnes questions, vous allez – enfin – pouvoir faire votre chiffrage. Ressortez votre tableur, il va vous être utile.

Commencez par séparer le projet en grandes phases :

  1. Conception.
  2. Réalisation.
  3. Recette.
  4. Mise en production.
Conception

La conception se divise généralement en trois phases :

  1. Les réunions avec le client.
  2. La rédaction des documents de spécifications.
  3. La prise en compte des retours du client.

En ce qui concerne les réunions avec le client, j’ai tendance à prévoir une journée et demi deux journées travail par réunion, divisés tels quel :

  • Préparation de la réunion + réunion : une demi journée, pour des réunions de 2 à 3 heures.
  • Rédaction du compte-rendu de la réunion : variable.
  • Mise à jour des documents de conception : variable selon le projet.

En fonction des projets, les postes que j’attribue à cette phase sont généralement :

  • Chef de projets.
  • Directeur artistique.
  • Concepteur fonctionnel.
  • Concepteur technique.
  • Ergonome.

Il peut également arriver que des profils spécialisés interviennent à ce stade du projet : DBA, architecte…

Réalisation

Pour chiffrer la réalisation, je pars des fonctionnalités attendues que je divises en unités fonctionnelles les plus petites possibles. Pour chacune d’entre elle, j’évalue le temps passé par les postes suivants :

  • Développeur web.
  • Intégrateur.

Je rajoute ensuite les jours de chef de projet, plus un à deux jours de mise en place et de prise en main de l’environnement de développement et du projet par les intervenants techniques.

La recette

J’ai tendance à diviser la recette en quatre phases :

  1. Rédaction des cahiers de recette.
  2. Recette interne.
  3. Accompagnement du client durant sa recette.
  4. Corrections et retours sur recette.

Il est particulièrement difficile de quantifier ce quatrième poste. En effet, s’il est possible de chiffrer le nombre de jours assignés à la correction des hypothétiques bugs de l’application, il est pratiquement impossible de deviner quelles seront les demandes du client après avoir testé l’application.

La mise en production

Il est facile de penser qu’une mise en production revient à déposer un PHPBB sur un compte free. Les exigences des applications d’entreprise sont bien plus importantes, et je n’ai encore jamais vu de mise en production qui ne se heurte pas à l’un ou l’autre obstacle :

  • Mauvaise version du langage.
  • Problèmes de droits.
  • Librairies manquantes.
  • Problèmes de chemins d’accès…

Je compte donc généralement une journée de mise en production, et une journée destinée à tester la prod’ à fond. Cette estimation varie évidemment en fonction du projet.

Et maintenant ?

Eh bien maintenant, il ne me reste plus qu’à chiffrer. Pour cela, j’additionne le nombre de jours / homme prévu sur chaque poste : chef de projets, développeur, intégrateur, concepteur… et je multiplie par le tarif journalier de chacun de ces postes, et j’applique les grands principes du chiffrage :

  1. Tout se calcule hors taxe.
  2. Dans le cadre d’une prestation sur la durée, le récurrent s’impute autant de fois que nécessaire. Pas juste une seule.

Durée de l’opération : une heure, itérations et rédaction du document compris.

Les petits plus qui cassent tout

Certains postes spécifiques font généralement l’objet d’un chiffrage à part tant ils relèvent d’un coeur de métier différent du mien. Même si l’habitude me permet d’évaluer à la louche ce qu’ils vont coûter, je suis cependant régulièrement dans la nuit. Parmi ces postes, on trouve notamment :

  • L’hébergement. C’est pour moi le poste le plus facile à évaluer en fonction des besoins : serveur mutualisé ou dédié, nombre de machines, architecture logicielle ou matérielle, plate-forme infogérée ou low cost, bande passante… Le fait d’avoir travaillé dans l’hébergement y est peut-être pour quelque chose.
  • Importation / exportation de données. Délicat, principalement si la reprise se fait à partir d’un outil propriétaire. Le devis du spécialiste est nécessaire.
  • Direction artistique.
  • Film, musique créée à l’occasion. Autant vous dire que pour ce poste là, le chiffrage à la louche est des plus oiseux.

Et vous, comment vous y prenez-vous pour chiffrer vos projets ?

les quais de seine devant notre dame

Perry the Platypus wants you to subscribe now! Even if you don't visit my site on a regular basis, you can get the latest posts delivered to you for free via Email: