Mercredi dernier, Microsoft a présenté en grandes pompes la beta d’Internet Explorer 9. Le lancement a été l’occasion d’une avalanche de démonstrations mettant en valeur les capacités du nouveau navigateur en termes de performances et de support des standards du Web.

Je ne m’étendrai pas sur les prouesses techniques présentées par les agences Web sélectionnées pour l’occasion. Aussi impressionnantes soient-elles, elles ont à peu près autant de chances de se retrouver sur un site grand public qu’un concept car. D’abord parce que je n’en vois aucune correspondre à un besoin d’utilisateur réel, ensuite parce que la majorité des navigateurs du marché est incapable de les faire tourner.

La question que je me pose plus sérieusement concerne la capacité d’Internet Explorer 9 à changer la donne en matière d’adoption des standards du Web. Ou, pour tourner ma question différemment, le fait qu’Internet Explorer 9 représente une grande avancée dans l’implémentation des standards du Web est-il une garantie de leur adoption plus large ?

J’avoue émettre des doutes à ce sujet.

D’un point de vue purement statistiques, Internet Explorer 6, 7 et 8 ont encore de beaux jours devant eux. En effet, Internet Explorer 9 n’est disponible que sous Windows Vista Et Windows 7, quand près de 60% des ordinateurs tournent encore sous Windows XP. Il existe certes d’autres navigateurs respectueux des standards, mais je ne suis pas certain qu’une étude navigateur / système d’exploitation nous montre que tous les utilisateurs de Windows XP utilisent Chrome ou Firefox.

Statistiques des systèmes d'exploitation, août 2010

Le calcul des parts de marché des différents navigateurs est, lui aussi assez éloquent. Internet Explorer 7 et 8 drainent à eux seuls près de 43% du marché, devant Firefox 3 avec près de 30%. Internet Explorer 6, avec 11,32% de parts de marché laisse loin derrière Chrome, Safari, et Opera.

Répartition des navigateurs, août 2010

J’aimerais mettre en avant deux éléments dans ces graphiques :

D’abord le fort taux de suivi des mises à jour chez les utilisateurs de Firefox. Ce dernier n’est pas le fruit d’une longue évangélisation, mais de la mise en place des mises à jour automatiques. Si c’est à la fois bien et moins bien d’un point de vue sécurité, la part de marché de 5% d’utilisateurs de Firefox 3.0 est, pour les mêmes raisons un peu plus inquiétante.

Le second est la part de marché d’Internet Explorer, particulièrement impressionnante pour un navigateur vieux de 10 ans, et qui vient mettre à mal les efforts de Microsoft pour l’adoption des nouvelles technologies du Web.

Si j’applique la courbe d’innovation de Rogers aux standards du Web, cela nous donne :

  • 2.5% de premiers standardistes
  • 13.5% de développeurs qui ont lu Pompage ou CSS Zen Garden à la grande époque
  • 34% de développeurs qui ont compris que séparer structure et style était une bonne chose
  • 34% de sociétés qui ont fini par comprendre qu’Internet Explorer 6 était pour elles une épine dans les pied, ou de particuliers qui ont adopté Firefox à l’époque de sa grande médiatisation
  • 16% de sociétés qui utilisent encore Internet Explorer 6 en 2010

Innovation de Rogers

On a là le traditionnel problème d’une adoption à deux vitesses : d’une part l’adoption domestique, simplifiée par le fait que les outils utilisés évoluent eux aussi rapidement : Facebook, Youtube… et l’adoption d’entreprise d’autre part, chez qui l’évolution des navigateurs passe par l’évolution préalable de nombreux outils internes développés ces 10 dernières années.

Il faut bien comprendre que la courbe d’adoption d’un nouveau navigateur plus respectueux des standards ne peut en aucun cas être mise en parallèle avec la courbe d’adoption des standards du Web. C’est même le contraire qui prévaut : les développements sont en effet effectués à destination du navigateur ayant les capacités techniques les plus faibles. Je ne suis même pas certain que la disparition programmée de Windows XP soit une bonne chose : d’une part parce que la virtualisation a fait d’énormes progrès ces dernières années, et d’autre part, parce que des précédents comme l’abandon de Windows 3.11 sur les postes clients d’un grand énergéticien français montre malheureusement un fâcheux précédent.

Pourtant, si elles restent de l’ordre du proof of concept, les prouesses techniques d’Internet Explorer 9, et le support de certains éléments de HTML5 pourraient bien permettre à nombre de développeurs de découvrir ce dernier, à défaut de passer à côté faute de navigateur moderne pour lequel développer. En cela, Internet Explorer 9 pourrait pousser à l’adoption de ces nouveaux standards chez la late majority.

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