Codeurs quittant une startup pour de nouvelles aventures

Il y a un millier de bonnes raisons de quitter une startup, et une mauvaise : parce que l’entreprise va mal.

Par principe, une startup, même financée, a 80% de chances de se planter. Tant qu’elle n’a pas atteint le point d’équilibre, et une masse de clients suffisante pour s’assurer un revenu régulier, l’avenir d’une startup tend vers l’échec, et chaque mois passé donne la sensation de marcher sur une corde raide, tendue au dessus d’une mare aux crocodiles. Certains mois, ça va un peu moins mal, et il y a un filet, mais pas toujours.

Cette part de risque constant est un élément important à prendre en compte quand on rejoint une startup. Elle est aussi une bonne raison pour demander à entrer au capital quand on en rejoint une dès le début, et une bonne raison de la part des fondateurs pour accepter. Un employé possédant des parts dans l’entreprise s’implique plus, et a moins tendance à partir au moindre coup dur. Prendre des parts dans la société est une manière de compenser le risque pris en s’engageant dans l’aventure d’une startup.

Je vais toutefois tempérer mon propos : on peut quitter une startup parce qu’elle va mal, si personne ne fait rien pour que la situation s’améliore.

Il y a quelques années, j’ai quitté la société dans laquelle je travaillais parce qu’elle allait vraiment mal. Pendant six mois, j’avais porté sur mes épaules une bonne partie du salaire de mes collègues grace à un projet pourri en régie dans une ambiance épouvantable. Ma femme était étudiante, et nous avions déjà un enfant de 3 ans. Je ne suis pas parti parce que l’entreprise allait mal, ou pour un salaire plus élevé. Je suis parti parce qu’elle allait mal, et que tout le monde fonçait joyeusement dans le mur en klaxonnant.

Il y a en revanche plein de bonnes raisons de partir.

À deux exceptions près, j’ai toujours travaillé dans des structures de moins de 20 personnes et de moins de 3 ans. Deux missions en régie m’ont fait prendre conscience d’une incompatibilité totale entre ma manière de travailler et la rigidité des grands groupes. C’est pas eux, c’est moi ; pour de vrai. J’ai travaillé dans la presse, la formation, une boite aux services aussi multiples que les opportunités commerciales qui s’offraient à elles, une SSII, deux agences Web et un éditeur de logiciels. Chaque fois, je suis parti pour des raisons différentes.

Il y a le moment où l’envie, la motivation n’y sont plus. C’est le moment où l’on a l’impression d’avoir fait le tour du sujet, de toujours faire et refaire la même chose, le moment où le trajet vers le bureau dure chaque jour un peu plus longtemps, où les journées sont un peu plus longues.

Cela arrive généralement au bout de quelques années, quand les habitudes se sont suffisamment installées pour qu’il soit difficile de se motiver à partir, et c’est ce qu’il peut arriver de pire : la motivation n’est plus là, on finit par stagner ou par régresser, et ça s’en ressent aussi bien personnellement que professionnellement.

Il y a la période après un rachat ou une croissance très forte. Je connais beaucoup de gens qui ont quitté la startup dans laquelle ils travaillaient après un rachat ou une phase de croissance mal contrôlée. L’entreprise change, la culture mise en place par les fondateurs s’estompe à cause du trop grand afflux de sang neuf ou se fond dans celle du nouveau propriétaire. C’est d’ailleurs un cap très difficile à passer pour une startup.

Dans la même veine, il y a le pivot de trop. On rejoint une startup pour le projet, la vision, et souvent, l’équipe. La vision, le produit, vont changer un certain nombre de fois entre le business plan original et le jour où l’entreprise sera rentable. Les pivots sont des moments difficiles, parce que l’entreprise change, et qu’on peut finir par ne plus s’y reconnaître.

Enfin, et c’est probablement la meilleure raison de quitter une startup pour une autre, il y a l’appel du nouveau challenge. Travailler dans une startup est un challenge quotidien, excitant, parfois épuisant, et pour lequel tout le monde n’est pas fait. Le meilleur moment pour quitter un tel challenge n’est-il pas un challenge encore plus excitant ?

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